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ELEMENTS DE "PSYCHOLOGIE"
à l’usage des Géreurs de chieurs dans les mondes virtuels (1998)


  • Ce texte est lui-même issu du Wizard Manuel écrit par Jim Baumgardner, le créateur de Palace.

 

Généralités

  • Il n’y a pas de règles universelles. Ce qui suit est un ensemble de suggestions à adapter à chaque cas, toujours particulier.

  • En anglais, les chieurs sont appelés " Snert " (Snot-Nosed Eros-Ridden Teenager). Une traduction approximative pourrait être : Morveux Adolescents Frustrés. J’aurai donc pu proposer l’utilisation du sigle : MAFs :-). Je m’en tiendrai cependant à " chieurs " (leur comportement étant effectivement souvent régressivement défécatoire, et le mot comportant une nuance paternaliste chaleureuse).

  • La majorité des comportements déviants sur Internet a donc pour origine des adolescents mâles.

  • Sur Palace, moins de 2% des utilisateurs ont été déconnectés une fois. Moins de 1% plusieurs fois. Comme dans la vie réelle, il s’agit donc de comportements ultra-minoritaires :déviants.

  • Dans le traitement des chieurs des enjeux hautement contradictoires sont à prendre en considération et qui sont souvent impossibles à concilier :

a) Qu’est-ce qui doit primer ? L’intégrité de la communauté ou bien les droits ou la psyché de l’utilisateur délictueux ?

b) Le business (l’utilisateur est un client effectif ou potentiel) ou la Communauté ?

  • Internet désinhibe : en nous sentant en sécurité parce que notre identité réelle est cachée et parce que l’on ne peut pas physiquement nous atteindre, nous (et je fais bien attention de nous mettre dans le lot) nous permettons de dire des choses ou de commettre des actes que nous n’aurions jamais faits ou dites dans la réalité. Vérité qu’il ne faut pas se priver de rappeler.

  • Prémisse fondamentale à l’analyse des comportements déviants : personne ne veut être complètement anonyme. Caché oui. Anonyme, non.

  • Plutôt que de permettre l’expression de son côté obscur, l’anonymat peut être ressentie comme un manque d’identité. Or quel sentiment a-t-on lorsque l’on débarque dans un monde virtuel : celui de n’être personne, d’être totalement anonyme.

  • Frustré de ne pas être reconnu ni d’avoir une place au sein du groupe, le nouveau venu pourra exprimer cette frustration par un comportement antisocial afin d’avoir le sentiment d’avoir un impact, une influence –même négative- sur les autres. Ce n’est pas sans rappeler l’enfant ignoré qui pour attirer l’attention de ses parents, se met à faire des bêtises.

  • L’être humain préférera toujours avoir une relation même négative avec autrui plutôt qu’aucune relation.

  • Les chieurs rejettent parce qu’ils se sentent rejetés.

  • Il suffira pour certains de les intégrer en leur montrant la possibilité qu’ils ont à faire partie du groupe et à y trouver une place, une identité, pour que leur comportement négatif cesse.

  • Les chieurs ne font souvent que tester les limites. C’est pour cette raison qu’ils ont besoin de quelqu’un qui réagisse. Ils veulent voir jusqu’où ils peuvent pousser le bouchon avant d’être pris. En général, ils se soumettent facilement à la loi lorsque l’autorité tombe sur eux. Une partie d’entre eux est même rassurée par le fait qu’ils ne peuvent pas tout faire. Il se projettent en effet parfois sur leur victime et vivent l’idée d’être agressé comme ils agressent, angoissante. Ils testent les limites parce qu’ils veulent que quelqu’un les posent.

  • Certains utilisateurs cherchent délibérément à se faire déconnecter. Le gain masochiste de cette attitude auto-destructive est d’être à l’origine des conditions de sa déconnexion, d’en être presque l’auteur. Une fois déconnectés, ils ont le sentiment d’être justifiés de rejeter la communauté qui les rejette.

  • La violation de la loi est une jouissance en soi. Elle donne un sentiment de puissance. Tout ce qui est interdit est désirable parce qu’interdit.

  • Tout comportement humain n’est jamais irrationnel : il y a nécessairement une série de causes qui permettent de le comprendre. Comme il ne s’agit pas de juger mais de faire en sorte que le comportement cesse, il faut toujours avoir en tête qu’accéder aux causes du comportement pourrait permettre d’y mettre fin [axiome spinozo-barberyen :-)].

