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KANT (1724-1804)
Un résumé de la lumineuse introduction de G. Pascal (Bordas)


L'IDEE CRITIQUE

LES INTENTIONS

- Le problème : Pourquoi la Métaphysique (qui traite de l'existence de Dieu, de l'immortalité de l'âme, de la liberté de l'homme dans le monde, etc.) ne présente-t-elle pas le même degré de certitude que la Logique, les Mathématiques ou la Physique ?

- La critique : examen qui a pour fin de distinguer ce que la raison peut faire et ce qu'elle est incapable de faire.

- de la raison pure : parce que l'intention de Kant est seulement de se prononcer sur la valeur des connaissances purement rationnelles comme doivent être celles de la Métaphysique (raison spéculative).

- de la raison pratique : raison considérée comme principe de nos actions.

- du jugement : raison considérée comme la source de nos jugements esthétiques et téléologiques.

 

LA REVOLUTION COPERNICIENNE

- En réfléchissant sur la manière dont les Mathématiques et la Physique sont parvenues à des certitudes a priori, on découvrira les possibilités de la raison.

- a priori : ce qui est donné avant toute expérience.

- Le changement de méthode consiste à chercher à déterminer l'objet d'après les exigences de la raison au lieu de poser l'objet comme une réalité donnée devant laquelle la raison ne pourrait que s'incliner. Notre connaissance des objets dépend du sujet connaissant au moins autant que de l'objet connu.

- La révolution copernicienne, c'est la substitution dans la théorie de la connaissance d'une hypothèse idéaliste à l'hypothèse réaliste.

* Le réalisme admet qu'une réalité nous est donnée, qu'elle soit d'ordre sensible pour les empiristes, ou d'ordre intelligible pour les rationalistes, sur laquelle doit se modeler notre connaissance.

* L'idéalisme suppose, au contraire, que l'esprit intervient activement dans l'élaboration de la connaissance et que le réel est pour nous une construction. L'objet, tel que nous le connaissons, est en partie notre oeuvre et par suite nous pouvons connaître a priori de tout objet les caractères qu'il tiendra de notre propre faculté de connaître : " nous ne connaissons a priori des choses que ce que nous y mettons nous-mêmes ".

 

L'IDEALISME TRANSCENDANTAL

- Deux sortes d'éléments dans notre connaissance des objets :

* ceux qui dépendent de l'objet lui-même et constituent la matière de la connaissance. La matière est a posteriori (elle dépend de l'objet).

* ceux qui dépendent du sujet et qui constituent la forme de la connaissance. La forme est a priori (elle est imposée à l'objet).

- Connaître c'est mettre en forme une matière donnée.

- Est a priori toute proposition universelle et nécessaire (une proposition contraire serait impossible).

exemples : les propositions des Mathématiques, " tout ce qui arrive a une cause ", l'espace, la substance, etc.

- Un jugement est analytique lorsqu'il se contente d'expliciter un nouveau concept, d'analyser son contenu sans faire appel à un élément nouveau (le prédicat est extrait du sujet par simple analyse). Ex : tous les corps sont étendus (Cf. le morceau de cire de Descartes). Les jugements analytiques sont a priori car il n'est besoin d'aucun recours à l'expérience pour déterminer ce que je pense dans un concept donné.

- Est synthétique, au contraire, un jugement dans lequel le prédicat ajoute quelque chose au concept du sujet (véritable synthèse entre prédicat et sujet). Ex : tous les corps sont pesants. Tout jugement d'expérience est synthétique puisque l'expérience nous apprend à ajouter certains caractères à nos concepts.

- La grande découverte de Kant, celle qui donne toute sa portée à sa révolution copernicienne, c'est qu'il existe une troisième sorte de jugements, les jugements synthétiques a priori. Ils sont universels et nécessaires et nous permettent d'étendre nos connaissances. Les connaissances synthétiques a priori sont des connaissances qui ne sont pas tirées de l'expérience et auxquelles pourtant l'expérience doit être conforme.

- Les connaissances des Mathématiques et de la Physique sont des jugements synthétiques a priori. Celles de la Métaphysique des jugements analytiques.

 

CONSEQUENCES

- La Critique de la raison pure est un inventaire des formes a priori, c'est à dire des cadres universels et nécessaires à travers lesquels l'esprit humain saisit le monde. Ce sont comme des lunettes sans lesquelles nous ne pourrions rien voir.

- il faut distinguer dans notre faculté de connaître :

* une réceptivité, la Sensibilité ou faculté des intuitions.

* une spontanéité, l'Entendement ou faculté des concepts.

- L'objet, donné à la sensibilité dans les intuitions sensibles, est pensé par l'entendement et ses concepts. Connaître consiste à lier en des concepts la diversité sensible.

- Il y a des formes a priori de la sensibilité comme de l'entendement.

- Les formes a priori de la sensibilité ou intuitions pures sont l'espace et le temps. L'espace est la forme du sens externe, et le temps la forme du sens interne : nous percevons nécessairement les choses dans l'espace et nos états d'âme dans le temps.

- Les formes a priori de l'entendement ou concepts purs sont les catégories, façons propres à l'esprit humain de concevoir les choses, c'est à dire d'ordonner le divers donné dans l'intuition. Ex : substance, causalité.

