bols

Journal de Cuissons : An 2

7 janvier 2019 : cuisson 31 (propane 700°C et 1010°C)

59 : Tiers-de-Fier

  • Poursuite des tests d’argiles et d’émaux transparents. Et confirmation, inattendue, de la qualité du transparent 850 de Spectrum Glaze (vendu 3 fois plus cher en Europe qu’au Canada…). Le test d’un mélange aux tiers argile du Fier+Terracota rouge espagnole+Tpasta enduit du Spectrum 850 a produit un beau résultat. Satisfaction à pouvoir intégrer l’argile locale et d’avoir trouver un émail produisant un résultat uniforme, révélateur des couleurs de la terre.
  • Sur la même terre, l’ATP 1/60, l’ATP 5/0 (Ceram décor), et le C4160 dilué n’ont pas donné d’aussi bons résultats.
  • tests de forme : ruban de moebius (bunchin, futaoki) et vase nu féminin (imaginer une cérémonie de thé aux instruments où la référence au plaisir ne serait pas tabou). « Théière » et versoir pour oolong.
  • Echec d’un test d’émail avec 70% d’une fritte feldspath, 15% de poudre d’os, 15% de cendre de chêne : température insuffisante, l’émail n’a pas fondu.
  • Tests de sigillée bleue (Rakuvaria) : intéressants pour des motifs et lignes. Pas pour des aplats (bords d’assiette carrée).
  • Test de sgrafitto sur de la sigillée sèche.
  • Bols 59 et 60

16 janvier 2019 : cuisson 32 (propane 970°C)

Kuro idogata

  • Échec de la tentative de réplication des résultats de la précédente cuisson : même argile (mélange avec argile du Fier), même émail (Spectrum Glaze 850)… aucun rouge, que du vert. Variations qui peuvent expliquer ces résultats :
    • pas de biscuit  : émaillage directement sur terre crue (en s’aidant du poêle à bois pour faire sécher/durcir les pièces). L’aspect gel de l’émail (Spectrum Glaze utilisent-ils de la colle à papier peint ?) permet d’émailler sans risque de casse.
    • cuisson à 970 et non à 1010°
    • réduction/enfumage un peu moins long que la fois précédente
  • Le vert obtenu a un certain cachet et l’on pourrait envisager une série déroulant le gradient de couleurs que l’on peut obtenir avec ce mélange « du Fier ». Mais mon but est de valider des recettes me permettant d’obtenir du rouge (via l’argile, pas l’émail qui ne doit être que révélateur).
  • Poursuite de mon apprentissage du tour électrique. Quelques pièces tournées donc (« idogata », « choppe »). Notamment en utilisant une terre en laquelle je crois, le grés rouge chamotté CT-R de Vicente Diez vendu par Céram-décor, qui a produit un noir franchement intéressant dans l’optique de créer des kuro.
  • Deux bols testés également en mélangeant de la tpasta avec de l’oxyde de fer jaune qui ont produit eux aussi du vert-de-gris marbré. Confirmation de la qualité de la tpasta pour la mise en forme : les bols créés avec cette argile ont des formes fortes, sculpturales, qui tiennent l’espace.

26 janvier 2019 : cuisson 33 (propane 700°C et 970°C)

