présents 2022

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au tonnerre rentrer en courant
à la porte la pluie tombe

vous arrivez de la mandal’ ?
ya des patous là-haut ?

revenir sur ses pas
et ramasser un petit cristal de montagne

la première odeur de chèvre dans les alpages

sourire à la mouche
qui prend le soleil sur mon genou

la montagne de juillet
qui vous met en x 0.7

un thé
qui coule de source

ah non
pas un oiseau
mais le son d’une chemise qui sèche au vent

les fleurs d’arnica
et les bleus de ma grand-mère

les gouttes de sang de l’oiseau
qui s’est cogné la tête contre la vitre

le silence des vaches
à leur retour à l’étable

l’ombre des nuages
lui fait des grains de beauté
au désert

tout chawan
hagoromo

par la fenêtre ouverte de la chashitsu
la pendule du voisin



une personne à trente pour cent
dira d’une personne à quatre-vingt
ha il est moins vingt

quand on ne trouve rien à kitano

le vent d’été
qui couche
les vélos

les moines du nanzenji
se couchent avant les lucioles

la nuit
quand la kamogawa est devenue noire

les lycéennes qui se lissent les cheveux
dans le métro

une bougie italienne dans l’oreille
peut vous conduire chez l’orl

le rire sans fin
des grand-mères jomon
devant mon premier ka-en

s’arrêter tous les ans
devant les mêmes fleurs
à la même date

quand la lumière est plus belle
que les feuilles qu’elle éclaire

à kyôto
deux pigeons roucoulent
comme ceux d’orléans

les grand-mères qui conseillent leur petite-fille
sur les sucreries à s’offrir

quand la pluie a fait tomber les fleurs sous la cascade
mais pas leur parfum

un chien gras
allongé sur un banc
d’un square de quartier

une grand-mère qui parle très fort au téléphone
dans une rue déserte

l’effet de surprise
quand l’assistante dentaire
devient aimable

danser sur stayin’ alive
au supermarché japonais

avoir atteint l’âge où l’on accepte
les mécanismes de défense
des autres passagers de l’avion

dans une arcade japonaise déserte
de la musique classique

est-ce la lune ou un lampadaire
se demande le myope
au onsen

les shoji percés dans toutes leurs cases
dans les maisons de campagne

se surprendre
à ranger les chaussures dans le bon sens
dans le genkan

le son de la rivière
quand on descend de kurama

quand forêt
parfum de femme

être triste
pour la peau des bananes

le bourdonnement
du vieux distributeur de pepsi

poser sur les premières marches de l’escalier
ce que l’on voudra monter plus tard

les veufs qui
après la pluie
viennent au cimetière

quand la pluie tombe fort la nuit
et qu’on n’a pas besoin de sortir du lit
quand elle continue fort le matin
et qu’on n’a pas besoin de sortir dehors

le mitate inverse
quand une pièce n’a pas son cadre

mille grues de papier
que la pluie a fait s’envoler

des femmes âgées
avec leur ombrelle en vélo

quelle heure est-il ?
il est 90°

le jeune pin danse
comme un jeune
au vent

deux petits oiseaux qui n’ont pas peur
cela ferait presque peur

comme une mouche qui tient à sortir (oni !)
le papillon tient à entrer (fuku !)

une odeur de compote chaude
un jour chaud

se souvenir d’avoir cherché
ce que maverick voulait dire

près de son carré de légumes
un agriculteur se brosse les dents

deux petites filles
qui pêchent très sérieusement

les petits oiseaux qui ne savent encore
produire qu’une seule note

le gros chat fier de sa clochette
qui toise les passants

sauver une fourmi tombée dans l’émail
et être heureux pour elle

la façon dont une jeune japonaise
plie son parapluie

deux pigeons qui s’embrassent
se sentent gênés à mon approche

les vieux taxi en cravate
qui promènent les collégiens de province en uniforme

une poignée d’épines de pin
sèches

les mères de famille
qui prennent des risques de sprinteur
sur leur vélo électrique