- Dans le monde sensible, nous ne saisissons jamais que des relations, puisque connaître c'est lier ; mais l'esprit aspire à l'absolu, à l'inconditionné, qui achèverait la série des conditions.

- On peut appeler raison l'entendement en tant qu'il prétend saisir l'inconditionné, et idées les concepts auxquels on aboutit dans cette recherche. L'entendement est constitutif car ses concepts donnent sa forme à l'expérience. La raison est régulatrice car ses idées orientent la démarche de la pensée vers l'absolu.

- Ainsi le monde considéré comme un tout, l'âme considérée comme une substance existant en elle-même et Dieu, substance des substances et cause des causes sont des idées de la raison.

- Mais puisque les catégories n'ont d'autre contenu que celui qui leur est donné par les intuitions sensibles, cet usage suprasensible qu'en fait la raison est illégitime.

- Une connaissance est transcendantale lorsqu'elle concerne notre façon de connaître a priori les objets. Est transcendantal ce par quoi une connaissance a priori est possible. Un principe transcendantal est au-delà de toute expérience mais ne peut avoir qu'un usage immanent, c'est à dire en relation avec les objets de l'expérience. Le transcendantal désigne donc la connaissance de ce qu'on trouve dans l'expérience et qui pourtant n'y est pas. Le transcendantal est déterminant par rapport à l'expérience et non déterminée par elle. Il constitue les conditions de possibilités de toute expérience, ce sans quoi elle serait impossible, ce sans quoi elle ne serait pas.

- Le terme de transcendantal est pleinement caractéristique de la philosophie kantienne qui est précisément un effort pour découvrir dans la pensée des éléments constitutifs de l'expérience, des moyens de saisir et d'ordonner le réel. L'idéalisme transcendantal est la doctrine pour laquelle tout objet de connaissance est déterminé a priori par la nature même de notre faculté de connaître.

- " Toute connaissance des choses, tirée uniquement de l'entendement pur ou de la raison pure, n'est qu'illusion ; il n'y a de vérité que dans l'expérience " (Prolégomènes, p. 171).

- A l'empirisme, Kant accorde qu'il n'y a de connaissance qu'à partir de l'expérience. Toutefois les intuitions sensibles ne suffisent pas à nous faire connaître quoi que ce soit ; par elles-mêmes elles sont informes et il faut qu'elles soient ordonnées par les concepts de l'entendement.

- Au rationalisme, il accorde que la raison est par elle-même source de connaissances, puisqu'il y a des jugements synthétiques a priori, mais contre le rationalisme classique il soutient que la raison ne peut atteindre d'autres réalités que les réalités sensibles ; connaître, c'est connaître quelque chose ; hors des objets du monde, nos concepts ne saisissent rien.

- Les phénomènes, ce sont les choses telles que nous les connaissons. Les noumènes, ce sont les choses en soi, telles qu'elles sont indépendamment de la connaissance que nous en avons.

- S'il n'y a pour nous de connaissance que du monde phénoménal, du moins cette connaissance est-elle certaine et nous laisse-t-elle libres de penser du monde nouménal ce que les exigences de la raison pratique nous obligeront à penser.

 

 

L'ESTHETIQUE TRANSCENDANTALE

DEFINITIONS

- Sensibilité : faculté des intuitions ou réceptivité des impressions (en fait : capacité de recevoir des représentations).

- Intuition : " vue directe et immédiate d'un objet de la pensée actuellement présent à l'esprit et saisi dans sa réalité individuelle " (Lalande). Il n'y a que des intuitions sensibles et point d'intuitions intellectuelles du moins pour l'homme.

- Entendement : ne peut penser que les objets fournis par la sensibilité, c'est une spontanéité, c'est à dire la faculté de produire des représentations, les concepts.

- Intuition empirique : l'intuition qui se rapporte à son objet par le moyen de la sensation. Le phénomène est l'objet de l'intuition empirique. La matière de tout phénomène (la sensation) ne nous est donnée qu'a posteriori, sa forme (son ordonnancement) doit être dans l'esprit toute prête à s'appliquer a priori à toute sensation, on peut donc la considérer indépendamment de toute sensation.

- Intuitions pures : formes a priori de la sensibilité (ex : l'étendue et la figure). On peut les ramener à deux : l'Espace et le Temps.

- L'espace : forme du sens " extérieur ", propriété qu'à notre esprit de nous représenter des objets comme étant hors de nous. C'est par des rapports spatiaux que l'on se représente les objets extérieurs.

- Le temps : forme du sens " intime ", propriété qu'à l'esprit de se percevoir lui-même intuitivement ou plus exactement de percevoir ses états intérieurs. C'est par des rapports temporels que l'on se représente les rapports internes.

- " Le temps ne peut pas être perçu extérieurement, pas plus que l'espace ne peut l'être comme quelque chose en nous ".

 

L'ESPACE

- Kant affirme que l'espace ne peut être un concept formé à partir de l'expérience extérieure puisque toute expérience extérieure, au contraire, suppose l'espace.

- L'espace est a priori, puisque sa représentation est la condition même de la possibilité des phénomènes.