"Oui mais j'voulais faire du noir" - 05

  • Il n’y avait pas eu de biscuit lors de la précédente cuisson. Cette fois-ci, test de ce paramètre sur un dispositif identique qui visait à produire les mêmes noirs. Il s’avère que le grés rouge chamotté CT-R de Vicente Diez avec biscuit produit un rouge bordeaux sombre (« cinabre d’hiver ») tacheté de noir alors qu’il est d’un noir uniforme sans biscuit. Idem pour le mélange 3 terres (Fier, Tpasta, Terracota rouge) : avec biscuit il retrouve son saumon tacheté de gris au lieu du vert olive de la cuisson 32.
  • En l’état la couleur de ce grés rouge chamotté CT-R fait trop cuir sombre, vieux sang. Je testerai cet été de le mélanger avec de l’argile du Fier (qui cuit jaune).
  • Un mélange Tpasta + 20% d’oxyde de fer noir a produit des bols gris qui confirment une fois encore les qualités de texture et de forme de la Tpasta. Un beau bol de cette série monté avec la récup du tournassage des deux autres a explosé au biscuit car son fond n’était pas suffisamment sec. Leçon définitivement acquise.
  • Tests de deux petit mizusashi tournés, de 3 cha-ire, de 4 petits soliflores bâtis avec des restes de tournage et un bout de plinthe pour les tapotter en forme.
  • Deuxième cuisson avec une assiette à sucrerie et un petit versoir à thé (pour mon oolong du matin), récupérés parmi les échecs de la cuisson 31 (émail sous-cuit : 70% fritte feldspath, 15% de poudre d’os, 15% de cendre de chêne) et enduit cette fois de Spectrum glaze 850 comme toutes les pièces de cette cuisson.
  • Test d’une sculpture à base de kanji (exception : émail blanc Spectrum 851) mais la tpasta était trop molle pour accepter la mise en forme 3D que je souhaitais lui donner, même avec une armature en fil d’aluminium. Tests à poursuivre avec de la paper clay ou trouver le bon argile pour sculpture.
  • Lors de la cuisson, le trempage de la bonbonne de propane dans l’eau après 700° a permis de passer de 0.5bar à 2 bars (il faisait -1° dans le garage), et de gagner 150° en 30s. Attention à la hauteur de la flamme en sortie de four à 2 bars.
  • Résultats en image

08 et 12 février 2019 : cuisson 34 (électrique 700°C puis charbon 800° et 1200°)

炭コンロ窯 - Sumi Konro Gama - 12/02/19 - 07

  • Retour à Kyôto et utilisation rapide de 5kg d’argile de Bizen car je pensais participer à une cuisson anagama mi-février qui a été au final reportée en avril (avec une option possible dans un autre four début mars). Il est fascinant à chaque fois de sentir combien les propriétés d’une argile crue contraignent les formes possibles d’une production. Cette argile noire (de haute qualité, non vendue dans le commerce), qui doit biscuiter dans les oranges et devenir marron à 1200° (ou blanche en réduction ?!), a un côté plastique très lisse. Les formes pour un bol pincé deviennent immédiatement rondes et organiques. Elles sèchent vite et se trimment (j’ai décidé de renoncer pour toujours au verbe « tournasser ») facilement. Cette terre m’a été offerte par Matsui sensei avec qui je dois aller visiter un extracteur d’argile de Bizen la semaine prochaine.
  • Quelques pièces pincées avec de l’argile Shigaraki (pour cuisson au bois), très granuleuse : Maruni A-87S-451. Toujours difficile à utiliser et trimmer pour des bols car argile très souple au départ puis hyper granuleuse ensuite (les morceaux de feldspath blanc sortent en séchant créant des trous). Mais un an de pratique permet de ne plus être trop embarrassé (et se retrouver avec des bols mastoques de 500g). Pièces enduites d’une barbotine de restant d’Akaraku de luxe.
  • Quelques pièces dans une terre rouge sableuse un peu trop souple (j’ai renoncé à la tourner sur ma mini-shimpo rk5) : n°78 土耐熱土 赤. Il s’agit d’une terre à « Nabe », les pots que l’on met directement sur un réchaud au milieu de la table pendant les repas d’hiver et qui contiennent une sorte de « pot au feu » varié. La terre doit résister à la flamme. Il m’a été dit que cette terre, jaune crue mais qui doit donner du rouge cuite, peut servir pour des akaraku.
  • Programme auto 700°, deux heures pour monter à 150° alors que la cuisson serait terminée au propane : il faut un temps de réhabituation.