  • Plus une communauté croit en nombre, plus le respect strict de la netiquette devient nécessaire. Ce qui peut passer pour une blague sans suite au sein d’une collectivité où tout le monde se connaît peut être vécue comme une agression dans un contexte plus anonyme.

 

I. Intensité 1 sur l’échelle des chieurs : les sous-chieurs

Les Nouveaux

  • Certains comportements sont dus seulement à l’ignorance ou l’immaturité. A noter que l’on a également tendance à régresser et à exagérer son attitude lorsque l’on est désorienté : phrases agressives (" qu’est ce qui se passe ici, je comprends rien à cette daube ? ", flood involontaire, percutement d’avatars, utilisation abusive de fonctions, etc.). Une aide individuelle suffit en général pour régler le problème.

 

Confrontation " culturelle "

  • Des utilisateurs d’autres chat d’Internet peuvent avoir des comportements que l’on peut interprété comme agressifs alors qu’ils sont l’usage ailleurs. Par exemple : poser systématiquement des questions de type " H/F ? " " Age/Lieu ? ".
    [Réponse possible : " je suis un zygote mature vivant dans un sachet de thé "]

 

Nous avons tous été adolescents…

  • Vulgarité forcée, roulage de mécaniques, drague outrée, comportement de chewing gum. Il s’agit pour eux d’affirmer une identité et se faire une place reconnue parmi les adultes. Les comportements provocateurs s’arrêteront dès qu’ils auront le sentiment d’avoir trouver leur place. Le problème c’est que cela prend nécessairement du temps…et qu’un comportement de chieur doit être traité sur l’instant…

  • Ce ne serait pas idiot d’avoir un wizard assez jeune qui pourrait servir d’interlocuteur privilégié et de modèle (ou un club spécifique)…

  • Il est souvent important de leur rappeler une évidence : qu’un monde virtuel n’est pas un jeu vidéo, et que derrière les avatars se trouvent des personnes en chair et en os (les inciter à se les représenter en leur suggérant : pourquoi pas un voisin, un parent, un prof, une personne du quartier ?)

  • Les adolescents qui se connectent seuls aux mondes virtuels se sentent souvent différents de ceux de leur âge et ne voient pas que ce qui les isolent c’est, paradoxalement, leur côté plus matures, curieux et talentueux que leurs congénères. Ils tentent de donner un sens à leur isolement à travers des signes de distinctions étranges (côtés obscures, sombres) qu’ils accentuent artificiellement. Il suffit de faire tomber leur armure pour voir à quel point ils sont à la recherche d’une reconnaissance de leurs talents. Les mondes virtuels où précisément l’on est jugé sur ce que l’on est plutôt que sur son âge devraient être le lieu idéal pour leur permettre de s’exprimer et leur faire comprendre que leurs gesticulations cabalistiques, ce n’est pas vraiment eux et que leurs talents peuvent être utiles à la communauté (pages html, conseils techniques, organisation de rencontres thématiques, etc.).

 

Les wizards-wannabe

  • Les " comment on fait pour être wizard/pilote/accueil ? " deviennent vite fatiguants pour les titulaires. La règle pour dissuader des comportements fatiguants de postulants monomaniaques devrait être : si quelqu’un demande à être pilote/accueil, surtout s’il insiste, alors il ne sera pas invité à le devenir…

  • Il est important qu’existe sur le web un texte décrivant la procédure et que cette dernière soit scrupuleusement respectée : les personnes pressenties ne doivent JAMAIS être au courant des tractations sur la liste lors des phases de vote. Si elles n’étaient pas choisies, elles nourriraient de façon parfaitement compréhensible une rancœur amère et serait susceptible de se " venger ".

 

Les VRP (site perso ou commercial)

" venez voir mon site, venez voir mon site, venez voir mon site, venez voir mon site, "

Si c’est un ado : un bon moyen de le calmer et d’aller voir son site et d’en discuter. Lui suggérer de mettre ses compétences techniques au profit de la communauté.

Si c’est un commercial : le renvoyer vers les responsables du site. Suggérer à tous de le mettre en fonction ignore (muet) si la fonction est diponible dans le monde.

 

I. Intensité 2 sur l’échelle des chieurs : les vrais chieurs

Généralités

  • Toujours parler

  • Toujours prévenir les chieurs de ce qu’on leur inflige (muet, déconnexion, etc.) afin qu’ils sachent que vous êtes l’origine de ce qui leur arrive [que ce n’est pas un bug :-)].

