présents

ah si la beauté
avait fait son vaccin à temps

l’amertume douce
du thé au jasmin
quand on l’infuse trop longtemps

les chaumières de paille
dans les rizières d’automne

le son des glands
qui craquent
sous les pas

tiens
quelqu’un a dû changer
l’ampoule de la lune

les gardiens du feu
aux cheveux blancs clairsemés

quand le soleil sert
un mugoncha
sans thé

sortir le premier vêtement chaud
sans regret
avec gratitude

les deux pneus
au budo-center

soudain
les gouttes d’eau sur les dernières feuilles de l’ume
brillent comme du cristal

les traces réjouissantes d’un chat
dans un ciment encore tout frais

les vitres d’un hôpital
un jour de plein soleil

odeur de l’adoucissant sur le marcel
pendant le yoga
du petit matin

descente du daimonji
huit biches
me regardent
offusquées

le petit garçon
debout
sur le siège arrière du vélo de son grand-père
dans la pente

sur la plus haute branche de l’ume
une petite libellule
dors longtemps

être le paparazzi du soleil
dans les arbres

les nuages à l’ouest
derrière le pare-brise
font un moyo de kimono

comme
un collier de perles naturelles

sur le pare-brise
la pluie fait
un motif de kimono

les libellules
à ise

des pétales au sol
alors lever les yeux

le bruit trop blanc
trop fort
de la cascade

sourire au kaki
reçu en cadeau
qui fait le double de la taille de ceux qu’on achète

éplucher une petite mikan
avec un grand couteau

la fierté de ko-ume
m’offrant l’éventail célébrant son hatsu-shite
pour que je le suspende dans mon genkan

le feu qui monte à deux mètres
comme un dessin
emportant les noms

le scarabée
lors de la prière d’ajari

le son d’une furin
dans un temple zen

le son d’une feuille d’ume
qui tombe à l’automne

chorégraphier les mouvements
pour mettre du miel dans son thé

le grillon qui chante
dans la maison

deux jours et c’est fini
les grosses fleurs de thé

un porte-parapluie sur un vélo
utilisé comme porte-ombrelle

par la fenêtre ouverte
des odeurs de cuisine de famille

mon petit théier
et ses six grosses fleurs

plus de pommes dans le frigo
alors manger une tomate

skate post-quarantaine
être accueilli par
le kinmokusei, le zoo, le ramen d’Heian Jingu

une petite mikan claire
difficile à éplucher
juste sortie du frigo

mouiller les fleurs du tsubaki
juste pour jouir de leur reflet

le papillon est trop grand
alors il se laisse porter par le vent

le tao-道
c’est le chemin qui mène
de l’ima-今 au gen-玄

un mat en plastique
et une serviette en coton
sur des tatamis

quarantaine
un beau temps
à devenir parano

l’espacement
entre les gouttes de la pluie
la nuit

on aurait envie de vous donner
du dégrippant à boire
cigales d’automne

quarantaine
se sentir coupable
de sortir les poubelles

la première fleur
du petit théier
planté ce printemps

les pieds au mur
le daimonji
ce mont de Vénus

de quarantaine
tu ressembles à une boite de thon
lune pleine

elle doit sentir la citronnelle
la pleine lune

ouvrir la porte
de sa quarantaine d’hôtel
en caleçon

ouvrir la fenêtre de la quarantaine
derrière les camions
des cigales

de la quarantaine
voir le grand pont

ne pas regarder les nuages
par au-dessus
par le hublot
par respect peut-être

le ventre des hommes
les seins des femmes
dans l’allée de l’avion

être dans les nuages
au-dessus de la pluie
mais dans le flottement

en descendant vers la traite
les vaches font
leur bruit de cathédrale en fête

les rapaces planent si haut dans le ciel
sans contrails

les mouches qui demande à ce qu’on les sortent
comme des chats

rentrer de balade
les feux sur la crète

entre mes deux ume
une vache laitière

comme la neige
la pluie d’automne
cotonne les sons

à deux heures les vaches font la sieste
une ronfle
aucune n’agite sa cloche

a kuma-don
in a kuma-wan
on a kuma-bon

la couverture blanche
que j’ai laissée sur le hamac
est ce matin froide, mouillée de rosée

quand il va pleuvoir les vaches s’allongent
quand il fait trop beau elles s’allongent aussi


les couples de rapaces
qui dansent et jouent
dans le ciel bleu

le gros arrosoir vert
que j’ai laissé sur la plateforme arrière
près du hamac blanc

