Journal de cuissons : An 4

31 juillet 2021 : cuisson 157 (gaz 700° et 1000°)

Des argiles principalement rouges diverses mélangées avec un peu de blanc et de la chamotte autoproduite à la massue. Un peu de barbotine de porcelaine gratounettounée. Biscuits en papillotes (3 bols explosés parce que j’ai voulu les cuire « retournés » afin que le gloubiboulga d’ingrédients marquent la lèvre et non seulement le pied : mauvaise idée évidente). Puis émaillés au PR1000.
Enorme déception. Tout est devenu vert de gris et les super-épaisseurs volontaires de PR1000, jaune pisseux. Il y avait de bonnes formes pourtant.
Pas eu le courage de relancer le four pour tenter une petite réduction vers 900. Il aurait peut-être fallu les enfumés pour aboutir au même résultat. L’encrage au pinceau n’a rien donné. Toutes les traces laissées par le biscuit-papillote disparues : ne pas insister là-dessus.

24 juillet 2021 : cuisson 156 (gaz 800° et 1100°)

Une amie souhaitait tester les limites du four dans laquelle elle fait habituellement du raku et tenter de le monter jusqu’à 1200. Bols en tpasta. Emaillés avec des émaux 1200° (graphite de spectrum, divers cendres et transparent mat). Le four n’est pas monté à plus de 1100 (risque d’incendie du toit protégeant le four, absence de cheminée, chemin de flamme des deux bruleurs et isolation insuffisante). Les émaux ont donc sous-cuits (sauf le mat transparent qui a coulé !) et il est prévu de recuire certaines pièces à l’électrique. La texture rapeuse des émaux sous-cuits me plait.

18 juillet 2021 : cuisson 155 (gaz 800° et 1010°)

Grosse déception. Les bols, tous en PCLI blancs, avaient de belles formes avant le biscuit. La réduction en taille et le lissage des micro textures de la cuisson finale les ont rendu moches. L’effet d’émail lisse sur terre lisse n’est pas agréable à mon goût et me conduit à vouloir retourner à des terres chamottées et notamment la tpasta (qui ne bouge pas en taille).
L’absence pendant un an et demi du chalet m’a conduit à devoir jeter des restes du stock alimentaire périmé. Plutôt que de les jeter directement, j’en ai utilisé une grande partie pour faire des papillottes (« gazette » en papier aluminium rempli d’un gloubiboulga d’éléments façon pitfiring). Couleurs intéressantes au biscuit. Ternies après la cuisson finale et émaillage par trempage au PR-1000.
Acquisition d’un graveur laser (ortur laser master 2, 15w, lightburn) pour des tests (gravure sur boites, planches, cuillères pour cérémonies, plaques, etc), création de pochoirs par découpage papier. Tests rapides sur la céramique : ne donne rien sur des pièces cuites. Rien sur du biscuit blanc, mais marque du biscuit rouge. Marque des pièces crues blanches. Tests à poursuivre.
Peu (2, 3) de pièces à garder.

11 juillet 2021 : cuisson 154 (gaz 700° et 1010°)

Retrouvailles avec l’atelier et le four de Manigod.
Biscuitage, émaillage et cuisson finale dans la même journée.
Retrouvailles avec la Tpasta que j’aime parce qu’elle garde sa taille et pour son grain.
Test d’une PCLI blanche de Sio-2. Réduit trop à mon goût, trop lisse. Mais tient le choc d’une cuisson raku.
Application sur un biscuit rouge d’il y a deux ans d’un « émail » argent en forme de 玄 placé sous l’émail transparent. A fondu en parti mais donne un effet noir intéressant.
Emaillé au pistolet à l’ATP 14/1 mais je n’ai pas su doser l’épaisseur avec la création de flaques au fond des bols à la fin. Pas convaincu pour du transparent où le trempage reste l’application la plus simple.
Test d’une réduction finale de 1010 à 950. A eu un effet sur deux bols émaillés avec des émaux à effets (rouge a donné noir, émail spectrum glaze a eu ses dégradé de couleurs psychédéliques)
Retenus : 4 bols blancs encrés.
Confirmation de l’impact définitif du bol de Sugimoto sensei sur mes formes de bols. J’ai utilisé des branches d’ume du jardin de manigod et une corne de vache pour mettre en forme et « raconter une histoire ».

