présents 2022

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une mère et sa fille
qui sautent à cloche-pied
sur le passage piétons

les femmes mariées
qui s’arrêtent devant les devantures
de magasins de robes de mariées

au cimetière
un vieux ramasse une feuille sèche
délicatement

manger une carotte
sur un canapé noir

la sente étroite
qui devient la mienne

les nanten feu
un jour blanc

les feuilles jaunes
sur les pierres noircies
par la pluie

avec les feuilles
le vent me fait des farces

marcher dans la ville vide
parce qu’on est déjà mort
dans la foule
marcher parmi les morts

mon vieil ume fou de novembre

le gradient dans le gradient
feuille arbre âme

aimer ses momiji
vert clair
pas rouge foncé

la paresse poseuse
des arbres qui ne font que du jaune

la dernière dose
éternelle
du tube de dentifrice

les chawans
sont des rakans-羅漢

des bols habillés
de iki-粋 de kyôto

une borne d’incendie
près d’un momiji

un jour de pluie
à sortir les mandarines du frigo

le clavier abandonné

mon momiji rouge sur le ciel blanc
le son de la pluie

le parfum d’amande
d’un biwa en fleur
fin novembre

les jolies femmes qui sortent
d’une consultation à l’hôpital

un corbeau qui slurpe
un reste de ramen

5h30
pourquoi te lèves-tu si tard
croissant de lune

les protège plastiques
sur les cartables roses

un garçon qui hurle tadaima
avec une voix fausse

un kanji comme forêt
mais trois puits

pas des fleurs du mal
des arbres-soleil

mes feuilles mortes sont
dans des livres
qui lit des livres

construire des étagères
branlantes

momiji du matin
retirer ses lunettes
pour profiter de sa myopie

le lézard tout sec
qui tombe de la porte jamais ouverte

le désespoir du vieux qui s’enfiche
une one-cup
à l’arrêt de bus

les mûres sans goût
et les nuits paisibles

escalier du daimonji
composer son menu
katsu-kare figues gauffrettes

des fleurs de camélia blanc
trop belles
pour être adjectivées

l’odeur d’un lendemain de pluie
en automne
en forêt

la vibrance des momiji sous la pluie

pfizer-pfizer-moderna-pfizer
me dit le médecin
avant la quatrième injection

i have my exclamation point
répondit-il

l’homme
qui n’aurait jamais perdu
une partie de go

tous les autocollants
sur la voiture rouge
de la jeune femme tatouée

ce ne peut être
qu’un chien si con
qu’il ne sait pas aboyé

le cache-oreilles du cocker
assorti à son pelage

éclipse de sommeil
mission combini
3am check

tsuki chan qui
sort des cimes
puis des nuages

une période
de centella

mme sabran
plus tranquille
le jour que la nuit

eheh
tu m’as pas eu
p’tit gland

des trentenaires à lunettes chics
sur des vélos
deux fois trop grands pour elles

la couleur miel
d’une grosse branche coupée
sur un arbre vivant

compter sa présence
au nombre de chiens
qu’on a vu mourir de vieillesse

une grand-mère en tablier noir
qui coupe des susuki
devant chez elle

le métis
du sensible
et de l’intense

les yeux toujours plus bleus
d’hosokawa

le crabe de montagne
aussi petit
qu’une grosse araignée

sec
comme une fougère fanée

rebrousser chemin
pour sauver un escargot
qui traverse la rue

avec l’âge
la pluie
rend plus sombre

les sakura
quand ils perdent leurs feuilles

un hanamizuki fou
qui fait ses fausses fleurs blanches
en novembre

préparer un macha
dans un fruit

avoir l’âme
comme une planche de potier

quand il y a trop de monde
dans une foire aux vieux livres

les petits oiseaux dans la forêt
qui se font percussionnistes
avec les feuilles mortes

