« La médecine est la plus ancienne des
professions et la plus jeune des sciences » (Nussbaum). Si le contraire
était vrai, si nos efforts thérapeutiques se basaient, au lieu d’un grossier
empirisme, sur la déduction logique, aujourd’hui encore nous ne serions pas
assez téméraires pour entreprendre la difficile tâche de guérir. (OC I, p.
67)
Si le questionnement sur le lien entre langage et
spécificité du processus thérapeutique psychanalytique est présent dans l’œuvre
de Ferenczi, il n’en constitue néanmoins pas le cœur. Cela a représenté un
travail considérable que de parcourir tout le corpus et de n’en extraire que
les considérations qui importaient à la question de la technique et du langage
– et cela explique en partie pourquoi nous n’avons pu esquisser que quelques
directions d’analyse, écartelé que nous étions entre la tâche de rendre compte
d’une lecture importante et la nécessité de recentrer ce compte-rendu autour de
la question du langage.
Néanmoins, et malgré ces contraintes, le présent travail
aura eu trois bénéfices principaux.
- Il
aura tout d’abord permis de dresser un portrait réaliste des temps
pionniers de la psychanalyse, en contribuant par la même à abattre
quelques mythologies personnelles.
- Il
aura mis en lumière l’influence prépondérante de la subjectivité, du
transfert et des conditions sociales-historiques sur la technique
analytique grâce, en partie, à la réflexion menée à partir du cas clinique
complexe constitué par l’affaire Elma-Gizella.
- Il
aura enfin contribué à la formulation d’une hypothèse qui alimentera des
travaux ultérieurs cette fois-ci plus conceptuels : les symptômes
névrotiques ne traduiraient pas uniquement des contenus fantasmatiques
infantiles mais utiliseraient des procédés du langage de l’enfance où il
n’y a pas encore de dissociation marquée entre représentations de mots et
représentations de choses. La parole en analyse aboutirait à son effet
thérapeutique lorsque, régressant à ces procédés infantiles, au-delà de la
formulation adulte d’un contenu inconscient, elle permettrait un dire qui
soit simultanément un faire en acquérant du même coup un réel pouvoir de
transformation du vécu de l’analysant.