Comme je n’avais plus d’émail « aka raku » de chez Maruni, je suis allé à Shigaraki faire des emplettes. A inspecter toutes les étagères, tous les tessons d’exemples de terre et d’émail, je passe toujours au moins deux heures dans le magasin. J’ai notamment trouvé cette fois des rouleaux de rubans de Sanadahimo pour les boites en bois. Et me suis décidé à tester des terres à 1200° afin d’utiliser les possibilités du four électrique.

  • Une terre noire serrée A-91-1 (30目, mesh, nombre de rangs du tamis… par pouce) qui associée à un émail transparent 3号土灰釉(灰系) est supposée produire un noir sobre.
  • Une terre jaune (en oxydation) fine (80目) A-45-2 que je compte tester sur de petites pièces (chaire, set pour oolong) avec notamment un nouvel émail qui cuit haut (1250°) et change sensiblement d’aspect à 10° près :  BFG-44 黒艶消釉 (il n’avait plus en stock le APG-24 辰砂釉(灰系) que je prendrai une prochaine fois – mais a posteriori il me semble en fait que c’est le APG-1 qui m’intéressait).
  • Achat d’un émail pour créer le vert « bille » transparent des mizusachi de Shigaraki : APG-73 松灰ビードロ釉(灰系).

La cuisson finale de la série précitée plus haut dans mes petits fours « poubelles » à charbon (5mn de cuisson à peine par bol, juste le temps de voir l’émail fondre) a été précieuse d’enseignements :

  • La terre de Bizen est incroyablement fragile au choc thermique. Il faudrait la chamotter pour la cuire de cette façon : les trois pièces de tests se sont fendues, un bol  a explosé quand j’ai testé de l’immerger dans l’eau. La couleur saumon pale sous l’émail akaraku n’est pas très belle. Les pièces rétrécissent incroyablement. J’attends avec impatience ce que va donner la cuisson des bols de cet argile non émaillés dans un four à bois à cuisson longue. J’ai compris en quoi cette terre implique une montée et une descente en température très lente. La terre, maître du temps.
  • A l’opposé, la terre de Shigaraki granuleuse ne bouge évidemment pas en taille et est très résidente au choc thermique. La barbotine de terre akaraku « de luxe » (A-53-1 三号赤楽窯変土) n’a pas donné de résultats intéressants dessus mais des variations sensibles : rouge, marron, noir.
  • La plus chouette découverte de cette fournée concerne la terre à Nabe rouge (土耐熱土 赤) qui est capable de produire une couleur proche de l’akaraku A-53-1 三号赤楽窯変土 au dixième du prix. Mais la texture est très lisse. Il faudrait lui rajouter un petit quelque chose pour lui donner une âme (sable ? grains de feldspath fins ?). Grosse surprise, le plus beau rouge sort dans le four à 800°, pas celui à 1200°. À nouveau confirmé, le truc pour créer des zones de réductions grises : morceaux de charbon concassés ajoutés à l’émail.
  • Résultats en images

Découverte hier à Bizen du magasin 松山 qui propose de l’argile à la vente. J’y ai pris un pain de E原土 sensée produire un effet paillé naturel et de F5 dans l’hypothèse où je pourrai avoir accès à la cuisson au four de Matsui sensei ou de son maître.

Alors que jusqu’à présent je n’ai prêté strictement aucune attention aux formes de mes pièces dans l’objectif d’acquérir d’abord un jeu de repères le plus large possible, j’ai désormais envie de prendre davantage de temps dans l’affinage des bols.

23 février 2019 : cuisson 35 (électrique 700°C puis 1250°)