le son de la scie à glace
devant le marchand de tofu

un kaki
un macha

un vieux qui lave sa voiture
comme un adolescent
qui caresse ses premiers seins

les kaki no tane
au petit déjeuner

les sauces alignées
qu’on ne touche pas dans la porte du frigo
et que l’on jette
plusieurs années après leur péremption

les bleus de la mouche

considérer légitime
de traiter un paquet de gâteaux ouvert
comme une part individuelle

le rire des jeunes femmes
près du pont de sanjo

la feuille d’ume
suspendue à un fil d’araignée
qui fait un bruit de chat impatient

le chien qui attend
un maître qui ne viendra pas

la zone antibuée
sur le miroir d’un hotel

les beaux oiseaux blancs
près de la moissonneuse laide

les vieux avec cannes
tout tremblants
qui traversent hors des clous
just for the thrill

les gens bizarres
au bord de la kamogawa

le plaisir à enseigner
l’empilage des bols d’izusen

la dangerosité
des pubs pour gyoza
à l’arrière des bus

la puanteur résiliente du four
dans lequel on a fait réchauffer
des tempura de poulpe

dans la forêt
une grand-mère
sous son ombrelle mauve

une petite réplique
à faire sonner les bols dans la galerie

un petit tremblement de terre
la nuit
comme la confirmation d’être chez soi

des feuilles si belles
qu’on fait un détour
pour ne pas marcher dessus

dans la forêt
un oiseau fait le bruit
de ces chaussures
que l’on met aux enfants de trois ans

un vieux salary man
dans une chemise bleue impeccable
sort d’un restaurant à midi
avec un sourire de bienheureux

les temples immenses
sublimes
vides de croyants

takenaka jinja
sans ses lanternes rouges

l’odeur plus forte
du kinmokusei après la pluie

l’invitation au voyage
au japon

oser entrer dans une patisserie
dégoulinant de sueur

et une autre tombe
de teika

un couple d’adolescents marchent dans la rue
le garçon ses mains dans ses porches
pour justifier qu’il ne lui prend pas sa main

le bruit des glands qui
roulent
au vent doux d’automne

le marchand de gâteaux qui
à 5h30
rentre son noren

le matin
regarder dans les jambes de son pantalon
pour faire tomber ses chaussettes

le petit vieux
qui ne dit jamais bonjour sur son vélo
mais qui a les yeux qui plissent
comme s’il riait

les tétons des chiennes
à l’avant
des shamisen

faire le bruit
d’un testeur de vin
en buvant son thé

quand un vrai thé
nous fait croire
à la réalité

ne pas avoir le bas de son pantalon mouillé
car le parapluie orange
est très grand

avoir mal au poignet
parce que le parapluie orange
est trop grand

des vêtements de pluie
qui font le bruit
de feuilles qu’on balaie

des carrés de rizières jaunes
sous le ciel gris triste

de grands parapluies en vinyl
suspendus à l’engawa
d’un grand temple en bois

l’armée des parapluies
un jour de pluie
sur le chemin du lycée

5 octobre
la première pub
pour les cartes de vœux

devant une veille maison
qui tombe en ruine
un hagoromo jasmine

le marchand de fruits
devant l’hôpital

les chaussettes longues
des livreuses de yaourts

dans le pin noir
dans le bleu ciel clair
le blanc d’un cumulo nimbus

l’odeur de citronnelle
le dimanche midi
au daimonji

le japon le ma-間
la france les strates

le plaisir à retrouver
la terre plastique
de bizen

même l’ume
m’attaque avec ses feuilles

une maman qui d’un mouvement de la main
pousse le parfum du kinmokusei
vers le bébé qu’elle tient

le vieux ronchon
qui monte au daimonji
avec son balais

le premier jour
du kinmokusei

le regard ciel
d’un akhal-teke

le jaune
huile d’olive verte
des rizières fin septembre

les femmes qui au petit-déjeuner
dans un grand hotel
portent l’élastique de leur cheveux
au poignet