- L'espace n'est pas un concept, il ne peut être qu'une intuition parce qu'il contient en soi une multitude infinie de représentations (ex: division infinie de tout partie d'espace), ce que ne peut faire un concept qui est seulement la représentation du caractère commun d'une multitude infinie de représentations possibles.

- S'il est une intuition pure,

* l'espace n'existe dans les choses qu'autant qu'on les perçoit; il n'a pas de réalité en soi.

* on ne peut parler d'espace et d'êtres étendus qu'au point de vue de l'homme, mais en revanche, pour l'homme, il n'y a d'objets perçus que dans l'espace.

- L'espace n'est pas la condition de possibilité des choses en soi, mais seulement la condition de leur manifestation à notre esprit.

 

LE TEMPS

- Le temps est une représentation nécessaire qui sert de fondement à toutes les intuitions. Tout passe dans le temps, mais le temps ne passe pas. Le temps est donc donné a priori.

- Il y a une sorte de primauté du temps car les objets nous apparaissent dans l'espace mais toute prise de conscience de ces objets se situe dans le temps. Pour Kant tout phénomène est temporel sans être forcément spatial (Cf. le schématisme).

- Le temps est une condition a priori de tous les phénomènes en général, la condition immédiate des phénomènes intérieurs (de notre âme), la condition médiate des phénomènes extérieurs.

- La seule réalité du temps, c'est d'être une condition subjective de la perception des phénomènes.

 

 

CONSEQUENCES

- Nous ne connaissons des objets que la manière dont nous les percevons ; et cette manière, qui nous est propre, peut fort bien n'être pas nécessaire pour tous les êtres, bien qu'elle le soit pour tous les hommes. Nous n'avons affaire qu'à elle. L'espace et le temps en sont les formes pures ; la sensation en est la matière générale.

- Tous les progrès de l'expérience ne nous permettront jamais de sortir des limites de l'expérience. Tout ce qui nous est donné sera toujours relatif à nous-mêmes.

- L'intuition du moi est soumise à une condition subjective, tout comme l'intuition du monde. C'est dans le temps que l'esprit s'apparaît à lui-même, et il ne peut ainsi jamais saisir que son histoire et non son être. Nous ne nous saisissons jamais que comme des phénomènes

- Le phénomène n'est pas une apparence, c'est à dire un semblant. Il a une réalité qu'il faut chercher dans le rapport de l'objet au sujet et non dans l'objet lui-même. L'idéalisme transcendantal ou critique se distingue par là de l'idéalisme absolu qui réduit les corps à une pure apparence.

 

 

L'ANALYTIQUE TRANSCENDANTALE

 

DEFINITIONS

- La science des règles de l'entendement en général est la Logique. La Logique transcendantale est une logique des formes de l'entendement en tant qu'elles sont constitutives de l'expérience. Elle se divise, comme la Logique d'Aristote, en une Analytique et une Dialectique.

- Analytique : Logique de la vérité.

- Dialectique : Logique de l'apparence.

L'ANALYTIQUE DES CONCEPTS

- L'analytique des concepts ne consiste nullement en une analyse des concepts eux-mêmes, mais plutôt en une analyse de la faculté de former des concepts, c'est à dire de l'entendement. Il s'agit de dresser une table complète des concepts purs à partir desquels l'entendement forme tous ses concepts.

- Tous les actes de l'entendement se ramènent à des jugements : " fonctions qui consistent à ramener nos représentations à l'unité, en substituant à une représentation immédiate une représentation plus élevée qui contient la première avec beaucoup d'autres, et qui sert à la connaissance de l'objet, de sorte que beaucoup de connaissances possibles se trouvent réunies en une seule. (...). L'entendement en général peut-être représenté comme une faculté de juger " (Critique de la Raison pure, T.P., pp. 87-88). Voir tableau.

- Penser, c'est juger, c'est à dire établir des relations entre des représentations, les ramener à l'unité.

- Kant appelle concepts purs de l'entendement ou catégories ces formes qui imposent à l'intuition l'unité que l'on retrouve dans les jugements. A chaque forme logique du jugement correspond une catégorie : voir tableau.

- De ces concepts primitifs, il est aisé de tirer des concepts dérivés, également purs. Par exemple, de la catégorie de la causalité dérivent les concepts de force, d'action, de passion, etc.

 

LA DEDUCTION TRANSCENDANTALE DES CATEGORIES

- Comment se fait-il que l'intuition sensible accepte ces formes a priori ? Nous pourrions vivre dans un monde absurde ; les phénomènes donnés dans l'intuition pourraient fort bien ne pas se plier à ces conditions a priori qu'exige notre pensée. Kant appelle déduction transcendantale la démonstration qui établit que les objets connus dans l'expérience sont nécessairement conformes à des formes a priori, que ces formes ne sont pas déduites empiriquement, qu'elles ont une légitimité de droit et non de fait.

- Toute liaison est un acte d'entendement, car les données sensibles par elles-mêmes sont pure diversité. On peut appeler synthèse l'acte par lequel l'entendement opère une liaison dans une diversité donnée, et il en résulte que toute analyse suppose une synthèse préalable : l'entendement ne peut séparer que ce qu'il a d'abord lié. Mais le concept de liaison implique le concept d'unité ; on ne peut concevoir une liaison d'éléments divers que si cette diversité est conçue comme une unité. " La liaison est la représentation de l'unité synthétique de la diversité " (Critique de la Raison pure, T.P.,p. 109).