Je voulais faire du noir - 02

  • Poursuite des tests et de l’acquisition de tours de main, notamment au tour électrique (bols et petites théières).
  • Le tour électrique shimpo « mini » acquis pour sa petite taille, sa facilité de rangement et dans le doute initial quant à ma capacité à poursuivre dans l’utilisation de cet outil, s’avère désormais trop limité (pas de pédale, bruit, torque faible). Libération d’espace pour achat d’un modèle sérieux en cours.
  • Pour cette cuisson, tests des deux terres « haute température » achetées chez Maruni : noire serrée A-91-1 et jaune (en oxydation) fine (80目) A-45-2. Ces deux terres se tournent facilement à la motte. La terre noire produit de petits grains blancs à la cuisson finale. La jaune produit un sablé fin de caractère (théière en bas au centre).
  • Je souhaitais pour les pièces noires tester l’émail transparent 3号土灰釉(灰系) mais il me restait du 3号 préparé, acheté chez Shimogamo Togei. Probablement pas assez dilué. Le transparent est resté laiteux en produisant un gris bleuté – intéressant mais aux antipodes de ce que je cherche – sur la terre noire. L’émail a produit des fissures anguleuses « vitrail » que je n’aime pas mais la texture en main est douce et chaleureuse.
  • Test également d’un émail « kairagi » de chez tougei.com mais 1250° était trop élevé ou bien le programme de montée en température (par défaut) ne convenait pas : résultat transparent sans intérêt et plutôt moche. La quête d’une bonne recette de kairagi pour four électrique en oxydation continue.
  • Pour la première fois, tests de création de théière et notamment de petites théières pour oolong de Taiwan (mon thé en feuille de prédilection). C’est un bon entraînement pour l’acquisition de gestes techniques importants : tour électrique, petites pièces à la motte, montage de plusieurs parties pour une seule pièce, couvercles, formes et motifs, harmonie générale d’une pièce, anticipation de la rétraction. Découverte inspirante sur youtube des techniques de construction à la main des théières yixing et des outils utilisés.
  • Et puis comme une révélation en tombant sur cette théière qui m’a fait immédiatement penser aux Netsuke (le musée de Kyôto derrière le Mibu dera est à visiter) : une forme qui n’est pas un habillage d’une fonction mais forme et fonction organiquement une : dans un mouvement. C’est ce mot-clé, « mouvement », qui constitue pour moi un déclic incroyablement ouvrant. Jusque là, je réduisais le tao au flow : un flux courbe linéaire. Le mouvement lui est une dynamique qui couple intentionnalité et discret. C’est un vecteur, une force, pas un champs. Une action, pas une vague. Le Tao est le continu. Le mouvement est le tourbillon dans la cascade. L’art occidental ne connaît pas le mouvement. Mais la pose. La vibration de cette théière, des netsuke, des petits personnages dans l’art japonais – ceux de Kawase Hasui par exemple comme ceux de Hokusai, c’est le mouvement. Le kabuki est une caricature du mouvement, sa négation paradoxale. Le nô, le kyogen,  la visée de son essence. Quand je faisais l’hypothèse d’une corrélation entre le système Chojirô et le gyosho de Ôgishi, c’est le mouvement que je désignais sans pouvoir le pointer. Le gyosho, c’est le mouvement dans la pompe de la formalité versaillaise du kaisho. Le soshô, c’est la familiarité adolescente négligée : un mouvement sans tenue. Ce n’est pas l’humilité cosmique qui touche chez Chojirô, mais la présence d’un mouvement, une âme qui se révèle dans un geste, une âme qui n’a pas besoin du langage, qui pourrait être juste animale : comme un chiot qui pose sa tête sur votre cuisse. Le mouvement gyosho est l’harmonie juste entre la cognition et la pulsion. Le symbole de l’humain comme funambule.
  • Èchec total du BFG-44 黒艶消釉 appliqué trop finement.
  • Le 辰砂釉 de tougei.com a produit un résultat peu intéressant (théière en haut à droite)
  • Le 090121-1 de Maruni confirme sa capacité à produire du dessous de militaire allemande (théière en bas à droite)
  • Le うのふ釉 dv-1 produit un « rustique » bicolore rêche et faux (théière en haut à gauche)
  • l’oxyde de cobalt dilué dans le thé marche, mais il me faut trouver une recette d’émail coréen coque d’oeuf, fin, craquelé, et doux comme un souvenir. Ici, le transparent cité plus haut : théière en haut au centre (et en bas à gauche pour du transparent seul).
  • Résultats en images