15 juin 2021 : cuisson 153 (électrique 700° et 1230°)

La couleur de la 朱泥-shudei de e-nendo me plaisant, j’ai voulu tester une petite série « à la Ido » avec. Mais mon seau de kairagi a perdu un peu d’eau et l’émail était trop épais pour presque tous les bols dont la taille des cellules les rend inutilisable pour du thé. Un bol pourrait être sauvé mais le risque est toujours qu’un petit morceau de « verre » tombe dans le macha. Un test raté. Forme et émail.

Dernière cuisson à Kyoto pour ce printemps. Si tout se passe bien la prochaine à Manigod. Les personnes qui voudraient échanger avec moi au chalet peuvent me contacter pour cela.
J’aimerai vraiment trouver le matériel pour construire un petit four à pellets.

J’ai enfin pris un peu de temps pour mettre sur chawans.net de nouveaux bols.
Je rechigne et suis vraiment peu efficace pour ce travail. J’aimerai trouver quelqu’un qui se chargerait de l’édition et de la promotion du site…

09 juin 2021 : cuisson 152 (électrique 1230°)

Test de la Teracotta de E-nendo. Directement à 1230 en prévision d’un saya-nuka. Mais la couleur sans deuxième cuisson me plait.

Formes inspirées par le bol de Sugimoto sensei : il faut à la fois une tenue des parois masculines, conserver la courbe de la sphère tronquée qu’est un bol, et briser chaque symétrie, chaque série de motifs répétés. À la fois sur la lèvre, en texture (branche d’ume non plus roulés mais spatulés), à la hanche, au cul, au pied. Et à l’intérieur avec sa lèvre interne.
Si la lèvre rentre majoritairement, prévoir au moins deux zones où elles se dirigent vers l’extérieur.
Pour arriver à cette mise en forme, la terre doit avoir la bonne consistance et il faut après l’avoir monté au tour attendre quelques heures puis retravailler ensuite dans différents états de cuir de plus en plus sec.

En revanche, gros problème de S-cracks. J’aurai sans doute dû retourner les bols plus souvent au moment du séchage. Ou les couvrir d’une feuille plastique pour tempérer le séchage alors qu’il fait désormais chaud.
Est-ce qu’un bol craqué a moins de valeur quand il peut faire un très beau pot à Bonsai ou à petit ume ?

30 mai 2021 : cuisson 151 (électrique 1230° et 800°)

Premiers tests franchement ratés de kyusu montées au tour à main, façon yixing.

Test d’une nouvelle argile de chez E-nendo : n°70 S 赤ロット. Pas très facile à tourner (molle), avec un énorme retrait à la cuisson. Chocolat, crue. Et crême, cuite mais… qui pourrait devenir violette (façon zysha) avec un bon paramètre de réduction.
Malheureusement la deuxième cuisson en saya-nuka était trop faible en température (800°). Aucun changement . Il set possible que le paramètre déterminant soit moins la température que la durée (il faut plus de temps au four électrique pour monter à 900 qu’à 800). 900° semble le bon réglage.

Il y a à Shigaraki un marchand de plantes, réputé dans la région. Tous les maîtres d’ikebana célèbres (川島南智子 Kawashima Nachiko !) de Kyôto y viennent régulièrement. Ainsi que les céramistes du coin. Certains parmi les plus connus. Qui lui laissent leur b-grade. J’ai pu acquérir ainsi un bol de 杉本貞光Sugimoto Sadmitsu (le « maître » de Hosokawa Morihiro) dont la forme a incroyablement de force (vibration momoyama). Une grande partie de la vibration vient du travail de la lèvre, très irrégulière, comme un tissu déchiré. J’aime le rouge de l’argile de Shigaraki cuite au boit. J’aime le relief de l’émail de cendres, sa texture à l’oeil. Pas son toucher. Ni les tons de peaux mal tanées. Ce bol confirme que c’est la ligne qui donne toute la vibration. Cela parait si simple un bol. On se dit que ce n’est pas un visage. Et pourtant quelles subtilités pour arriver à créer un bol qui vibre.
Il faut du temps pour passer d’une tête à la Loomis à un portrait non-photomaton. Plus encore pour un portrait sans modèle de référence sous les yeux.

Autre expérience récente : les petites théières sans émail, si on oublie des feuilles infusées de thés fermentés (oolong oxydés) dedans pendant un certain temps, prennent une mauvaise odeur. Que j’ai fait disparaître en recuisant la pièce (et qui a repris son rouge oxydé).