- Cette unité, que suppose toute liaison, est celle du je pense, c'est à dire l'unité de la conscience qui accompagne toutes mes représentations.

- Cette unité de la conscience, nous la constatons ; elle est analytique ; sa formule est : je pense tout ce que je pense. Kant appelle aperception pure ou aperception originaire cette représentation : je pense. Il dit encore qu'il y a unité transcendantale de la conscience de soi pour indiquer la possibilité de la connaissance a priori qui en dérive.

- Pour qu'il y ait une conscience unique de soi, il faut que les diverses représentations soient unies les unes aux autres et qu'il y ait conscience de leur synthèse. L'unité du je pense qui doit accompagner toutes mes représentations, n'est donc possible que par la synthèse des éléments divers donnés dans l'intuition, c'est-à-dire par le passage par les catégories et par l'aperception pure.

- " C'est uniquement parce que je puis saisir en une conscience la diversité de ces représentations que je les appelle toutes mes représentations ; autrement le moi serait aussi bigarré que les représentations dont j'ai conscience " (Critique de la Raison pure, T.P., p. 111).

- Quoi que je pense, c'est moi qui le pense, et je ne puis me retrouver le même dans toutes mes représentations - " m'y retrouver " comme dit le langage commun - que parce que j'opère une synthèse qui ramène à l'unité la diversité de mes représentations. Cette synthèse est la fonction propre de l'entendement, " dont tout le pouvoir consiste dans la pensée, c'est à dire dans l'acte de ramener à l'unité de l'aperception la synthèse de la diversité donnée d'ailleurs dans l'intuition " (Critique de la Raison pure,T.P., p.123).

- Concevoir un objet, c'est ramener à l'unité et à l'identité la multiplicité et la diversité des apparences. " Un objet est ce dont le concept réunit les éléments divers d'une intuition donnée " (Critique de la Raison pure, T.P., p. 115). Or toute synthèse de représentations suppose l'unité de la conscience dans cette synthèse, puisque toutes ces représentations sont miennes.

- L'unité synthétique de la conscience est donc la condition objective de toute connaissance ; c'est elle qui lie une diversité intuitive pour en faire un tout, un objet.

- L'unité transcendantale de l'aperception réunit dans le concept d'un objet tout le divers donné dans une intuition et ainsi a une valeur objective. Cet acte qui ramène des connaissances données à l'unité de l'aperception est le jugement.

- L'association des idées me permet de dire : quand je porte un corps, je sens une impression de pesanteur (unité subjective) ; le jugement dit : les corps sont pesants (unité objective). Il faut, en effet, donner toute sa valeur à la copule est, dans le jugement. Quand je dis est, je ne pose pas seulement une détermination de mon sens intime, mais une détermination de la réalité, de l'être.

- Le jugement est donc constitutif de l'objet et, en même temps, il permet l'unité de la conscience ; c'est en saisissant l'objet que je me saisis comme sujet. Il n'y a d'objet et de sujet que par le jugement, et la fonction logique du jugement est l'acte par lequel les représentations sont liées et ramenées à l'unité de l'aperception.

- Résumé de la déduction transcendantale des catégories :

La diversité donnée dans une intuition sensible rentre nécessairement sous l'unité synthétique originaire de l'aperception, puisque l'unité de l'intuition n'est possible que par elle. Or l'acte de l'entendement par lequel le divers de représentations données (que ce soit des intuitions ou des concepts) est ramené à une aperception en général est la fonction logique des jugements. Toute diversité, en tant qu'elle est donnée dans une intuition empirique, est donc déterminée par rapport à l'une des fonctions logiques du jugement, et c'est par celle-ci qu'elle est ramenée à l'unité de conscience en général. Or les catégories ne sont pas autre chose que ces mêmes fonctions du jugement, en tant que la diversité d'une intuition donnée est déterminée par rapport à ces fonctions. Ce qu'il y a de divers dans une intuition est donc nécessairement soumis à des catégories " (Critique de la Raison pure, T.P., pp. 120-121).

- Sans les catégories, il n'y aurait ni pensé, ni pensant, ni objet, ni sujet ; c'est par elles que le moi et le monde sont étroitement liés.

- " La catégorie n'a d'autre usage dans la connaissance des choses que de s'appliquer à des objets d'expérience " (Critique de la Raison pure, T.P., p. 124).

- " Penser un objet et connaître un objet, ce n'est donc pas une seule et même chose. La connaissance suppose en effet deux éléments : d'abord le concept, par lequel, en général, un objet est pensé (la catégorie), et ensuite, l'intuition par laquelle il est donné " (Critique de la Raison pure, T.P., p. 124).

- Un concept auquel ne correspond aucune intuition est bien une pensée, mais non une connaissance. Je puis penser ce que je veux, à la seule condition que ma pensée n'enferme aucune contradiction, mais je ne puis connaître que ce qui m'est donné dans l'intuition. Et, comme le seul mode d'intuition, pour l'homme, est l'intuition sensible, il en résulte que nous ne pouvons rien connaître au-delà de l'expérience.