8 mars 2019 : cuisson 36 (électrique 700°C puis 1230°)

Le premier kuro

  • Poursuite des tests « techniques » (aucune ambition à produire du fini ici)
  • Deux terres : jaune (en oxydation) fine (80 mesh) Maruni A-45-2 et Bizen E原土 de chez 松山.
  • Deuxième tentative avec du BFG-44 黒艶消釉 en application plus épaisse (petit vase) : vraiment chouette résultat (couleur, texture, épaisseur) y compris avec coulure. Je vais vraiment explorer cet émail et ses variations. Sur la terre A-45-2
  • Enième tentative avec du Kairagi de Tougei.com (gris à l’application) : échec.
  • Première tentative avec du Kairagi de chez Iwasaki (noir à l’application) : échec.
  • Tentative avec du Kairagi de chez Shimogamo (blanc à l’application) : échec.
  • Test avec du noir mat 1230 de chez Iwasaki : la plus belle surprise depuis le début de ce projet (voir plus bas).
  • Test avec du « Soba そば釉 » 255-712 de chez 新日本造形株式会社 Shin Nihon Zokei : résultat jaune bulleux intéressant. Je vais le renouveler.
  • Test avec du « Karatsu 唐津 » 255-788 de chez 新日本造形株式会社 Shin Nihon Zokei : résultat blanc sans intérêt.
  • Test avec du « Bidoro cendre de pin » APG-73 松灰ビードロ釉(灰系) de Maruni : a produit du noir maronnasse avec de grandes fissures. Le verre « vert » requiert visiblement  du temps et surtout… de la réduction. « Bidoro » vient du portugais « vidro », verre.
  • Test avec du « Shino n°1 » de chez Iwasai : peu intéressant dans le dispositif de cuisson électrique, temps court, pas de réduction.
  • Test avec un blend « Kairagi » recueilli en Corée : 70% Feldspar, 15% calcium (pour émuler les cendres de coquillages), 15% cendres de pin : échec, fonte de la terre de bizen ?
  • Test avec un blend « Bone Ash Ivory » trouvé sur glazy.org  : 70% Feldspar, Dolomite 30%, Kaolin 25%, Cendre d’os 5%, Bentonite « appelez le bloc » 3% : échec, blanc mat uniforme sans intérêt visuel ou au toucher (avec un keep à 20mn mais bon résultat avec un keep de 10h).
  • Test avec un blend « Kuan Crackle 1 » trouvé dans le livre de John Britt « The Complete Guide to High-Fire Glazes : Feldspar 79%, Whiting 9.5, Silice 9.5, Cendres d’os 2, Bentonite 2 : échec, pas de crackle.
  • Un touilleur à piles pour café latte s’avère bien pratique pour mélanger ces micro-tests dans des gobelets jetables.
  • Le four électrique se trouve à l’extérieur. Il n’est donc pas utilisable quand il pleut : au moins 48h de beau temps sont donc requis. Pluie prévue demain et le jour suivant, j’ai donc décidé de faire des tests avec le petit four à charbon 1200°. J’ai utilisé cette fois un autre charbon acheté chez la vieille marchande de combustible près de Hyakumanben qui ne voit plus aucun client depuis que les étudiants et la fac se chauffent à l’électrique. Ce charbon sent bon mais il trahit précisément sa présence par son odeur. Elle m’a vendu du rentan (練炭) précoupé alors que je souhaitais du ogatan (オガ炭), qui est un charbon créé à partir de sciure compressée et dont il existe deux versions, une « molle » (facile à allumer mais qui ne dure pas) et une « dure » (l’inverse) – l’idéal étant de mélanger les deux.
  • J’ai pu placer trois petites pièces : le noir mat d’Iwasaki, le « Bone Ash Ivory » et le Kairagi « coréen ».
  • Après une heure, j’ai ouvert le couvercle pensant, comme avec mon raku habituel, pouvoir sortir les pièces cuites et en insérer de nouvelles. L’émail n’avait pas fondu sur les trois pièces : les pièces étaient d’un beau orange mais leur surface ne brillait pas à l’inspection sous le couvercle. J’ai donc décidé de les y laisser jusqu’à la fin du charbon. Feu au fond suffisant.
  • Une fabuleuse surprise : le noir mat d’Iwasaki produit un résultat – très – intéressant. Un noir texturé, épais, mat mais pas terne, sur la terre Maruni A-45-2. La texture est un peu rêche mais il doit être possible de l’améliorer à la paume. C’est la première fois que je ne suis pas déçu par un kuro. Résultat pareillement intéressant sur une terre rouge lisse cuite à l’électrique. Cet émail est l’un des trésors de Kyôto ! L’astuce stupéfiante : pour créer un beau kuro « raku », il faut cuire plus haut que du raku !
  • L’un des émaux (mais lequel ?!) a fait fondre la terre de Bizen (la pièce s’est « assise » sur son pied et l’ensemble est déformé). L’émail en tant que tel est ici modérément intéressant (un peu verdâtre).
  • Le Kairagi « coréen » (mais est-ce bien lui, j’ai un doute, il se peut que ce soit le tougei.com car la terre est celle de Maruni) n’a produit aucun kairagi. Juste un transparent avec des zones bleues (belles !) sur les surépaisseurs.
  • Le Kairagi ne sortirait qu’avec un palier de 10h à 1230° et sur une terre granuleuse ad hoc : Iwasaki m’a vendu une argile « shino rouge » pour cela.

