bols

Journal de Cuissons : An 2

7 janvier 2019 : cuisson 31 (propane 700°C et 1010°C)

59 : Tiers-de-Fier

  • Poursuite des tests d’argiles et d’émaux transparents. Et confirmation, inattendue, de la qualité du transparent 850 de Spectrum Glaze (vendu 3 fois plus cher en Europe qu’au Canada…). Le test d’un mélange aux tiers argile du Fier+Terracota rouge espagnole+Tpasta enduit du Spectrum 850 a produit un beau résultat. Satisfaction à pouvoir intégrer l’argile locale et d’avoir trouver un émail produisant un résultat uniforme, révélateur des couleurs de la terre.
  • Sur la même terre, l’ATP 1/60, l’ATP 5/0 (Ceram décor), et le C4160 dilué n’ont pas donné d’aussi bons résultats.
  • tests de forme : ruban de moebius (bunchin, futaoki) et vase nu féminin (imaginer une cérémonie de thé aux instruments où la référence au plaisir ne serait pas tabou). « Théière » et versoir pour oolong.
  • Echec d’un test d’émail avec 70% d’une fritte feldspath, 15% de poudre d’os, 15% de cendre de chêne : température insuffisante, l’émail n’a pas fondu.
  • Tests de sigillée bleue (Rakuvaria) : intéressants pour des motifs et lignes. Pas pour des aplats (bords d’assiette carrée).
  • Test de sgrafitto sur de la sigillée sèche.
  • Bols 59 et 60

16 janvier 2019 : cuisson 32 (propane 970°C)

Kuro idogata

  • Échec de la tentative de réplication des résultats de la précédente cuisson : même argile (mélange avec argile du Fier), même émail (Spectrum Glaze 850)… aucun rouge, que du vert. Variations qui peuvent expliquer ces résultats :
    • pas de biscuit  : émaillage directement sur terre crue (en s’aidant du poêle à bois pour faire sécher/durcir les pièces). L’aspect gel de l’émail (Spectrum Glaze utilisent-ils de la colle à papier peint ?) permet d’émailler sans risque de casse.
    • cuisson à 970 et non à 1010°
    • réduction/enfumage un peu moins long que la fois précédente
  • Le vert obtenu a un certain cachet et l’on pourrait envisager une série déroulant le gradient de couleurs que l’on peut obtenir avec ce mélange « du Fier ». Mais mon but est de valider des recettes me permettant d’obtenir du rouge (via l’argile, pas l’émail qui ne doit être que révélateur).
  • Poursuite de mon apprentissage du tour électrique. Quelques pièces tournées donc (« idogata », « choppe »). Notamment en utilisant une terre en laquelle je crois, le grés rouge chamotté CT-R de Vicente Diez vendu par Céram-décor, qui a produit un noir franchement intéressant dans l’optique de créer des kuro.
  • Deux bols testés également en mélangeant de la tpasta avec de l’oxyde de fer jaune qui ont produit eux aussi du vert-de-gris marbré. Confirmation de la qualité de la tpasta pour la mise en forme : les bols créés avec cette argile ont des formes fortes, sculpturales, qui tiennent l’espace.

26 janvier 2019 : cuisson 33 (propane 700°C et 970°C)