12 mai 2021 : cuisson 150 (électrique 700° et 1230°)

Cuisson de tests. Après avoir vu une vidéo chinoise ajoutant une louche d’eau dans des tenmoku sortis à chaud du four (avec une argile rouge à nabe capable d’encaisser le choc thermique), je voulais tester l’opération. La pluie m’a fait reporter l’utilisation du petit four à charbon et j’ai donc seulement cuit une partie des pièces avec différents émaux.
Le reste de Namako d’Iwasaki sur le nabe rouge crée un contraste plutôt chaleureux. Mais deux applications croisées au pinceau ont quand même créé des retraits. Il faut que j’en achète suffisamment pour un sceau et un émaillage par trempage.
Maruni A1 blanche fine, et mélange de Maruni 718 緑条痕釉 (cendres naturelles marron) et bronze (noir) de Mizuno : l’émail de maruni fonctionne bien sur ce blanc fin. A un côté patiné, métallique « vieille moutarde » mais uniforme. Il faut lui associer.
Une bouilloire en A1 avec uniquement l’intérieur émaillé en transparent a percé en spirale.

Aka-nabe et mélange de deux tenmoku de 新日本造形 (Shin Nihon Zokei) :
Le « goutte d’huile » 油滴天目釉 255-746 est quasi-lisse et marron. Quasi sans gouttes.
Le « noir » 黒天目釉 255-790, qui fait ses gouttes d’huiles mais qui cloque. A tester sur une terre plus fine, en trempage, et peut-être en association avec du Namako.
Aucune pièce ne vaut dans ce mauvais test.

27 avril 2021 : cuisson 149 (électrique 1230° et saya-nuka 900°)

Visite à Shigaraki d’un magasin d’argiles et d’émail que je ne connaissais pas. Il s’agit de deux sociétés soeurs (argile d’un côté, émail de l’autre). Qui ont pourtant un site commun : https://e-nendo.xyz
Beaucoup de choix et un mur d’échantillons impressionnants et bien fait.

Je suis vraiment heureux d’y avoir trouvé de la 朱泥, shudei, « boue vermillon » qui est l’argile de référence pour les ustensiles de thé en Asie (associée à Tokoname au Japon). C’est un type d’argile que l’on trouve un peu partout et qui devait être celle utilisée pendant la période Jomon. Mais dont les qualités pour l’infusion du thé et les gradients de couleur peuvent varier selon la présence et la teneur de divers oxydes et minéraux (le fer lui donnant sa couleur rouge).
Celle vendue ici a produit à 1230° en oxydation un très très beau rouge. Proche de mon idéal de « pin rouge sous la pluie ». Les pièces ont de l’aji dès la première cuisson et cela provient des différences subtiles de couleurs dans les textures sur les pièces (alors qu’en général, les pièces vendues dans le commerce et se réclamant de cette terre ont une uniformité horrible).
https://e-nendo.xyz/product/74/

Résultats vraiment intéressants de la cuisson saya-nuka : la réduction a été quasi-totale et les pièces sont devenues noires. Trois facteurs d’explication possibles :
– l’argile (plus ferrique que l’A4M?)
– le volume de nuka (important cette fois, il faudrait que je compte le nombre de louches tirées du grand sac)
– l’étanchéité de la saya

Quelques tasses blanches en Maruni A-1 n’ont pris strictement aucune couleur / gradient.

Pas de points blancs. Autant j’aime la couleur rouge de la terre à 1230 en oxydation, autant je ne suis pas un fan du résultat réduit. La terre est plus légère, à la fois plus compacte et plus « magmatique » que les terres rouges précédemment testées. Boire dedans a un côté plus urbain que les autres terres plus rustiques pour lesquelles vont ma préférence.

21 avril 2021 : cuisson 148 (électrique 1230° et saya-nuka 900°)

Achat d’une grande saya pour caser le plus de bols possibles. Le problème consiste à l’insérer dans le four à ouverture verticale sans se casser le dos et sans avoir à se contorsionner pour appliquer de l’argile crue pour boucher les interstices du couvercle. Deux longues paracordes ont fait l’affaire.

Il n’y a strictement aucun risque d’incendie dans ce dispositif et le four lui-même est posé dans un espace entouré de béton dans le jardin. Mais l’odeur de goudron de nuka est présente autour de la maison. Et à Kyôto où toutes les maisons sont en bois, chacun est parano après avoir été témoin de la façon dont un bien peut partir en fumée en quelques minutes (deux maisons dans le quartier ces trois dernières années). Vais-je pouvoir continuer sans que plusieurs voisins me demandent à la kyôtoïte 「陶芸、いいですね」(« la céramique, c’est chouette n’est-ce pas ? ») me signifiant qu’il faut que j’arrête ?