  • Toujours rester poli même si cela semble ne pas avoir d’effet [à noter que certains chieurs sont plus susceptibles d’obéir à un " arrête ou je t’éjecte " plutôt qu’à un " s’il te plaît, ne fais pas cela "…]

  • Ne jamais répondre à la violence verbale par de la violence verbale

  • Toujours rappeler aux autres présents la possibilité d’ignorer un individu (clic sur son pseudo dans la liste des présents dans la cellule quand la fonction est disponible). Pour ne pas paraître comme un censeur, ne pas prononcer le nom de la personne à ignorer.

  • Les chieurs cherchent à choquer et à provoquer. S’ils ne recueillent aucune réaction, ils s’arrêteront d’eux-mêmes. Quand on commence à les ignorer, il peut y avoir un accroissement de leur comportement agressif dans le cadre d’une ultime tentative de provocation qui tournera court quand ils se lasseront d’être ignorés par tous.

  • Les informer des effets du fait qu’ils sont " sous fonction ignore " ou " muet " (ils voient en effet leur phrase apparaître et ne savent pas toujours que personne ne les entend).

  • Toujours tenter de résoudre le problème en dialogue privé. Ne pas utiliser la foule à son profit de façon à créer un situation " moi contre eux ". Ne jamais utiliser la tactique de l’humiliation. Pour ne pas laisser les présents dans l’ignorance, dire que vous entrez en dialogue privé avec le chieur.

  • Toujours rester impersonnel : le chieur ne vous connaît pas, il ne fait que projeter sur vous. S’il faut le déconnecter : le faire sans se sentir impliqué. Vous appliquez une règle qui permet de préserver la bonne ambiance de la communauté. Vous le faites en tant que " personne en fonction " et non en tant qu’individu. Ce n’est pas vous qu’il attaque, c’est la figure d’autorité que vous représentez.

  • Il ne faut surtout pas que votre intervention leur donne le sentiment d’être réprimandé comme un gamin, ce qui accroîtrait leur comportement et vous ferait entrer tous les deux dans un cercle vicieux. Ni leur permettre de se sentir martyr.

  • Déplacez ses griefs sur la société en charge du monde ou sur les règles sociales en général : vous ne faites qu’appliquer des règles, s’il n’en est pas content, qu’il s’en plaigne à une autorité supérieure ou qu’il tente de changer ces règles.

  • Toujours lui laisser une alternative afin qu’il ait le sentiment d’être responsable de son acte : exemple : accepter la loi ou être déconnecté ; le renvoyer vers des cellules où la netiquette ne doit pas être appliquée de façon rigide. Il y a des choses que l’on ne peut pas tolérer dans certains endroits et que les présents dans une autre cellule accepteraient.

  • Ne jamais tenter de rentrer dans un débat d’arguments généraux où le chieur ne vous laisserait jamais avoir raison et sera toujours de mauvaise foi. Dire que par expérience vous savez que cela ne rime à rien de discuter de cette façon. Le renvoyer vers les avatars connus pour être " philosophes " si c’est un bon rhéteur :-)

  • [- Sur l’argument : " j’ai payé, je peux faire ce que je veux " : l’utilisateur a acheté le logiciel client et un accès au serveur sous la restriction contractuelle de respecter la loi et la netiquette. S’il viole cette restriction, l’accès au serveur peut lui être restreinte. Il garde toujours la possession de son logiciel client :-)]

  • Si c’est possible, avoir l’opinion d’un autre GC (Géreur de Chieurs) soit en thème, soit directement pour s’assurer que l’on n’est pas trop impliqué personnellement et que l’on est équitable. Attention au favoritisme (indulgence vis-à-vis d’un ancien par exemple).

  • Prévenir le chieur que ses comportements publics sont enregistrés et qu’il y a un compte-rendu de chaque intervention de GC.

  • Toujours faire un compte-rendu sur la liste des GC et noter le login ou l’id de l’avatar. Si le délit s’est fait en public, demander les logs afin de les conserver en archive pour la formation des futurs GC. Ces logs pourront également servir à la constitution d’une échelle des délits et des peines associées.

  • Il devrait y avoir une fois par mois, une session de " formation " à l’usage des GC où des anciens, par le biais de simulation de chieurs (à partir de leur expérience, ou mieux, à partir des logs archivés de problèmes), entraîneraient les nouveaux GC.

  • Chaque ancien GC devrait parrainer un nouveau GC afin que ce dernier sache immédiatement à qui s’adresser et demander conseil.

01/12/98




 
(c) Stéphane Barbery