savoir tenir
un plectre

une société qui peut
des pommiers en pleine ville

les pommiers
trop lourds de leurs pommes

comme la viscosité du miel
qu’on a laissé par mégarde au frigo

ce jour de septembre
où l’on ne fait plus de thé froid

l’amertume du propolis
au fond de la gorge

une jolie maman
sur son vélo rouge électrique
renifle vulgairement
en passant près de moi

une grand-mère courbée
traverse la rue
portant de très longues fleurs
pour son ikebana

même blanches
les higanbana
sont laides

préparer le thé
comme une infirmière
nettoie une plaie

wepay et nakht
marchent le temps

les insectes aux chants plus forts
dans les bouffées du vent

l’odeur de poisson grillé
à cinq heure trente
dans les petites rues de kyôto

un petit garçon à lunettes
qui cherche dans des feuilles
de la nourriture pour ses fourmis

le goen-ご縁
ce n’est pas les sans-culottes

les têtes renversées
de ceux qui finissent
leur bouteille d’eau fraiche

la diplomatie de l’absurde
du responsable des tris

retrouver avec plaisir
les mathématiciennes
qui surgissent
du presque-rien

les violences faites aux hommes

les quartiers
où tout le monde se couche
à 9h30

le soleil qui fait fondre
les bougies
devant les jizo

le yugen-幽玄
moins le temps ralenti
que le temps en retard

des sobas aux noix
à l’arrière des tombes

à sept heure
derrière l’unicycliste de 70 ans
une mère de famille coupe des herbes

le toit neuf qui brille
sur la tête des vieux jizo

l’odeur d’un encens de qualité
près d’un cimetière

faire claquer ses mains deux fois
plus fort
pour couvrir le son de la cascade

planter un théier
sur sa tombe

quand le vent fait danser
le jiku du tokonoma

le vieux qui
comme un adolescent
lit son livre en marchant

la petite ombrelle verte
du pilote de planeur
radiocommandé

cet instant où l’on renonce
à aller chercher le linge sec
sous la pluie

le shakyô-写経 d’un français
ce sont les fleurs

est-ce que les cigales
ont des acouphènes ?

un gros papillon noir
affolé par le tonnerre

les jolies femmes
qui laissent traîner leur masque
sur leur oreille droite

une pub pour asahi super dry
un soir de pluie

un vrai gasshô au cairn

ranger
sans ranger le sanctuaire

souder tanabata-七夕

une journée
à boire du ginseng

le regard charmeur en coin
des génisses
aux yeux de biche

un arbre en exil nuage
木流雲

ton corps nu
est mon kanji secret

tous les jours
une pierre

souder les trois gen- 玄

ce jour d’été
de la torche plasma
et du poste à souder

le goût du fromage
sur la pomme que l’on coupe
avec le même couteau

un coucher de soleil
de fin août
dans la forêt

de la france sa langue
de sa langue les fleurs

au fond du bol
un brin de chasen

la vache de tête qui un jour de pluie
se retourne vers le vacher
vraiment aujourd’hui on doit monter

les encres
ces parfums pour les yeux

l’orage ne veut pas me voir
et ferme mes volets

l’oeil orange du pigeon
qui me regarde manger

sur l’antenne des voitures
les dentelles de mariée
jaunies

les journées vides
où l’on chantourne

l’odeur de transpiration
des herbes jaunies
après la pluie

un dimanche
de samue-pyjama

avoir presque oublié
le chant de la pluie sur le toit

rouler les hamacs
pour accueillir la pluie

la lèvre blessée
par une branche de sapin

courir dos au soleil
sur son ombre

ouvrir un abricot
et mettre le noyau dans sa bouche

une culture
de la pointe humide du pinceau

le reflet gris des montagnes
sur les nuages blancs

quand les charpentiers
mettent la dernière planche sur le toit
la lumière du ciel
ne passe plus

le vent qui fait s’envoler
la rose
de son vase d’osier

jouer jusqu’à ce que sa flute
soit chaude

un faon qui descend la forêt
comme une pomme de pin d’un arbre

pour jouer la forêt dans sa flute
faut-il avoir plus de cinquante ans ?

