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ZELE ZENON


Ami(e) de la sagesse bonjour,

Je voudrais revenir, en introduction de la séance de ce soir, sur le message d'Uriel de la semaine dernière.

Uriel posait, sous un angle particulier, l'un des plus grands défis jamais posé à la réflexion humaine, la plupart du temps mis sous le tapis ou considéré -à tort- comme résolu. Ce défi est celui plus traditionnellement connu sous le nom de paradoxe de Zénon, qui pose frontalement - et à très juste titre - la question des conséquences de la division à l'infini de l'espace (et du temps).

Ce soi-disant paradoxe et authentique problème est célèbre sous deux formes : "Achille et la Tortue" et la "flèche et la cible". Je prendrai le second qui est immédiat à saisir.

Pour atteindre une cible immobile, une flèche parcourt, dans un premier temps, la moitié de la distance qui l'en sépare, puis dans un second temps, la moitié de la distance restante, puis la moitié de cette distance et ainsi de suite. La flèche aura donc toujours une moitié de distance à parcourir aussi petite que soit cette distance.
Donc, roulement de tambour et cymbale : la flèche ne devrait jamais atteindre la cible.
Et pourtant, elle l'atteint...

Le raisonnement de Zénon repose sur la possibilité de diviser à l'infini l'espace (et le temps). Il repose sur l'idée d'un espace et d'un temps continus, lisses.

L'invention du calcul infinétésimal, la théorie des limites en Mathématiques ne résoud en rien le problème, comme l'affirment pourtant régulièrement certains pour se débarrasser de l'épineuse question : que la limite d'une suite qui divise par 2 soit égale à zéro ne signifie pas qu'elle "atteigne" zéro. Elle y tend. Point.

Mais pourtant la flèche atteint la cible. Alors quoi ? Imaginons l'hypothèse suivante : et si l'espace et le temps n'étaient pas continus et divisibles à l'infini, et si l'espace et le temps étaient discontinus et divisibles en des morceaux insécables, des sortes "d'atomes" d'espace et de temps ?

La paradoxe de Zénon ne serait plus alors un paradoxe : la flèche ne serait pas suspendue dans un effort infini pour atteindre la moitié de la distance suivante; elle ne ferait que des bonds d'un "atome" d'espace à un autre.

Lorsque nous regardons un film, nous avons l'impression d'un mouvement continu. Pourtant, un film n'est que le défilement de 25 images distinctes, séparées, par seconde. L'impression d'un temps et d'un espace continu que nous avons pourraient très bien n'être au fond qu'une illusion "cinématographique"...

Mais cette hypothèse d'un temps et d'un espace discontinus fait surgir un autre abîme : qu'y aurait-il ENTRE les "atomes" d'espace et de temps ? Comment peut-on passer de l'un à l'autre ? Qu'est-ce qui assure la continuité, le maintien de l'ensemble ?

Et là : mystère...

Ce qui ne doit pas nous empêcher d'avoir constamment en tête ce problème...

L'univers : comédie "cinématographique" pour des dieux interstitiels hilares ?

A ce soir,

Amitié



12/11/1997
 
(c) Stéphane Barbery