- L'esprit est comme un oeil dont les lunettes seraient les formes a priori; l'oeil ne voit rien qu'à travers ses lunettes ; sans les lunettes il est aveugle, mais les lunettes ne lui servent qu'à voir ce qui leur est extérieur.

- Nous ne pouvons saisir notre moi que comme phénomène et non dans ce qu'il est en soi. Le moi empirique est donné dans l'intuition ; la représentation du je pense, au contraire, est une pensée et non une intuition. Le moi pensant ne peut connaître que ses oeuvres, qui sont des pensées. J'ai conscience que je suis, mais je ne me connais que connaissant quelque chose. La conscience de soi-même est bien loin d'être une connaissance de soi-même.

- L'esprit est législateur de la nature car " les catégories sont des concepts qui prescrivent a priori des lois aux phénomènes, par conséquent à la nature considérée comme l'ensemble de tous les phénomènes " (Critique de la Raison pure, p. 172).

 

L'ANALYTIQUE DES PRINCIPES

- L'Analytique des principes, qui succède à l'Analytique des concepts, a pour but de montrer comment s'appliquent à l'expérience les principes de l'entendement. Comme le jugement est l'opération qui consiste à subsumer sous des règles, c'est à dire à saisir un objet d'intuition comme cas particulier d'un concept, l'Analytique des principes sera une Doctrine transcendantale du jugement.

- Ce qui rend le schématisme nécessaire, c'est l'hétérogénéité des intuitions empiriques et des concepts purs de l'entendement. Comment des intuitions peuvent-elles être subsumées sous des concepts qui ne sauraient jamais se trouver eux-même dans quelque intuition ?Il est évident qu'il doit y avoir un troisième terme qui soit homogène, d'un côté à la catégorie, et de l'autre au phénomène, et qui rende possible l'application de la première au second. Cette représentation intermédiaire doit être pure (sans aucun élément empirique) et pourtant il faut qu'elle soit d'un côté intellectuelle, et de l'autre sensible. Tel est le schème transcendantal " (Critique de la Raison pure, T.P., p. 151).

- Le schématisme répond à la nécessité de trouver une médiation. Cette médiation, Kant l'a trouvée dans le temps, qui d'une part est universel et a priori, et d'autre part, se retrouve dans toute représentation empirique. Puisque la diversité sensible nous est donnée dans le temps, toute application des catégories au sensible sera d'abord une détermination du temps. Voir tableau.

- L'imagination considérée comme une spontanéité, c'est à dire en tant qu'imagination productrice distinguée de l'imagination reproductrice, sera la faculté, intermédiaire entre la sensibilité et l'entendement, de produire ces déterminations (de temps).

- C'est dans l'intuition du temps que l'imagination trace a priori des cadres où peuvent entrer des phénomènes et qui indiquent la catégorie sous laquelle ils doivent être rangés. Ces cadres, ces déterminations du temps sont les schèmes transcendantaux qu'il ne faut pas confondre avec de simples images ni des résumés d'images. Le schème est une régle pour la production d'image. " C'est cette représentation d'un procédé général de l'imagination, servant à procurer à un concept son image, que j'appelle le schème de ce concept " (Critique de la Raison pure, T.P., p.152).

- Principes de l'entendement ou principes a priori : propositions qui ne dérivent pas de l'expérience et auxquelles cependant toute expérience doit être conforme, sous peine de n'être rien pour nous que nous puissions connaître. Les principes ne sont autre chose que les règles de l'usage objectif des catégories. Voir tableau.

- Précision sur les analogies de l'expérience : elles ont un principe général : " L'expérience n'est possible que par la représentation d'une liaison nécessaire des perceptions ". Les analogies ne sont que des règles qui déterminent les rapports entre les phénomènes dans un temps et les ramènent ainsi à l'unité nécessaire de l'aperception. Les analogies énoncent trois principes réglant les rapports chronologiques des phénomènes, rendant l'expérience possible :

a) Principe de permanence de la substance : " la substance persiste au milieu du changement de tous les phénomènes, et sa quantité n'augmente ni ne diminue dans la nature ".Le changement concerne les accidents, non les substances. Le durable ou permanent est la condition même de notre percéption du changement. Aussi est-il impossible qu'une existence apparaisse ou disparaisse absolument, car on ne peut percevoir un temps vide comme devrait être le moment où la chose ne serait pas encore ou bien ne serait plus. Chaque instant fait paraître quelque chose de nouveau, mais ne crée rien.

b) Principe de succesion dans le temps selon la loi de la causalité : " tous les changements arrivent selon la loi de la liaison et des causes ". Notre appréhension des phénomènes est toujours successive. Si je perçois une maison, c'est une partie après l'autre ; mais personne ne pense que dans la maison les éléments divers soient succesifs. En d'autres termes, il faut distinguer la succession de nos représentations et l'ordre des phénomènes.Ce n'est pas la simple perception, c'est à dire l'expérience, qui peut nous faire connaître le rapport objectif des phénomènes. C'est au contraire le concept a priori du rapport de la cause et de l'effet qui seul peut donner à l'expérience l'unité objective, nous faire saisir un ordre réel. Par la causalité nous saisissons dans le changement une suite non quelconque, mais nécessaire ; elle rend nécessaire, dans la perception de ce qui arrive, l'ordre des perceptions successives. Connaître, c'est toujours connaître par les causes ; comprendre un phénomène, c'est le saisir comme suite nécessaire d'un autre. La causalité est la condition même de l'expérience, la forme a priori qui en établissant une liaison nécessaire dans la succession subjective de mes représentations, me permet de les rapporter à une réalité objective.