le petit oiseau
sur le grand hamac blanc

je n’ai pas arrosé le rosier
ses fleurs plus petites
sont plus belles

parfois
avoir envie de lécher
le cube de sel des vaches

une chienne un peu gringalette
qui s’appelle sun
et qui va se faire engueuler
parce qu’elle est partie se balader
avec sa copine

l’aube-épine

la branche morte d’un arbre
qu’on n’a pas taillé

un papillon léopard
n’a pas mauvais goût

le grand arbre mort
dans le champ d’été

les boulettes de cerises de merisiers
des rapaces
sur les ch’mins

l’odeur de framboises écrasées
sur le chemin de montagne

le puisatier des âmes
ses yeux clairs

tiens les nuages forment un cœur
tiens le vent le défait

les fleurs qui s’ouvrent le jour
et se ferment la nuit

dimanche d’été
les choucas
calligraphient le ciel

être accueilli dehors
par l’odeur fraiche
de la lessive qu’on vient d’étendre

nouer des torchons
à tous les étages

demander au gros crapaud dans le garage
de bouger un peu

des invités qui partent tard
monter au plateau quand même
le mont blanc rose

l’orage sur la tournette
s’il me foudroie avant que je ne rentre
je ne serai pas surpris

la biche se retourne
et me laisse regarder
sa beauté

ajouter deux pierres au cairn

le jour où les oiseaux décidèrent
que le merisier était mûr

les vaches
qui en ligne
paient leur respect

encrer le son
du bol d’eau
dans la nuit

avoir le temps
de goûter le paysage
par les oreilles

les yeux trop clairs

le sourire du thé trop chaud

sursauter en enjambant
un tout petit serpent

fenêtres ouvertes
pour aérer la pièce des patates sautées
le livre des kanji s’envole

se faire attaquer sauvagement
par un papillon

la tristesse résignée
à ne pas sauver les nénuphars

l’odeur d’aiguilles torréfiées
dans la clairière de pins au soleil

ne pas prendre le raccourci
pour rallonger la balade

un bouvier seul
à tanabata

le son des charpentiers dans la vallée

l’âge où l’on comprend
que le bois pourrit

les fleurs d’été
au lever
au sommet

après un yoga yin
les menaces d’un petit oiseau yang

au tonnerre rentrer en courant
à la porte la pluie tombe

vous arrivez de la mandal’ ?
ya des patous là-haut ?

revenir sur ses pas
et ramasser un petit cristal de montagne

la première odeur de chèvre dans les alpages

sourire à la mouche
qui prend le soleil sur mon genou

la montagne de juillet
qui vous met en x 0.7

un thé
qui coule de source

ah non
pas un oiseau
mais le son d’une chemise qui sèche au vent

les fleurs d’arnica
et les bleus de ma grand-mère

les gouttes de sang de l’oiseau
qui s’est cogné la tête contre la vitre

le silence des vaches
à leur retour à l’étable

l’ombre des nuages
lui fait des grains de beauté
au désert

tout chawan
hagoromo

par la fenêtre ouverte de la chashitsu
la pendule du voisin



une personne à trente pour cent
dira d’une personne à quatre-vingt
ha il est moins vingt