Utilisation en sus du nuka, de feuilles de thé utilisées, séchées. Pour le symbole : produire des instruments de thé avec du thé.

Les bols cuits en saya sont ceux d’une précédente cuisson (145). Ils ont acquis quelque chose. Mais il manque une strate de patine. Je vais tenter le polissage à grains hyper fins. La tentative du polissage final à la cire d’abeille produit une sensation de collant qui ne va pas. Je me demande quelle cire (carnauba ?) à usage alimentaire pourrait éviter cela (pour ne pas évoquer la question de l’odeur et de l’impact sur le goût, cela va de soi).

La deuxième cuisson à 900 en saya à créer moins de points blancs qu’à 950°.

18 avril 2021 : cuisson 147 (électrique 1230° et saya-nuka 950°)


Série de 茶海 (chahai), récipient dans lequel on verse l’infusion faite dans la petite théière pour les thés chinois (afin de contrôler le temps d’infusion). En argile Maruni A-1, grise nue, mais blanche à 1230° alors que je la croyais rouge :).
Une pièce a explosé à la cuisson et plusieurs avaient des S-cracks au fond. Problème d’évacuation de l’humidité et pièces non suffisamment « pressées » au fond (tournage à la motte).
Test pour voir si la cuisson dans la saya sans fermeture par argile crue ni nuka pouvait pourtant créer une mini-réduction : néant. Le « tartre » dans la saya (résidu de la calcination du nuka qui ne ressemble pas vraiment à de la silice) a collé une pièce. Je me demande comme le supprimer : acide (il n’avait pas réagi au vinaigre… donc il faudrait pourtant aller de l’autre côté de l’échelle en PH, kana) ?

Deuxième cuisson en saya-nuka à 950°. L’aji est sorti. Ne reste plus qu’à les poncer.

16 avril 2021 : cuisson 146 (électrique 950°, saya, nuka, keep de 60mn)

Deuxième cuisson à partir de pièces cuites à 1230°.
Aucune différence sensible entre une cuisson à 1000° sans keep et une cuisson à 950° avec un keep d’une heure. Ce qui joue dans le dégradé, c’est la proximité à une autre pièce (bols encastrés) ou au bord nu de la gazette, ainsi que le recouvrement total ou partiel de la pièce dans le nuka.

Mars – 13 avril 2021 : cuissons 141-145 (divers)

Exploration des kyusu (petites théières) en terre rouge, fine, compacte, sans émail (ancien achat de Voices of Ceramics puis trois terres prises chez Maruni dont A1 et A4M + « Kyoto small stock »). Cuisson à 1230° sans biscuit. À la sortie du four les pièces n’ont pas d’aji. Si on laisse de l’eau (même sans feuille de thé) dedans pendant quelques jours, des tâches noires apparaissent uniquement à l’extérieur qui font penser à une sorte de suie (cela s’essuie), pas vraiment un jus d’oxyde. Mais qu’est-ce qui peut survivre à 1230 et sortir ainsi ? Ces tâches créent une patine mettant en valeur les reliefs. Cela fait à la fois un peu sale mais beau. Comme une pièce jomon trouvée dans un champs.

En recherchant sur les kyusu japonaises, je suis tombé sur les informations précieuses rassemblées par Hojotea sur les céramiques de Sadogashima.
Il y est mention d’une technique de réduction en gazette avec du son de riz (nuka) à basse température dans une deuxième cuisson. Sur des pièces polies à nu (agate, cuillère en inox).

Un premier test à 1000° (avec un keep de 20mn) a donné des résultats vraiment chouettes qui font penser à une cuisson au feu de bois. Il reste du charbon de nuka mais les pièces sont devenues grises avec de beaux gradients rouges. Je suppose que pour une réduction plus complète il faudrait un keep plus long (plusieurs heures ?). Et peut-être 100° de moins. Je suppose que les pièces « rouge et noir » de Sadogashima que l’on peut trouver sur yahoo/auction utilisent cette technique en ne recouvrant qu’une partie seulement des céramiques de nuka.
Le nuka a produit des dépôts blancs en tâches, un peu comme du tartre mais qui ne réagit pas au vinaigre. Se brise et se ponce assez facilement.