la petite fleur rose
du murier à fleurs blanches

le bruit de la fenêtre qu’on ouvre
quand y attendent
cinquante mouches

le petit morceau de terre dure
dans l’argile qu’on a mal brassée

le mouvement de la tête d’une vache
quand elle chasse un taon

deux oranges à dessert
pour un jus pressé

un papillon
sous la pluie
au soleil

peut-être que les souris sont tristes
que je ne chante pas

l’étrange silence de l’étendoir
quand on le remplit

être doux avec soi-même
quand on a jamais appris

le ramoneur est passé
il était habillé tout en noir

une grosse cuillère de confiture de framboise
dans le riz au lait

le bruit du jus de fruit
dans sa bouteille quand elle est pleine au quart
et qu’on la secoue

comme un chat sauvage
le rosier griffe quand on veut le soigner

la ronce du rosier
prépare ses mures

ranger les hamacs
trop frais aujourd’hui

la lenteur avec laquelle
une vache tourne la tête
pour vous regarder

dans ma furin à tubes
le vent me tient compagnie

fin août
à vingt heures
sur le plateau

les aigles ce soir
prennent le ciel
pour un rink de skate

un gros chien de troupeau
débile
mais avec les yeux étoiles

regarder la lune
avant d’ôter son pyjama

regarder la lune
après avoir mis son pyjama

un été
sans libellules

les clochettes des génisses au loin
comme le glouglou d’un filet d’eau enterré

sur le nuage noir de la cime en face
égaré
un rayon jaune du coucher

le sourire d’un chien
qui s’est amusé
et qui a repéré enfin
le sifflet du maître

en écoutant du proust
imaginer que le français s’écrive
en kana et kanji

aller pisser dans le jardin
lever les bras
salutation à la lune

les arbres qui ne meurent pas
un pic-vert nichant au cœur

la trace des langues des vaches
sur leur cube de sel

quand le dos
en veut personnellement
à la débroussailleuse

la pie fonce dans l’épicéa
sans se soucier d’avoir mal aux ailes

ouvrir la fenêtre aux mouches
dix fois

un matin de pluie
la fumée des deux batons d’encens
toute droite

après m’avoir observé longuement
l’écureuil noir s’enfuit
dans un bruit de fouet

le rapace me regarde
comme je regardais la biche

après avoir coupé une branche
de la sève de pin
dans les cheveux

le bruit de l’arroseur
sur les nénuphars

les femmes sans ancre
sans gen-玄
perdues
perdant les hommes

laisser la pelle à neige
à sa place
en plein août

le plaisir à arracher
des orties à la mains
avec de gros gants

ce jour de l’été
qui fait fondre
les derniers névés

faire un peu de foin
laisse des traces sur les mains

dans la boite à œufs
une plume

la renarde
chasse les mulots dans le foin
comme une clarinette

aspirateur et serpillère
après le départ du petit chien
qui ne savait pas aimer

après la pluie
les oiseaux chantent plus fort

réunion du mauvais goût
à côté d’une immense limace orange
un gendarme rouge et noir

les étoiles et la bougie
fêtent
à la façon de l’ours

regarder par la fenêtre
les rapaces se séduire



début août
le feuilles tombées du merisier sont aussi belles
que celles que je ramasse en novembre

se sentir comme une noix
qu’on aurait gardé trop longtemps

quand au sommet les nuages
t’empêchent de voir les vallées
derrière ta vallée

tronçonneuse
scie axiale
et paysage révélé dans la branche de fruitier

le vieux petit chien
qui repasse devant
après la côte

choisir un chien
qui vous regarde dans les yeux

un mulot empoisonné s’approche de moi deux fois
comme pour me demander de mettre fin à ses souffrances

on peut parfumer sa maison
à l’encens
ou au chien

ni le tonnerre
ni son écho
mais son écho dans la vallée

le petit chien sent funky
mais sa nourriture meilleure que la mienne

la vache est montée
cinquante mètres au-dessus de toutes les autres
et elle regarde le paysage

arracher de grandes mauvaises herbes après la pluie
et se passer la main mouillée dans les cheveux

comme une africaine pillant son mil
comme un enfant détruisant son chateau de sable
faire sa chamotte

le bolier qui tourne en rouge
se lave les mains
et les essuie dans une serviette blanche



à chaque fois que j’arrose le rosier
je l’entends me dire merci

un morceau de pierre que le gel a détaché du rocher
en forme de cœur
deux morceaux

faire avec sa bouche
le bruit de départ de la machine
en lançant une lessive

un céramiste ne crée pas des bols
mais un test de personnalité

en rentrant au chalet
déranger le gros lièvre
qui s’en va en bougonnant

les premiers pas de la pluie sur le toit
ressemblent à ceux d’une souris

un gros rapace se pose
sur la branche basse
d’un épicéa à la lisière

la lune est si grosse
si joufflue
qu’on a envie de lui faire une bise

cueillir et manger
une tomate cerise
chaude du soleil de midi

les voisins
tous les quatre dans le champ au soleil
pour les foins

j’aurai voulu t’entendre tomber
pétale blanc
derrière la vitre ce matin

quand on donne du vous
c’est parce qu’on exige du vous

les vapeurs de la rosée
et le toit qui craque au soleil comme un dos de vieux

effectuer les tâches répétitives du quotidien
comme si l’on jouait d’un instrument