c) Principe de la simultanéité suivant la loi de l'action réciproque ou de la communauté : " Toutes les substances, en tant qu'elles peuvent être perçues comme simultanées dans l'espace, sont dans une action réciproque universelle ". Si je ne concevais pas une liaison nécessaire entre A et B telle que A détermine B à sa place dans le temps et B à sont tour détermine A, je ne pourrais pas dire que A et B existent simultanément, mais seulement que tantôt ma perception de A suit celle de B, et tantôt ma perception de B suit celle de A. Sans le principe de la communauté, il n'y aurait pas d'expérience objective.

- La nature, c'est l'enchaînement des phénomènes, quant à leur existence, selon des règles nécessaires, c'est à dire selon des lois.

- Réfutation (avec le deuxième postulat de la pensée empirique) de l'idéalisme problématique de Descartes. L'expérience interne n'est elle-même possible que sous la condition de l'expérience extérieure (que Descartes ne veut pas considérer car elle n'est pas aussi certaine que le cogito).

1) J'ai conscience de mon existence comme déterminée dans le temps.

2) Toute détermination du temps suppose quelque chose de permanent dans la perception. Le temps ne pouvant être perçu en lui-même, il faut donc quelque chose de réel par rapport à quoi le temps soit perçu.

3) Ce permanent ne peut donc être quelque chose en moi.

- Il n'y a pas plus de sujet sans objet que d'objet sans sujet. Le je pense pense le monde et non lui-même. Je ne saurais avoir conscience de ma propre existence s'il n'existait pas des objets extérieurs dans l'espace qui servent de fondement permanent aux représentations que je trouve en moi, lesquelles me font avoir conscience de mon existence.

- Je ne puis avoir conscience que de moi en train d'avoir conscience de quelque chose qui n'est pas moi.

- Kant croit donc à l'existence d'un monde indépendant de la pensée, et par là son idéalisme se distingue de l'idéalisme absolu.

- Certes l'entendement n'a pas le pouvoir de dépasser la sensibilité, en ce qui concerne la connaissance, mais ce que l'on ne peut connaître peut cependant être pensé, et c'est ainsi que nous cherchons autre chose que l'expérience. Les noumènes sont précisément ces objets que nous pensons au-delà des phénomènes, et ces objets " nous les considérons comme des objets simplement conçus par l'entendement, et nous les appelons êtres intelligibles (Noumena) " (Critique de la Raison pure, T.P., p. 224).

- Le passage du sensible à l'intelligible, dans le domaine de la connaissance, ne nous élève pas au-dessus des objets des sens ; c'est toujours un même monde, le monde des phénomènes, qui devient intelligible lorsque l'entendement l'ordonne selon ses lois.

 

LA DIALECTIQUE TRANSCENDANTALE

DEFINITIONS

- Dialectique : logique de l'apparence. Distinction entre apparence empirique (illusions d'optique par exemple), apparence logique (sophisme) et apparence transcendantale, beaucoup plus tenace parce que " la nécessité subjective d'une certaine liaison de concepts en nous, exigée par l'entendement, passe pour une nécessité objective de la détermination des choses en soi " (Critique de la Raison pure, T.P., p. 253). Il s'agit donc ici d'une illusion naturelle inévitable qui répond à un besoin de notre esprit. La Dialectique transcendantale sera l'étude de cette illusion et de ses sources.

- Le siège de l'apparence transcendantale est la raison pure, qu'il faut distinguer de l'entendement. La sensibilité était la faculté des intuitions, l'entendement la faculté des règles ; la raison est la faculté des principes : " toute notre connaissance commence par les sens, passe de là à l'entendement et finit par la raison " (Critique de la Raison pure, T.P., p. 254).

- Toute pensée consiste à juger, c'est-à-dire à lier, unifier. L'entendement, par ses concepts, ramène à l'unité la diversité donnée dans l'intuition ; il opère selon des règles. Mais ces règles elles-mêmes, la raison les prend comme point de départ pour parvenir à une unité plus haute qui est celle des principes :

la raison est la faculté de ramener à l'unité les règles de l'entendement sous des principes. Elle ne se rapporte donc jamais immédiatement à l'expérience ou à un objet, mais à l'entendement, aux connaissances diverses duquel elle s'efforce de donner une unité a priori par le moyen de certains concepts ; cette unité peut être appelée rationnelle et diffère essentiellement de celle qu'on peut tirer de l'entendement " (Critique de la Raison pure, T.P., p. 256).

- L'unité à laquelle parvient l'entendement n'est jamais que celle d'un enchaînement de faits ; la raison va au-delà de l'entendement ; elle est aussi pouvoir de synthèse, mais son activité porte sur des concepts et non sur des intuitions ; l'unité qu'elle vise doit être totale, définitive.