un vieux ballon de rugby
dégonflé

la rue jeanne d’arc
et le chemin de la philosophie
en rollers

le collégien qui court
deux fois seul
le daimonji

la couleur de l’eau
avant la plantation du riz

les rêves pérette du céramiste
en émaillant ses bols

les tout-petits garçons
qui jouent avec leur voix de ténor

tiens le lézard dort en boule
comme un chat
sur l’engawa

passer d’un 45 litres
à un 30
ou réciproquement

en pleine nuit
se préparer une carotte râpée
ponzu sésame nori



le collégien qui court
en tenant son sac à dos
pour traverser au feu encore vert

les jeunes couples qui rigolent doucement
en marchant la main dans la main

après un certain nombre d’années
on danse avec la porte de son frigo

le bruit du léger mal de tête
qui donne son prix
à la vie où il est absent

les longues chaussettes noires
des OL âgées en jupe courte

rêver d’un jour où le coiffeur
ne me dira pas
que j’ai les épaules tendues

être devenu un homme
qui rape ses carottes à la main

le sens du kairos d’une fourmi
devant une porte ouverte

au petit matin
trouver un kaki-no-tane par terre
et le manger

la tristesse
à ne pouvoir partager
la lune

les hommes invisibles
et les femmes savonnettes

le gros papillon noir
à qui l’on a envie
de tendre un parapluie

le gros corbeau noir
se protégeant de la pluie
sous l’abri du daimonji

la pluie qui fait
ces jours blancs
ces jours vides

un homme à l’arrêt
au volant de sa voiture
jouant de l’harmonica

en forêt
les tâches du soleil
sur le chemin

de vieux habits aux couleurs passées
impeccablement étendus au balcon

j’ai tué le chien du voisin
parce qu’il souffrait trop
ce n’était pas un chien mais mon avenir

au-dessus des feuilles claires du momiji
le bleu clair du ciel

voir le vent
dans les drapeaux du marchand de glaces

le son des pièces dans les offertoires des temples
le son du riz quand on le lave

le pigeon qui trottine
pour doubler la pigeonne

le col vert
qui dort
comme l’exorciste

les journaux étalés
pour protéger les voitures
des nids d’hirondelle

les enfants qui jouent
au jet d’eau et aux jeux de plage
en pleine ville

l’ombre de la danse du papillon
sur le mur

les LFO de lumière
sur les momiji

le petit-fils du voisin
qui pleure quand il veut aller
ici et pas là

les ombrelles en forme de poire
pour les distinguer des parapluies

comme un pivoine après la pluie

scène de black friday
avec des vieux et des vieilles
devant des wabon-和本

tous les bols du jardin sont pleins
pluie du premier mai

tiens
les premières grenouilles viriles du daimonji

le supermarché bondé
après la pluie

un bol qui ne serait beau
qu’au tout petit matin d’un jour de pluie

honore ton genkan
comme ton tokonoma

l’étudiant qui s’excuse
d’être tombé de vélo

au marché aux puces
le regard des oiseaux

les pleurs des enfants
quand ils ne manipulent pas

un four ouvert
ouvre sur le vide

la canarde
n’a plus que quatre
canardeaux

la brosse pour laver ses chaussures
au pied du daimonji

le 利休梅-rikyu-baï
trouvé au marché encore désert de kukai

les deux claquements de mes mains
devant la cascade de shishigatani

les biches derrière les jizo
du daimonji

le papillon dit au vent
mais mon chemin c’est par là

les statues de femmes nubiles
au jardin botanique

les tabi dans la chashitsu
le pinceau sur le han-setsu

le petit lézard est devenu gros
et n’est plus curieux
que de la lézarde

le salaryman
et son cup noodle
de combini

sept canardeaux
jouent dans les pétales
de la philosophie

un jardin d’iris sans fleurs
une grenouille

en attendant l’embarquement
porte D
tracer le sutra du cœur



deux temples
un sakura vert
un cactus

lier les îles
en kana
à vélo

un fudô-myo
au fond d’une grotte
l’odeur de l’encens vert

les îles
font de la calligraphie
sur la mer

le corbeau perplexe
devant le poisson
plus gros que lui

les cerisiers philosophes
au petit matin
entre-eux

le bourgeon du tsubaki qui s’ouvre
le pétale du cerisier au vent



pétales de sakura au vent
paroles paroles

l’ombrelle baissée
à chaque passage
de torii

les branches de sakura pleureur
comme les cheveux d’une femme
qui en a perdu beaucoup