quand on ne trouve rien à kitano

le vent d’été
qui couche
les vélos

les moines du nanzenji
se couchent avant les lucioles

la nuit
quand la kamogawa est devenue noire

les lycéennes qui se lissent les cheveux
dans le métro

une bougie italienne dans l’oreille
peut vous conduire chez l’orl

le rire sans fin
des grand-mères jomon
devant mon premier ka-en

s’arrêter tous les ans
devant les mêmes fleurs
à la même date

quand la lumière est plus belle
que les feuilles qu’elle éclaire

à kyôto
deux pigeons roucoulent
comme ceux d’orléans

les grand-mères qui conseillent leur petite-fille
sur les sucreries à s’offrir

quand la pluie a fait tomber les fleurs sous la cascade
mais pas leur parfum

un chien gras
allongé sur un banc
d’un square de quartier

une grand-mère qui parle très fort au téléphone
dans une rue déserte

l’effet de surprise
quand l’assistante dentaire
devient aimable

danser sur stayin’ alive
au supermarché japonais

avoir atteint l’âge où l’on accepte
les mécanismes de défense
des autres passagers de l’avion

dans une arcade japonaise déserte
de la musique classique

est-ce la lune ou un lampadaire
se demande le myope
au onsen

les shoji percés dans toutes leurs cases
dans les maisons de campagne

se surprendre
à ranger les chaussures dans le bon sens
dans le genkan

le son de la rivière
quand on descend de kurama

quand forêt
parfum de femme

être triste
pour la peau des bananes

le bourdonnement
du vieux distributeur de pepsi

poser sur les premières marches de l’escalier
ce que l’on voudra monter plus tard

les veufs qui
après la pluie
viennent au cimetière

quand la pluie tombe fort la nuit
et qu’on n’a pas besoin de sortir du lit
quand elle continue fort le matin
et qu’on n’a pas besoin de sortir dehors

le mitate inverse
quand une pièce n’a pas son cadre

mille grues de papier
que la pluie a fait s’envoler

des femmes âgées
avec leur ombrelle en vélo

quelle heure est-il ?
il est 90°

le jeune pin danse
comme un jeune
au vent

deux petits oiseaux qui n’ont pas peur
cela ferait presque peur

comme une mouche qui tient à sortir (oni !)
le papillon tient à entrer (fuku !)

une odeur de compote chaude
un jour chaud

se souvenir d’avoir cherché
ce que maverick voulait dire

près de son carré de légumes
un agriculteur se brosse les dents

deux petites filles
qui pêchent très sérieusement

les petits oiseaux qui ne savent encore
produire qu’une seule note

le gros chat fier de sa clochette
qui toise les passants

sauver une fourmi tombée dans l’émail
et être heureux pour elle

la façon dont une jeune japonaise
plie son parapluie

deux pigeons qui s’embrassent
se sentent gênés à mon approche

les vieux taxi en cravate
qui promènent les collégiens de province en uniforme

une poignée d’épines de pin
sèches

les mères de famille
qui prennent des risques de sprinteur
sur leur vélo électrique

un vieux ballon de rugby
dégonflé

la rue jeanne d’arc
et le chemin de la philosophie
en rollers

le collégien qui court
deux fois seul
le daimonji

la couleur de l’eau
avant la plantation du riz

les rêves pérette du céramiste
en émaillant ses bols

les tout-petits garçons
qui jouent avec leur voix de ténor

tiens le lézard dort en boule
comme un chat
sur l’engawa

passer d’un 45 litres
à un 30
ou réciproquement

en pleine nuit
se préparer une carotte râpée
ponzu sésame nori



le collégien qui court
en tenant son sac à dos
pour traverser au feu encore vert

les jeunes couples qui rigolent doucement
en marchant la main dans la main

après un certain nombre d’années
on danse avec la porte de son frigo

le bruit du léger mal de tête
qui donne son prix
à la vie où il est absent

les longues chaussettes noires
des OL âgées en jupe courte

rêver d’un jour où le coiffeur
ne me dira pas
que j’ai les épaules tendues

être devenu un homme
qui rape ses carottes à la main

le sens du kairos d’une fourmi
devant une porte ouverte

au petit matin
trouver un kaki-no-tane par terre
et le manger

la tristesse
à ne pouvoir partager
la lune

les hommes invisibles
et les femmes savonnettes

le gros papillon noir
à qui l’on a envie
de tendre un parapluie

le gros corbeau noir
se protégeant de la pluie
sous l’abri du daimonji

la pluie qui fait
ces jours blancs
ces jours vides

un homme à l’arrêt
au volant de sa voiture
jouant de l’harmonica

en forêt
les tâches du soleil
sur le chemin

de vieux habits aux couleurs passées
impeccablement étendus au balcon

j’ai tué le chien du voisin
parce qu’il souffrait trop
ce n’était pas un chien mais mon avenir