- " La raison, dans son usage logique, cherche la condition générale de son jugement (de la conclusion), et le raisonnement n'est lui-même autre chose qu'un jugement que nous formons en subsumant sa condition sous une règle générale (la majeure). Or, comme cette règle doit être soumise à son tour à la même tentative de la part de la raison et qu'il faut ainsi chercher (par le moyen d'un prosyllogisme) la condition de la condition, aussi loin qu'il est possible d'aller, on voit bien que le principe propre de la raison en général dans son usage logique est de trouver, pour la connaissance conditionnée de l'entendement, l'élément inconditionné qui doit en accomplit l'unité " (Critique de la Raison pure, T.P., p. 259)

- La raison pure, c'est la recherche de l'inconditionné considéré comme la condition dernière de toutes les conditions. L'inconditionné, c'est le refus de l'inachevé, de la dépendance ; c'est l'exigence d'une conclusion, d'une perfection, d'un idéal. Kant emprunte à Platon le mot " idées " pour désigner les concepts purs de la raison : " j'entends par idée un concept rationnel nécessaire auquel ne peut correspondre aucun objet donné par les sens " (Critique de la Raison pure, T.P., p. 270). L'exigence de la raison, c'est de représenter l'univers comme une totalité achevée. Le concept, oeuvre d'entendement est une connaissance limitée ; l'idée, oeuvre de raison, est moins une connaissance qu'une direction ; elle détermine non un objet, mais un sens.

- C'est dans leur usage pratique, c'est-à-dire dans le domaine moral, que les idées ont leur véritable intérêt. Dans le domaine de la connaissance, si elles sont des illusions, elles permettent néanmoins de diriger, conduire et uniformiser l'entendement. Elles ne sont donc pas superflues ou vaines.

- " Autant l'entendement se représente d'espèces de rapports au moyen des catégories, autant il y aura aussi de concepts rationnels purs ; il y aura donc à chercher un inconditionné d'abord pour la synthèse catégorique dans un sujet, en second lieu pour la synthèse hypothétique des membres d'une série, en troisième lieu pour la synthèse disjonctive des parties dans un système " (Critique de la Raison pure, T.P., p. 276).

La première recherche de l'inconditionné est celle d'un sujet qui ne soit que sujet ; elle aboutit à l'idée de l'unité absolue du sujet pensant, c'est-à-dire à l'idée d'âme.

La seconde est celle d'une cause qui ne soit que cause ; elle aboutit à l'idée de l'unité absolue de la série des conditions du phénomène, c'est-à-dire à l'idée de monde.

La troisième est celle de la détermination de tous les concepts par rapport à un concept suprême qui les contienne tous ; elle aboutit à l'idée de l'unité absolue de tous les objets de la pensée en général, c'est-à-dire à l'idée de Dieu.

- L'âme le monde et Dieu sont donc les trois idées de la raison pure et l'apparence dialectique vient de ce qu'on les prend pour des déterminations objectives des choses en soi et non pour de simples liaisons subjectives de nos concepts.

- Les sophismes qui aboutissent à l'idée d'âme et que Kant appelle paralogisme de la raison pure, constituent la Psychologie rationnelle.

L'idée de monde, objet de la Cosmologie rationnelle, inspire des raisonnements contradictoires ou antinomies de ma raison pure qui sont également vrais ou également faux.

La Théologie rationnelle, qui traite de l'idéal de la raison pure, c'est-à-dire de Dieu, contient les sophismes par lesquels on prétend démontrer l'existence d'un être suprême.

- Ces trois divisions correspondent aux trois question fondamentales de la Métaphysique : l'immortalité (que prétend établir la Psychologie rationnelle), la liberté (dont la Cosmologie rationnelle voudrait dire si elle est ou n'est pas), et Dieu (dont la Théologie rationnelle cherche à prouver l'existence).

PSYCHOLOGIE RATIONNELLE

- Voir Table de la Dialectique.

COSMOLOGIE RATIONNELLE

- Voir Table de la Dialectique.

- Les antinomies résultent toutes de cette disproportion entre l'entendement et la raison. L'un reste dans les limites de l'expérience sensible, sous les conditions de l'espace et du temps; l'autre, au contraire, brise ces limites et atteint d'un coup à un tout donné, qui n'a d'existence qu'intelligible, en tant qu'idée de la raison. L'idéalisme transcendantal qui est la seule " clef de la solution de la dialectique cosmologique " (T.P., p. 372), doit " renvoyer dos à dos les deux parties en litige, comme n'appuyant leurs prétentions sur aucun titre solide " (T.P., p. 378). Ces antinomies sont l'oeuvre de la pensée qui se prend pour la connaissance, de la raison qui parle comme seul a le droit de parler l'entendement. L'illusion dialectique consiste ici à tenir les exigences de notre raison pour des déterminations objectives de la réalisté en soi.