un jour
l’ume planté sur la tombe
mourra lui aussi

une grande chinoise coquette
essaie d’attraper
les premiers pétales emportés par le vent

aller voir les sakura
ils ne sont pas en fleurs
et ce n’est pas grave

la pierre qui se défait
de ses fils noirs

replier avec soin
un sac en papier
pour le réutiliser

kyo-odori
ou un long gyosho de couleurs



le grand frère qui doit montrer
qu’il peut aller plus haut que le cadet
sur la balançoire

l’odeur fétide des yatai
de sakura matsuri

un matin où la ville
se fait fleuriste

quand les sakura
se balancent au vent
sans perdre leurs fleurs

un sakura des villes
qui pense
aux sakura des champs

les petites filles qui laissent
leurs bottes en caoutchouc roses en désordre
dans le genkan



poser ses baguettes à l’horizontal
sur le bol dans l’évier
après le déjeuner

l’odeur de la serviette sur les yeux
lorsque le barbier
vous fait les sourcils

les étudiants
qui vont à la fac en vélo
sous la pluie

le lézard n’aime pas
quand je m’installe
sur sa engawa

une petite fille qui court
avec un chien en laisse
sous les sakura

écrire de la musique
sur des bols

washoi washoi
un groupe de jeunes et de vieux du quartier
qui s’entraînent pour un prochain portage d’autel

les tea for two
qui nous connectent à tous les autres

ne pas avoir besoin de dire au revoir aux fleurs
parce qu’on les garde toujours en soi

le fond sonore
du baseball sur nhk ondes courtes
près du four

percer les gros bambous
pour qu’ils n’explosent pas
dans l’anagama

les cacahuètes
dans une chambre d’hotel

les chiens des deux voisins
qui sont heureux
de se retrouver

les mille maisons asebi
stupéfient
la maison ume

sur un vieux mur près d’une école
de nombreux cœurs gravés

être un homme
de gingembre et de sésame

le tout-petit garçon
accompagné à l’école
par son grand-père

dans le kei-truck du pépé
une débroussailleuse

l’odeur de bois coupé
de l’anagama avant son feu

ficeler les bols
avant de les cuire

la première vraie fleur
de l’ume planté dix ans plus tôt
à partir de la prune de gosho

les yatai
des mille ume

quand la pluie ébouriffe les fleurs



la bouilloire pleurniche
comme un bébé au loin


les pétales d’ume sont
incroyablement plus tristes
que les pétales de sakura

un pétale d’ume blanc
dans un bol noir d’été
qui vient de sortir du four

le spray d’antibuée sur les lunettes
avant de sortir

le cou vert et violet des pigeons

le pépé sur son scooter
qui vient livrer le journal de 4h
au temple zen

un bol noir
pour faire tenir la nuit dans ses paumes

les mains sales
de l’émailleur

le parfum de l’ume dans le toko
plus forte que le neriko

scanner le sourire
des statues
du marché aux puces



le sourire d’un enfant
à qui sa grand-mère tend
son trousseau de clé

les tsukemono de radis roses
dans leur sachet plastique



la toute-petite-fille du voisin
quand elle l’appelle jiji



un distributeur automatique
de cactus

l’atterrissage d’un pigeon
quand il rejoint ses copains



les arbres de shimogamo
quand ils n’ont pas leurs feuilles

les jizos
enfermés par trois barrière de protection

un feu sur la montagne
non le lever de mars

ouvrir son four
et ne pas être déçu

l’écoute
des pompiers dans la nuit

la fleur d’ume
pense
à la fleur de thé

l’ombre du pin taillé
sur la mousse

devant le sanmon
deux petits oiseaux

rafraichir la page
des tanks détruits

quand la branche de l’ume rouge
touche la branche de l’ume blanc

dans le bassin au lotus
deux fleurs d’ume rose

là où l’on va
quand on dit je viens



l’étourdissement du langage

chaque année il y croit davantage
l’ume que j’ai planté d’une prune

ses bourgeons lui font des perles
à l’ume

les pépés qui se déguisent
en yamabushi

le gen-玄
c’est juste la perception du présent

le faux trot
pour traverser au vert

les antennes de télé si laides
qui parce qu’elles ne servent plus depuis longtemps
trouvent enfin leur charme