Un second test à 1230° a été par comparaison décevant. Les pièces sont devenues marron pour les parties colorées (est-ce un effet d’avoir inséré une ancienne kyusu avec de l’argile de bizen qui s’est brisée pendant la cuisson) ? Pas de gris ni de noir. Plus aucun charbon de nuka dans la gazette. Dépôts blancs plus importants sur les pièces. Cette température est de toute évidence trop haute.

J’ai également créé des chawans avec ces argiles rouges non émaillées. L’extérieur décoré avec de petites branches d’un ume de mon jardin.
Ces pièces se rapprochent de mon idéal : rouge; chaleureux; au pied « galaxie shôchikubai » (spirale à l’intérieur d’une fleur d’ume à cinq pétales, avec un fushi de bambou et un rouge « akamatsu sous la pluie »); rough; terreux; humble; non dégrossi; paresseux; bouineux; masculin; cultivé; mâture; en chemin; sans signature.
Des pièces qui ne seraient pas « à la manière de ». Mais qui immédiatement raconteraient une histoire. Non pas originale. Mais personnelle. Une beauté qui ne viendrait pas de leurs caractéristiques formelles ou techniques. Mais comme l’empreinte d’une âme limitée, sincère.

La gazette unique que je possède aujourd’hui ne me permet pas d’en cuire plusieurs à la fois. Il faut que je m’équipe en ce sens. Mais l’idéal serait d’avoir des fours (gaz, bois) me permettant d’explorer les surfaces de cuissons. Il faut un lieu pour cela…

J’ai toujours été sceptique sur les discours évoquant l’impact des céramiques sur le goût des thés. Pourtant, (effet placebo ?), j’ai cru noter que mes petites kyusus recuites à 1000° produisaient de notablement meilleures liqueurs sur mes oolong.

janvier-12 mars 2021 : cuissons 133-140 (divers)

Je suis toujours fasciné par l’impact de l’outil sur la création. Sa présence, son absence, ses défauts, ses contraintes, les formes qu’il libère ou interdit.

Cela fait trois mois désormais que je me suis décidé à transformer le journal de cuissons en wiki.
Et après avoir hésité entre wikimédia et tiddlywiki, j’ai choisi le second. Mais impossible de l’installer simplement comme je le souhaite et je n’ai aucune énergie encore aujourd’hui à consacrer à des explorations de geeks au-delà des tests et des explications de base.

J’ai donc repoussé l’écriture du journal. Que je reprends ici sous forme de notes compressées.

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Trois cuissons de demi-céramiques à 1230.
Voici ce que j’ai écrit sur chawans.net pour rendre compte de cette expérience

« J’ai passé les mois de décembre, janvier et l’essentiel de février à tester une demi-porcelaine (半磁器, cuite à 1230°) décorée d’oxydes.

La porcelaine demande une technique spécifique. À la fois au tour où sa plasticité requiert une précision particulière des gestes, mais également lors du trimmage afin de rendre les pièces fines et régulières : elle impose la symétrie.

Comment alors donner de l’aji, la trace d’une présence de paluche d’homme mature, à une matière qui lui impose l’antipode de son univers ?

Par la décoration au pinceau.

Problème : ce type d’intervention requiert elle-aussi une technique spécifique qui ne s’improvise pas. Seule la pratique sur des années, exactement comme la pratique d’un instrument de musique, permet de libérer la main.

Si le céramiste veut dessiner, il doit passer le temps requis à apprendre à dessiner.

D’où ces semaines de frustration à créer du médiocre et de l’insatisfaisant. En tombant bien sûr sur des problèmes techniques de céramistes : préparation des oxydes (concentration, couleurs), accord de ces derniers avec un émail transparent pour éviter les bulles.

Des trois cuissons de tests, seules quelques pièces restent.

– un petit chawan décoré au motif d’ume

– une petite tasse ronde à tenir dans ses paumes pour du thé noir

– un bol très ouvert de petite contenance qui est parfait pour des oolong taiwanais verts de haute-montagne.

J’aurai de la peine à les voir partir quand j’utilise les deux derniers au quotidien.

Mais les personnes intéressées peuvent me contacter.

Merci à la porcelaine de m’avoir appris qu’elle n’était pas faite pour moi. Au moins, pas pour l’instant. »

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Une cuisson avec 3 échantillons de terres blanches de chez tougei.com
seule la Shigaraki a retenu mon attention (mais je ne sais plus vraiment pourquoi hormis qu’elle était agréable au tournage).

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Au moins quatre cuissons rouges.