au-dessus des feuilles claires du momiji
le bleu clair du ciel

voir le vent
dans les drapeaux du marchand de glaces

le son des pièces dans les offertoires des temples
le son du riz quand on le lave

le pigeon qui trottine
pour doubler la pigeonne

le col vert
qui dort
comme l’exorciste

les journaux étalés
pour protéger les voitures
des nids d’hirondelle

les enfants qui jouent
au jet d’eau et aux jeux de plage
en pleine ville

l’ombre de la danse du papillon
sur le mur

les LFO de lumière
sur les momiji

le petit-fils du voisin
qui pleure quand il veut aller
ici et pas là

les ombrelles en forme de poire
pour les distinguer des parapluies

comme un pivoine après la pluie

scène de black friday
avec des vieux et des vieilles
devant des wabon-和本

tous les bols du jardin sont pleins
pluie du premier mai

tiens
les premières grenouilles viriles du daimonji

le supermarché bondé
après la pluie

un bol qui ne serait beau
qu’au tout petit matin d’un jour de pluie

honore ton genkan
comme ton tokonoma

l’étudiant qui s’excuse
d’être tombé de vélo

au marché aux puces
le regard des oiseaux

les pleurs des enfants
quand ils ne manipulent pas

un four ouvert
ouvre sur le vide

la canarde
n’a plus que quatre
canardeaux

la brosse pour laver ses chaussures
au pied du daimonji

le 利休梅-rikyu-baï
trouvé au marché encore désert de kukai

les deux claquements de mes mains
devant la cascade de shishigatani

les biches derrière les jizo
du daimonji

le papillon dit au vent
mais mon chemin c’est par là

les statues de femmes nubiles
au jardin botanique

les tabi dans la chashitsu
le pinceau sur le han-setsu

le petit lézard est devenu gros
et n’est plus curieux
que de la lézarde

le salaryman
et son cup noodle
de combini

sept canardeaux
jouent dans les pétales
de la philosophie

un jardin d’iris sans fleurs
une grenouille

en attendant l’embarquement
porte D
tracer le sutra du cœur



deux temples
un sakura vert
un cactus

lier les îles
en kana
à vélo

un fudô-myo
au fond d’une grotte
l’odeur de l’encens vert

les îles
font de la calligraphie
sur la mer

le corbeau perplexe
devant le poisson
plus gros que lui

les cerisiers philosophes
au petit matin
entre-eux

le bourgeon du tsubaki qui s’ouvre
le pétale du cerisier au vent



pétales de sakura au vent
paroles paroles

l’ombrelle baissée
à chaque passage
de torii

les branches de sakura pleureur
comme les cheveux d’une femme
qui en a perdu beaucoup

un jour
l’ume planté sur la tombe
mourra lui aussi

une grande chinoise coquette
essaie d’attraper
les premiers pétales emportés par le vent

aller voir les sakura
ils ne sont pas en fleurs
et ce n’est pas grave

la pierre qui se défait
de ses fils noirs

replier avec soin
un sac en papier
pour le réutiliser

kyo-odori
ou un long gyosho de couleurs



le grand frère qui doit montrer
qu’il peut aller plus haut que le cadet
sur la balançoire