- La troisième antinomie est d'une importance capitale car elle permet de fonder la morale. Dans le monde des phénomènes, toute cause requiert indéfiniment une cause. Mais si on les considère comme des noumènes, il n'y aucune contradiction à admettre une cause libre et un être nécessaire. Nos actes, en tant qu'il se manifestent dans le monde des phénomènes, sont déterminés selon les lois de ce monde; mais ils sont libres dans la mesure où ils émanent d'un moi qui est au-delà du monde des phénomènes. Cette solution qui, seule permet de concilier le déterminisme physique et la liberté humaine, repose donc sur la distinction essentielle des phénomènes et des noumènes qui définit l'idéalisme transcendantal. Par notre caractère empirique, nous appartenons à la nature et nos actes sont soumis à la loi du déterminisme universel; par le caractère intelligible, nous échappons au monde des phénomènes et nous sommes libres.

THEOLOGIE RATIONNELLE

- Voir Table des la dialectique.

- Le mouvement qui va des intuitions aux concepts, puis des concepts aux idées, doit aller enfin des idées à l'idéal. L'idéal, c'est l'être individuel selon l'idée; ainsi la sagesse est une idée, le sage est un idéal. " De même que l'idée donne la règle, l'idéal en pareil cas sert de prototype pour la complète détermination de la copie, et nous n'avons pas d'autre mesure de nos actions que la conduite de cet homme divin que nous trouvons dans notre pensée, avec lequel nous nous comparons, et d'après lequel nous nous jugeons et nous corrigeons, mais sans jamais pouvoir atteindre sa perfection " (T.P., p. 414).

- Rien ne peut être déterminé compltéement qu'en fonction de la représentation d'une réalité parfaite. Tel est l'idéal de la raison pure, ens realissimum, qu'on peut appeler aussi être originaire en tant qu'il ne réside que dans la raison, être suprême puisqu'il n'y a aucun être au-dessus de lui, être des êtres, puisque tout lui est subordonné comme à sa condition. Mais toutes ces expressions ne désignent point une existence : " elles ne désignent que le rapport de l'idée à des concepts et nous laissent dans une complète ignorance touchant l'existence d'un être d'une supériorité si éminente " (T.P., p. 419).

- Il n'y a rien en effet dans le concept qui permette de distinguer le réel du possible; c'est l'expérience seule qui nous fait connaître que l'objet que nous concevons existe. Ce qui est, du point de vue du concept, n'est rien de plus que ce qui n'est pas.

- L'existence n'est donc pas une perfection; une chose imparfaite, si elle existe, n'en sera pas mois imparfaite. On ne peut passer de l'essence à l'existence que par l'expérience, c'est-à-dire le recours à l'intuition. L'existence s'éprouve, elle ne se prouve pas.

- Toute la Théologie rationnelle repose sur l'argument ontologique qui prétend vainement démontrer une existence par de simples concepts.

PRINCIPES CONSTITUTIFS ET PRINCIPES REGULATEURS

- L'âme, le monde et Dieu sont des idées et par suite inconnaissables. Puisque toute connaissance exige que des intuitions soient subsumées sous un concept, là où il n'y pas d'intuition, il ne saurait y avoir non plus de connaissance. En ce sens, la Métaphysique considérée comme science des choses en soi est impossible.

- Les principes de l'entendement sont constitutifs en ce sens que les objets de l'expérience ne peuvent être construits que d'après eux, ce qui leur confère une valeur objective. Mais les principes de la raison dirigent la pensée dans sons effort de systématisation, ils l'emppechent d'être jamais satisfaite. Ils ont donc un usage régulateur en ce sens qu'il ne déterminent pas d'objet, mais qu'il servent de règle à l'esprit. Il faut se garder de transformer les principes régulateurs en principes constitutifs, c'est-à-dire d'accorder une valeur objective aux maximes de la raison.

CONCLUSION

- Toute connaissance est faite d'une forme a priori et d'une matière a posteriori.

- Les éléments a priori sont de deux sortes :

- Les uns, fournis par la sensibilité, concernent l'intuition; ce sont l'espace et le temps, intuitions pures, formes a priori de la sensibilité.

- Les autres, fournis par l'entendement, concernent les concepts; ce sont les catégories, concepts purs, formes a priori de l'entendement.

- Ces données a priori rendent possibles des jugement synthétiques a priori et par là justifient une Mathématique et une Physique pures. Je sais apriori de tout ce que je puis connaître que ce sera conforme aux cadres à travers lesquels s'élabore toute connaissance.

- Mais comme en l'absence d'une intuition intellectuelle, les catégories ne peuvent s'appliquer qu'à l'expérience, tout usage transcendant leur est interdit.

- Cependant, la raison pousse l'entendement au-delà de l'expérience et ainsi naît la Métaphysique. On ne saurait nier la Métaphysique comme disposition naturelle de la raison.

- Mais les idées de la raison sont simplement régulatrices et non constitutives; elles ne nous font rien connaître, elles orientent seulement notre effort pour connaître et l'empêchent de se satisfaire trop aisément.

- La Métaphysique est donc impossible comme science des choses en soi.

- Nous ne pouvons rien affirmer de l'âme, du monde et de Dieu, et nous comprenons pourquoi, dés lors, la Métaphysique, qui a des origines si anciennes, n'est pas encore entrée dans la voie sûre de la science; c'est que faute d'une Critique préalable, elle s'était proposé des objets inaccessibles.

 




 
(c) Stéphane Barbery