éplucher une orange
pour quelqu’un

vache
les gens répondent désormais à mes salutations
par un monsieur qu’on donnerait à un notaire

les pâturages en pleine fleur
n’ont jamais senti aussi bon
que ce petit matin au soleil

deux gouttes d’eau
qui s’écrasent comme des étoiles
sorties de ma flute

sonner le gong
claquer dans ses doigts deux fois
sans rythme ni raison
juste pour dire merci

les bûches d’épicéa
et leur parfum de réglisse

se mettre dos à la vue
comme si on en faisait partie

si j’étais une fleur
je ne serai pas l’arnica

l’étoile dans l’oeil du mulot
mort
sur le tatami

dans un chalet
le nécessaire à échardes

cette nuit la fouine
a fait tomber l’inari de droite
de la mezzanine

et toi si tu étais une note ?
un sol peut-être

qu’est-ce qui sent si bon ?
oublier la fleur cueillie pour son entrée

mal dormir à cause de la fouine
et trouver ses deux crottes fraiches sur le paillasson

régler la tension de la scie à ruban
aussi facile que celle de sa vie

Quand la pluie a cessé
mais qu’il faut mettre sa capuche dans la forêt


les papillons
ces rêves de fleurs

laver son samue de céramiste
comme une lavandière

vivre
sur la lèvre du ciel

arroser le grand rosier
de l’eau brune de la serviette blanche



descendre à la cave les laisses et la brosse
laver la serviette blanche

le bruit des mouches
une fois le gros chien parti

à l’heure de la sieste
les vaches font un bruit de furin

un chien ne marchande pas

quand un chien retient sa respiration
pour écouter un bruit au loin

se parfumer
aux coussinets de gros chien
ayant marché dans l’herbe

un après-midi où il fait beau
un hamac
un chien



les petits coups de truffe d’un chien dans votre main
quand il marche sans laisse à côté de vous
pour vous dire qu’il est heureux

ajouter tous les jours
une nouvelle pierre au cairn

le parfum d’un vieux pommier qu’on tourne
un casque anti-bruit sur les oreilles

quand les vaches attendent la pluie
l’alpage s’endort

la joie concentrée d’un chien
quand on lui donne une friandise

comme un gardien de refuge
où personne ne se réfugie

un chien qui lape sous la pluie
dans une auge d’alpage

le gros chien pue
se laver les mains plus qu’avec le corona

l’orage passe dans son nuage blanc
les vaches ont laissé les orties

les vaches sont rentrées à l’étable
dans leur silence
le tonnerre gronde

les vaches aiment juillet
elles peuvent choisir leurs fleurs

colle un reblochon contre ton oreille
tu entendras les cloches

eh la chenille que je viens de sauver
qu’est-ce que tu fais encore dans le seau ?

un rapace piaille dans le ciel bleu
le gros chien qui veut se balader soupire

vivre
brosser un chien qui réclame des caresses

quand un gros chien se couche
pose sa patte sur votre pied
et pose sa tête sur sa patte

un esprit sain
dans un cornichon

un grillon après la pluie
fait son bruit de vieille roue voilée

comme un allume-feu sans bûches
au milieu de la cheminée

le crépitement du petit bois
sous un ciel gris

sacrifier une serviette blanche
pour un gros chien
qui pue bon la pluie

certains souvenirs
sont comme des tiares
des constellations dans la nuit du jour

pester contre les livres
dont il faut découper les pages

la pluie douce sur le toit
comme une femme qui fredonne dans une pièce au loin

le clonc
du nouveau pot de confiture

sonner deux fois le gong
et se frotter la main piquée par les rosiers

dans le pin rouge
enlever un nid vide

une biche passe devant moi
en grand délit de fuite

attendre sur une pierre
que le soleil passe la forêt

Oï papillon
tu es orange tigré
et la ciboulette violette

allumer un feu
enlever un pull

se baisser vers les fleurs
pour savoir laquelle sent si bon

les petits sapins
qui poussent
dans de vieilles souches mortes

deux coups à la porte du bas
j’arrive
deux coups à la porte du haut
ahhhhh une pie

rentrer
se tremper les pieds dans l’herbe mouillée du pré
et se prendre un gros gadin

rentrer
et se tremper les pieds dans l’herbe
du pré après la pluie

dire bonjour
à un gros chien blanc
tout mouillé

les gros oiseaux qui s’envolent
dans un bruit
de chien qui s’ébroue