l’odeur fétide des yatai
de sakura matsuri

un matin où la ville
se fait fleuriste

quand les sakura
se balancent au vent
sans perdre leurs fleurs

un sakura des villes
qui pense
aux sakura des champs

les petites filles qui laissent
leurs bottes en caoutchouc roses en désordre
dans le genkan



poser ses baguettes à l’horizontal
sur le bol dans l’évier
après le déjeuner

l’odeur de la serviette sur les yeux
lorsque le barbier
vous fait les sourcils

les étudiants
qui vont à la fac en vélo
sous la pluie

le lézard n’aime pas
quand je m’installe
sur sa engawa

une petite fille qui court
avec un chien en laisse
sous les sakura

écrire de la musique
sur des bols

washoi washoi
un groupe de jeunes et de vieux du quartier
qui s’entraînent pour un prochain portage d’autel

les tea for two
qui nous connectent à tous les autres

ne pas avoir besoin de dire au revoir aux fleurs
parce qu’on les garde toujours en soi

le fond sonore
du baseball sur nhk ondes courtes
près du four

percer les gros bambous
pour qu’ils n’explosent pas
dans l’anagama

les cacahuètes
dans une chambre d’hotel

les chiens des deux voisins
qui sont heureux
de se retrouver

les mille maisons asebi
stupéfient
la maison ume

sur un vieux mur près d’une école
de nombreux cœurs gravés

être un homme
de gingembre et de sésame

le tout-petit garçon
accompagné à l’école
par son grand-père

dans le kei-truck du pépé
une débroussailleuse

l’odeur de bois coupé
de l’anagama avant son feu

ficeler les bols
avant de les cuire

la première vraie fleur
de l’ume planté dix ans plus tôt
à partir de la prune de gosho

les yatai
des mille ume

quand la pluie ébouriffe les fleurs



la bouilloire pleurniche
comme un bébé au loin


les pétales d’ume sont
incroyablement plus tristes
que les pétales de sakura

un pétale d’ume blanc
dans un bol noir d’été
qui vient de sortir du four

le spray d’antibuée sur les lunettes
avant de sortir

le cou vert et violet des pigeons

le pépé sur son scooter
qui vient livrer le journal de 4h
au temple zen

un bol noir
pour faire tenir la nuit dans ses paumes

les mains sales
de l’émailleur

le parfum de l’ume dans le toko
plus forte que le neriko

scanner le sourire
des statues
du marché aux puces



le sourire d’un enfant
à qui sa grand-mère tend
son trousseau de clé

les tsukemono de radis roses
dans leur sachet plastique



la toute-petite-fille du voisin
quand elle l’appelle jiji



un distributeur automatique
de cactus

l’atterrissage d’un pigeon
quand il rejoint ses copains



les arbres de shimogamo
quand ils n’ont pas leurs feuilles

les jizos
enfermés par trois barrière de protection

un feu sur la montagne
non le lever de mars

ouvrir son four
et ne pas être déçu

l’écoute
des pompiers dans la nuit

la fleur d’ume
pense
à la fleur de thé

l’ombre du pin taillé
sur la mousse

devant le sanmon
deux petits oiseaux

rafraichir la page
des tanks détruits

quand la branche de l’ume rouge
touche la branche de l’ume blanc

dans le bassin au lotus
deux fleurs d’ume rose

là où l’on va
quand on dit je viens



l’étourdissement du langage

chaque année il y croit davantage
l’ume que j’ai planté d’une prune

ses bourgeons lui font des perles
à l’ume

les pépés qui se déguisent
en yamabushi

le gen-玄
c’est juste la perception du présent

le faux trot
pour traverser au vert

les antennes de télé si laides
qui parce qu’elles ne servent plus depuis longtemps
trouvent enfin leur charme