Retour à un mélange de terres rouge, de rouge « pour sculpture », de rouge nabe, d’un rouge sans étiquette (probablement pour raku).
Avec application de branches d’ume pour l’empreinte extérieure et choix de ne pas appliquer d’émail à l’extérieur du bol pour laisser l’expérience tactile de la texture de la terre et de la texture de la branche d’ume.

À 900°, la lèvre inférieure qui boit dans l’un de ses bols « colle » à la terre qui cherche, cuite à cette température, à absorber toute humidité. L’expérience est spéciale mais je crois que je l’aime. Evidemment ce pourtour se salit au macha et devient vert. Mais ici encore, ce point ne me déplait pas.

Quelques tests de kuro (bronze) et de deux nouveaux émaux de Maruni : vert chamarré de jaune et bleu pâle lisse chamarré de jaune.

Tests avec du transparent 1230 et du shino encré.


Et retour à tests avec du transparent 900 cuit à 1150, 1100, 1050 : coulures (collage sur plaque) et problème d’épaisseur (dilution de l’émail, application au pinceau, au pinceau-éponge, en trempage). Flaque au fond, pas homogène. Nécessite une ouverture du four froid pour éviter le craquèlement de l’émail (bol inutilisable en cas de flaque si choc thermique). J’envisage de m’équiper ici d’un petit compresseur et d’un pistolet à peinture.

Test avec application de shirogesho pour créer au départ du Mishima (en utilisant les surfaces des branches d’ume). Puis au moment du trimmage du shirogesho, au lieu de ne laisser que les incrustations, laissé de grandes zones diagonales et espacées irrégulièrement. Au moment de la sortie du four, l’encrage crée un kanyu noir sur blanc intéressant.

J’aime le rouge mais pas le saumon des aka-raku. Mais à 1230, le transparent transforme les terres rouges en marron laid. À résoudre.

Heureuse découverte sur une tasse dont j’ai enduit l’extérieur de la « farine » qui trainait sur mon bureau, un mélange de shirogesho (porcelaine blanche) et d’oxydes utilisés pour décorer les porcelaines : le cobalt et le gris/noir ont produit un effet – très – intéressant sur l’aka-raku saumon émaillé. La sérendipité a encore frappé. Effet de veines sur la chair d’un petit bras. Mais surtout beau contraste inattendu de couleurs.

Pas d’énergie à consacrer à la photographie des bols et à les poster sur chawans.net. Il faut pourtant que je m’y colle.

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Le thé que je consomme au quotidien est l’Oolong Taiwanais de haute montagne très peu oxydé (attention à ne pas vous faire refourguer des vieux stocks de plus 12 mois ou alors uniquement sous vide). La découverte qu’un petit bol en V presque plat lui convient parfaitement me conduit à vouloir expérimenter d’autres pièces pour ce type de thé. J’ai passé du temps à regarder les kyusu chinoises et japonaises (notamment les très plates), les terres à kyusu cuites sans émaux.

Réticence paresseuse à sortir du confort des gestes pour la création de chawans (dont mes formes prennent enfin un peu d’assurance).

En cherchant une petite « orin » (bol métallique que l’on sonne par frappement), je suis tombé sur des vidéos où l’on voit un dispositif où les créateurs appliquent une purée de graphite sur leur gabarit avant coulage. Il s’agit d’un plan de section que l’on peut faire tourner car maintenu par un bras suspendu au dessus de la pièce. J’aimerai un dispositif de ce type pour créer des bols dont la section serait une ligne de kana (idée du lien entre les kana de Koetsu et la forme de ses bols).

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Un autre projet à long terme est la sculpture. Elle requiert l’apprentissage de l’anatomie, de la morphologie, de la « gesture » (d’où l’existence quotidienne des Tegami). Je découvre avec un intérêt immense la technique proposée par Michael Hampton pour cet apprentissage. Tout ce qu’il énonce entre en résonnance avec l’esthétique de la calligraphie asiatique et donc avec l’esthétique asiatique tout court.

Si les pièces du céramistes sont des corps, des parties de corps, des abstractions de corps, alors quelle technique trouver pour magnifier la « gesture » et éviter le bonhomme de neige statique qu’un tour produit mécaniquement.
Comment faire, pour dans l’asymétrie dynamique et le rythme, qu’une pièce puisse avoir des os, des angles, et des replis de chair, des masses de natures différentes réparties sur un point d’équilibre en mouvement.

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Un bol bleu qui avait un peu coulé et que j’ai laissé cet hiver dans le jardin est devenu vraiment beau. Les pièces sans patine à la sortie du four ne sont pas encore nées.