mars 2019 : cuisson 37 (électrique 700°C puis anagama 1200+°)

  • Mon espace de travail a bien évolué : le canapé lit de la bibliothèque a laissé la place à une shimpo rk3e (moche mais si silencieux, puissant et pédale déplaçable) avec ses deux fabuleux add-on, une girelle (plus petite !) prééquipée d’écrous avec ses plaques en bois et un Giffrin Grip original – pas la copie chinoise vendue en France). Mur protégé par des planches de sugi au motif de sumi-e et boites plastiques masquées par des sudare. Cette pièce qui était jusque là froide est devenue chaleureuse et plaisante.
  • Matsui sensei vient me rendre visite demain et repartira avec des pièces qu’il pourra placer dans l’anagama d’un de ses collègues de Bizen pour une cuisson vers la fin du mois (le reste sera cuit dans son four en mai). Dans deux semaines, j’irai assister à un jour de feu dans l’un des anagama de son maître où se trouvent déjà quelques bols pincés début février. C’est un lieu où se trouve le seul « grand four » (80m !) en activité du monde.
  • La terre de Shigaraki Maruni A-87S-451 est vraiment difficile à tourner : toutes les pièces sont lourdes et non trimmables. La Bizen E原土, un nerikomi de 2 argiles (blanc / jaune), est facile et agréable à tourner. La Bizen noir F5 est très plastique mais contient différentes impuretés dont des – gros – morceaux de calcaire (?) blanc qui déséquilibrent une pièce au tour, et attaquent mains et outils.
  • Emaillage avec un 3号 (transparent de base pour 1200° au Japon) de chez Iwasaki, mélangé parfois avec du charbon broyé, pour l’intérieur de quelques pièces. Deuxième tentative avec du « Bidoro cendre de pin » APG-73 松灰ビードロ釉(灰系) en espérant qu’il y aura suffisamment de réduction pour produire le verre « vert ». Mais l’essentiel des pièces ne sera pas émaillé pour tester la cuisson au bois de longue durée. Toutes sont biscuitées compte tenu du transport Kyoto/Bizen.
  • Point intéressant relatif à l’histoire, les modes et les techniques de cuisson : le renouveau céramique de Bizen au début du vingtième siècle, qui pendant un certain temps étant cantonné à la production de conduits, était associé à des pièces sombres donc fortement réduites. Depuis deux décennies, et sans doute lié au fait que cette esthétique des années 30 faisait vieillote, « grand père », les céramistes produisent des pièces plus claires donc sans réduction (ou alors accidentelle).
  • Un céramiste de Bizen travaillant individuellement avec un four de 20m le remplit avec environ 800 pièces (plusieurs milliers de petites pièces s’il vise un  marché à petit prix). Sans compter le temps de préparation de la terre et du bois, il faut environ 3 mois pour créer ce volume. Ce qui implique deux feux par an.

