présents

regarder par la fenêtre
les rapaces se séduire



début août
le feuilles tombées du merisier sont aussi belles
que celles que je ramasse en novembre

se sentir comme une noix
qu’on aurait gardé trop longtemps

quand au sommet les nuages
t’empêchent de voir les vallées
derrière ta vallée

tronçonneuse
scie axiale
et paysage révélé dans la branche de fruitier

le vieux petit chien
qui repasse devant
après la côte

choisir un chien
qui vous regarde dans les yeux

un mulot empoisonné s’approche de moi deux fois
comme pour me demander de mettre fin à ses souffrances

on peut parfumer sa maison
à l’encens
ou au chien

ni le tonnerre
ni son écho
mais son écho dans la vallée

le petit chien sent funky
mais sa nourriture meilleure que la mienne

la vache est montée
cinquante mètres au-dessus de toutes les autres
et elle regarde le paysage

arracher de grandes mauvaises herbes après la pluie
et se passer la main mouillée dans les cheveux

comme une africaine pillant son mil
comme un enfant détruisant son chateau de sable
faire sa chamotte

le bolier qui tourne en rouge
se lave les mains
et les essuie dans une serviette blanche



à chaque fois que j’arrose le rosier
je l’entends me dire merci

un morceau de pierre que le gel a détaché du rocher
en forme de cœur
deux morceaux

faire avec sa bouche
le bruit de départ de la machine
en lançant une lessive

un céramiste ne crée pas des bols
mais un test de personnalité

en rentrant au chalet
déranger le gros lièvre
qui s’en va en bougonnant

les premiers pas de la pluie sur le toit
ressemblent à ceux d’une souris

un gros rapace se pose
sur la branche basse
d’un épicéa à la lisière

la lune est si grosse
si joufflue
qu’on a envie de lui faire une bise

cueillir et manger
une tomate cerise
chaude du soleil de midi

les voisins
tous les quatre dans le champ au soleil
pour les foins

j’aurai voulu t’entendre tomber
pétale blanc
derrière la vitre ce matin

quand on donne du vous
c’est parce qu’on exige du vous

les vapeurs de la rosée
et le toit qui craque au soleil comme un dos de vieux

effectuer les tâches répétitives du quotidien
comme si l’on jouait d’un instrument

éplucher une orange
pour quelqu’un

vache
les gens répondent désormais à mes salutations
par un monsieur qu’on donnerait à un notaire

les pâturages en pleine fleur
n’ont jamais senti aussi bon
que ce petit matin au soleil

deux gouttes d’eau
qui s’écrasent comme des étoiles
sorties de ma flute

sonner le gong
claquer dans ses doigts deux fois
sans rythme ni raison
juste pour dire merci

les bûches d’épicéa
et leur parfum de réglisse

se mettre dos à la vue
comme si on en faisait partie

si j’étais une fleur
je ne serai pas l’arnica

l’étoile dans l’oeil du mulot
mort
sur le tatami

dans un chalet
le nécessaire à échardes

cette nuit la fouine
a fait tomber l’inari de droite
de la mezzanine

et toi si tu étais une note ?
un sol peut-être

qu’est-ce qui sent si bon ?
oublier la fleur cueillie pour son entrée

mal dormir à cause de la fouine
et trouver ses deux crottes fraiches sur le paillasson

régler la tension de la scie à ruban
aussi facile que celle de sa vie

Quand la pluie a cessé
mais qu’il faut mettre sa capuche dans la forêt


les papillons
ces rêves de fleurs

laver son samue de céramiste
comme une lavandière

vivre
sur la lèvre du ciel

arroser le grand rosier
de l’eau brune de la serviette blanche



descendre à la cave les laisses et la brosse
laver la serviette blanche

le bruit des mouches
une fois le gros chien parti

à l’heure de la sieste
les vaches font un bruit de furin

un chien ne marchande pas

quand un chien retient sa respiration
pour écouter un bruit au loin

se parfumer
aux coussinets de gros chien
ayant marché dans l’herbe

un après-midi où il fait beau
un hamac
un chien



les petits coups de truffe d’un chien dans votre main
quand il marche sans laisse à côté de vous
pour vous dire qu’il est heureux

ajouter tous les jours
une nouvelle pierre au cairn

le parfum d’un vieux pommier qu’on tourne
un casque anti-bruit sur les oreilles

quand les vaches attendent la pluie
l’alpage s’endort

la joie concentrée d’un chien
quand on lui donne une friandise

comme un gardien de refuge
où personne ne se réfugie

un chien qui lape sous la pluie
dans une auge d’alpage

le gros chien pue
se laver les mains plus qu’avec le corona

l’orage passe dans son nuage blanc
les vaches ont laissé les orties

les vaches sont rentrées à l’étable
dans leur silence
le tonnerre gronde

les vaches aiment juillet
elles peuvent choisir leurs fleurs

colle un reblochon contre ton oreille
tu entendras les cloches

eh la chenille que je viens de sauver
qu’est-ce que tu fais encore dans le seau ?

un rapace piaille dans le ciel bleu
le gros chien qui veut se balader soupire

vivre
brosser un chien qui réclame des caresses

quand un gros chien se couche
pose sa patte sur votre pied
et pose sa tête sur sa patte

un esprit sain
dans un cornichon

un grillon après la pluie
fait son bruit de vieille roue voilée

comme un allume-feu sans bûches
au milieu de la cheminée

le crépitement du petit bois
sous un ciel gris

sacrifier une serviette blanche
pour un gros chien
qui pue bon la pluie

certains souvenirs
sont comme des tiares
des constellations dans la nuit du jour

pester contre les livres
dont il faut découper les pages

la pluie douce sur le toit
comme une femme qui fredonne dans une pièce au loin

le clonc
du nouveau pot de confiture

sonner deux fois le gong
et se frotter la main piquée par les rosiers

dans le pin rouge
enlever un nid vide

une biche passe devant moi
en grand délit de fuite

attendre sur une pierre
que le soleil passe la forêt

Oï papillon
tu es orange tigré
et la ciboulette violette

allumer un feu
enlever un pull

se baisser vers les fleurs
pour savoir laquelle sent si bon

les petits sapins
qui poussent
dans de vieilles souches mortes

deux coups à la porte du bas
j’arrive
deux coups à la porte du haut
ahhhhh une pie

rentrer
se tremper les pieds dans l’herbe mouillée du pré
et se prendre un gros gadin

rentrer
et se tremper les pieds dans l’herbe
du pré après la pluie

dire bonjour
à un gros chien blanc
tout mouillé

les gros oiseaux qui s’envolent
dans un bruit
de chien qui s’ébroue