quand la grêle
fait plisser les yeux

laisser un chawan dehors
pour qu’il recueille la neige

sur les lunettes du potier
la poussière de ses bols

quand le ciel punit l’ume

les camions de jardinier
qui ont des arbustes à l’arrière

deux policiers en scooter
s’arrêtent
pour acheter des manjous

le poids des pierres
sur les tombes

arroser l’écorce
de l’ume blanc
pour lui donner son rouge

attendre une machine à laver
qui ne vient pas

le darwinisme des masques
tissu-papier-sûreté-ergo-couleur
la prière à leur envol

la beauté triste
des couleurs passées

les lunettes embuées
par le masque
un soir de pluie d’hiver

la mousse sous le pin
l’hiver

si la couleur des ume qu’on a plantés
n’est pas la bonne
ce n’est pas si grave

dans l’ume
la lune

sortir sans lunettes de soleil
parce que c’est l’hiver

aller chercher des sons
à vélo

s’intéresser aux ume
imparfaites

un nuage a secoué son plumeau kana
neige du dimanche matin

entre grêle et flocon
décide-toi

arroser son jardin
en hiver

respirer un bourgeon d’ume
par impatience

les ume se nourissent-ils
aux flocons de neige ?

en préparant son petit déjeuner
retrouver la danse
avec sa cuisine



dans la maison encore froide
allumer l’encens



le talon des femmes
dans les nuits d’hiver de kyoto



kyoto
la ville de la belle au bois dormant

ce que l’on fait
des aménités
des hotels de la vie

ashtanga
hatha
vinyasa
quarantine check

comme un chien de pavlov
pour ouvrir la porte
et prendre le bento

dans la chambre de quarantine
placer sa tête ici pas là
pour deviner les trains

à midi
un immense corbeau
non l’ombre d’un jumbo

danser disco
sa quarantine

ni les préparer
ni les payer
ces mauvais bento

échouer à se convaincre
qu’il est 03 heures

umeboshi et mikan
pour faire saliver le covid
à l’aéroport

un bébé qu’on prend dans ses bras
décollage

claquer deux fois des doigts
pour remercier les montagnes

ranger doucement
avant un départ



la sieste dans le hamac
l’hiver

tous les violons souffrent

mesurer le temps
au seau à cendres

l’abeille
enfoncée dans la neige

l’ombre du chat
de la taille d’un chien

les nuages
quand ils n’habillent
que le sommet

les troupeaux de vieilles
sur les parcours à raquettes

les cygnes à qui l’on casse une aile
pour qu’ils restent sur le lac
– langage –

le p’tit rocher moussu
qui réapparait après
quelques jours de grand beau

la danse des mains
quand on leur applique
de la crème réparatrice

le ménage de l’ermite
la lessive de l’ermite
le repas de l’ermite

les grosses chaussettes de laine
qu’on a du mal à enfiler

dans la montée
regarder deux pas
devant soi

ces dimanches
où l’on fait doucement

accueillir chez soi
un chiot abandonné dans la rue
mitate

à chaque bol
un kami différent

l’ombre des traces de la biche
quand elles ont fondu

les bleus doux
des grands beaux de janvier

courir
dans la neige
dans la descente

les quelques heures
de la moustache

la joie d’alimenter le bucher
en pensant
aux petits matins froids

moins douze
l’eau ne monte plus revient
puis s’arrête encore

attendre l’heure
où le soleil
rend les pistes plus douces

skier seul
sur des pistes familiales

descendre
pour faire la trace
au cas où

le gros mulot non plus
ne s’enfonce pas dans la neige

dix heures grand beau
treize heures grand laid

l’oiseau trop petit
pour laisser ses traces
dans la blanche

les arbres lourds de neige
se balancent au vent
comme des autistes

farcir un pruneau
de cacahuètes

une mouche noire sur la fenêtre
quand il neige

l’orage joue de la flute
avec le chalet



marcher sur la neige
au soleil
ciel gris charbon

le son de la feuille
sèche
sur la neige

dans la gouille découverte
deux nénuphars
rouges

la buche qui bascule
quand le petit bois a pris

kanyuter des bols
à l’encre qui sent bon

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