14 mars 2019 : cuisson 38 (électrique 700°C puis 1230° sur un palier de 10h)

Le palier de dix heures

  • L’objectif initial de ce projet est d’arriver à produire des bols de type Ido. D’où la nécessité d’apprivoiser le tour et de trouver comment créer un émail kairagi dans les limites disponibles (pas de réduction, pas d’accès à un petit four de test à bois). Les vendeurs d’émaux kairagi m’ont dit « il faut un palier d’au moins 10h à 1230 ». J’ai donc relancé une cuisson pour tester ce critère avec tous les bols ratés de la cuisson 36 plus un certain nombre de bols médiocres de l’an passé. Résultat : pas de Kairagi.
  • Le plus pustulent est le blend « coréen » : 70% Feldspar, 15% calcium (pour émuler les cendres de coquillages), 15% cendres de pin. À tester avec une autre terre (« Shino rouge ») et peut-être aussi un autre felsdpar.
  • Le Kairagi de chez Shimogamo (blanc à l’application), est le plus mousseux, avec des effets de crystallisation, une sensation de surface « années 70-80 ». Il transforme la terre jaune en un saumon intéressant.
  • Le Kairagi de chez Iwasaki (noir à l’application)  n’a pas bullé, est lisse façon émail transparent, a transformé la terre jaune de bizen en vert olive clair, mais le « blanc » s’est regroupé dans des flaques, un effet qui pourrait être intéressant sur une terre plus granuleuse et à la bonne couleur.
  • Le « Bidoro cendre de pin » APG-73 松灰ビードロ釉(灰系) a coulé façon « huile de vidange ».
  • Le blend « Bone Ash Ivory » trouvé sur glazy.org  : 70% Feldspar, Dolomite 30%, Kaolin 25%, Cendre d’os 5%, Bentonite « appelez le bloc » 3% : qui avait donné un blanc uniforme a produit  un effet franchement intéressant. L’uniformité a laissé place à une sorte de pâte à crêpe cuite avec des points et des zones plus épaisses et plus claires. J’ai envie de la rester en plus diluée. Très agréable à la main. Pas d’effet de « verre ».
  • Le Blend « Kuan Crackle 1 » trouvé dans le livre de John Britt « The Complete Guide to High-Fire Glazes : Feldspar 79%, Whiting 9.5, Silice 9.5, Cendres d’os 2, Bentonite 2 : est assez proche d’un kairagi bas de gamme (pas de cellule, juste des gouttes ici et là) mais effet « verre ».
  • L’idée est de retester tout cela avec d’autres terres, granuleuses, cuisant rouge à 1230. Pas certain que le palier de 10h soit impératif.
  • En attendant le refroidissement du four, j’ai lancé la cuisson au charbon de deux bols en porcelaine blanche de l’année dernière, qui avaient été cuits à 1200°. La leçon apprise alors était que la porcelaine requiert des formes linéaires, géométriques. Tous les effets « de main » rendent moches. Mais la forme et le poids très faible de ces bols me plaisaient. J’ai tenté de les recouvrir avec le noir mat d’Iwasaki et le résultat fut deux beaux échecs : la porcelaine ne supporte bien sûr pas les chocs thermiques, leur cuisson initial à 1200 (et non pas biscuit) a conduit à des coulures (pas assez d’absorption de l’émail) révélant le blanc (effet moche), la surface lisse n’était pas vraiment intéressante. Troisième confirmation pourtant de la qualité de l’émail qu’il faut donc appliquer sur une terre suffisamment granuleuse et solide aux chocs pour ce type de cuisson.