quand la grêle
fait plisser les yeux

laisser un chawan dehors
pour qu’il recueille la neige

sur les lunettes du potier
la poussière de ses bols

quand le ciel punit l’ume

les camions de jardinier
qui ont des arbustes à l’arrière

deux policiers en scooter
s’arrêtent
pour acheter des manjous

le poids des pierres
sur les tombes

arroser l’écorce
de l’ume blanc
pour lui donner son rouge

attendre une machine à laver
qui ne vient pas

le darwinisme des masques
tissu-papier-sûreté-ergo-couleur
la prière à leur envol

la beauté triste
des couleurs passées

les lunettes embuées
par le masque
un soir de pluie d’hiver

la mousse sous le pin
l’hiver

si la couleur des ume qu’on a plantés
n’est pas la bonne
ce n’est pas si grave

dans l’ume
la lune

sortir sans lunettes de soleil
parce que c’est l’hiver

aller chercher des sons
à vélo

s’intéresser aux ume
imparfaites

un nuage a secoué son plumeau kana
neige du dimanche matin

entre grêle et flocon
décide-toi

arroser son jardin
en hiver

respirer un bourgeon d’ume
par impatience

les ume se nourissent-ils
aux flocons de neige ?

en préparant son petit déjeuner
retrouver la danse
avec sa cuisine



dans la maison encore froide
allumer l’encens



le talon des femmes
dans les nuits d’hiver de kyoto



kyoto
la ville de la belle au bois dormant

ce que l’on fait
des aménités
des hotels de la vie

ashtanga
hatha
vinyasa
quarantine check

comme un chien de pavlov
pour ouvrir la porte
et prendre le bento

dans la chambre de quarantine
placer sa tête ici pas là
pour deviner les trains

à midi
un immense corbeau
non l’ombre d’un jumbo

danser disco
sa quarantine

ni les préparer
ni les payer
ces mauvais bento

échouer à se convaincre
qu’il est 03 heures

umeboshi et mikan
pour faire saliver le covid
à l’aéroport

un bébé qu’on prend dans ses bras
décollage

claquer deux fois des doigts
pour remercier les montagnes

ranger doucement
avant un départ



la sieste dans le hamac
l’hiver

tous les violons souffrent

mesurer le temps
au seau à cendres

l’abeille
enfoncée dans la neige

l’ombre du chat
de la taille d’un chien

les nuages
quand ils n’habillent
que le sommet

les troupeaux de vieilles
sur les parcours à raquettes

les cygnes à qui l’on casse une aile
pour qu’ils restent sur le lac
– langage –

le p’tit rocher moussu
qui réapparait après
quelques jours de grand beau

la danse des mains
quand on leur applique
de la crème réparatrice

le ménage de l’ermite
la lessive de l’ermite
le repas de l’ermite

les grosses chaussettes de laine
qu’on a du mal à enfiler

dans la montée
regarder deux pas
devant soi

ces dimanches
où l’on fait doucement

accueillir chez soi
un chiot abandonné dans la rue
mitate

à chaque bol
un kami différent

l’ombre des traces de la biche
quand elles ont fondu

les bleus doux
des grands beaux de janvier

courir
dans la neige
dans la descente

les quelques heures
de la moustache

la joie d’alimenter le bucher
en pensant
aux petits matins froids

moins douze
l’eau ne monte plus revient
puis s’arrête encore

attendre l’heure
où le soleil
rend les pistes plus douces

skier seul
sur des pistes familiales

descendre
pour faire la trace
au cas où

le gros mulot non plus
ne s’enfonce pas dans la neige

dix heures grand beau
treize heures grand laid

l’oiseau trop petit
pour laisser ses traces
dans la blanche

les arbres lourds de neige
se balancent au vent
comme des autistes

farcir un pruneau
de cacahuètes

une mouche noire sur la fenêtre
quand il neige

l’orage joue de la flute
avec le chalet



marcher sur la neige
au soleil
ciel gris charbon

le son de la feuille
sèche
sur la neige

dans la gouille découverte
deux nénuphars
rouges

la buche qui bascule
quand le petit bois a pris

kanyuter des bols
à l’encre qui sent bon