"Oui mais j'voulais faire du noir" - 05

  • Il n’y avait pas eu de biscuit lors de la précédente cuisson. Cette fois-ci, test de ce paramètre sur un dispositif identique qui visait à produire les mêmes noirs. Il s’avère que le grés rouge chamotté CT-R de Vicente Diez avec biscuit produit un rouge bordeaux sombre (« cinabre d’hiver ») tacheté de noir alors qu’il est d’un noir uniforme sans biscuit. Idem pour le mélange 3 terres (Fier, Tpasta, Terracota rouge) : avec biscuit il retrouve son saumon tacheté de gris au lieu du vert olive de la cuisson 32.
  • En l’état la couleur de ce grés rouge chamotté CT-R fait trop cuir sombre, vieux sang. Je testerai cet été de le mélanger avec de l’argile du Fier (qui cuit jaune).
  • Un mélange Tpasta + 20% d’oxyde de fer noir a produit des bols gris qui confirment une fois encore les qualités de texture et de forme de la Tpasta. Un beau bol de cette série monté avec la récup du tournassage des deux autres a explosé au biscuit car son fond n’était pas suffisamment sec. Leçon définitivement acquise.
  • Tests de deux petit mizusashi tournés, de 3 cha-ire, de 4 petits soliflores bâtis avec des restes de tournage et un bout de plinthe pour les tapotter en forme.
  • Deuxième cuisson avec une assiette à sucrerie et un petit versoir à thé (pour mon oolong du matin), récupérés parmi les échecs de la cuisson 31 (émail sous-cuit : 70% fritte feldspath, 15% de poudre d’os, 15% de cendre de chêne) et enduit cette fois de Spectrum glaze 850 comme toutes les pièces de cette cuisson.
  • Test d’une sculpture à base de kanji (exception : émail blanc Spectrum 851) mais la tpasta était trop molle pour accepter la mise en forme 3D que je souhaitais lui donner, même avec une armature en fil d’aluminium. Tests à poursuivre avec de la paper clay ou trouver le bon argile pour sculpture.
  • Lors de la cuisson, le trempage de la bonbonne de propane dans l’eau après 700° a permis de passer de 0.5bar à 2 bars (il faisait -1° dans le garage), et de gagner 150° en 30s. Attention à la hauteur de la flamme en sortie de four à 2 bars.
  • Résultats en image

08 et 12 février 2019 : cuisson 34 (électrique 700°C puis charbon 800° et 1200°)

炭コンロ窯 - Sumi Konro Gama - 12/02/19 - 07

  • Retour à Kyôto et utilisation rapide de 5kg d’argile de Bizen car je pensais participer à une cuisson anagama mi-février qui a été au final reportée en avril (avec une option possible dans un autre four début mars). Il est fascinant à chaque fois de sentir combien les propriétés d’une argile crue contraignent les formes possibles d’une production. Cette argile noire (de haute qualité, non vendue dans le commerce), qui doit biscuiter dans les oranges et devenir marron à 1200° (ou blanche en réduction ?!), a un côté plastique très lisse. Les formes pour un bol pincé deviennent immédiatement rondes et organiques. Elles sèchent vite et se trimment (j’ai décidé de renoncer pour toujours au verbe « tournasser ») facilement. Cette terre m’a été offerte par Matsui sensei avec qui je dois aller visiter un extracteur d’argile de Bizen la semaine prochaine.
  • Quelques pièces pincées avec de l’argile Shigaraki (pour cuisson au bois), très granuleuse : Maruni A-87S-451. Toujours difficile à utiliser et trimmer pour des bols car argile très souple au départ puis hyper granuleuse ensuite (les morceaux de feldspath blanc sortent en séchant créant des trous). Mais un an de pratique permet de ne plus être trop embarrassé (et se retrouver avec des bols mastoques de 500g). Pièces enduites d’une barbotine de restant d’Akaraku de luxe.
  • Quelques pièces dans une terre rouge sableuse un peu trop souple (j’ai renoncé à la tourner sur ma mini-shimpo rk5) : n°78 土耐熱土 赤. Il s’agit d’une terre à « Nabe », les pots que l’on met directement sur un réchaud au milieu de la table pendant les repas d’hiver et qui contiennent une sorte de « pot au feu » varié. La terre doit résister à la flamme. Il m’a été dit que cette terre, jaune crue mais qui doit donner du rouge cuite, peut servir pour des akaraku.
  • Programme auto 700°, deux heures pour monter à 150° alors que la cuisson serait terminée au propane : il faut un temps de réhabituation.

Comme je n’avais plus d’émail « aka raku » de chez Maruni, je suis allé à Shigaraki faire des emplettes. A inspecter toutes les étagères, tous les tessons d’exemples de terre et d’émail, je passe toujours au moins deux heures dans le magasin. J’ai notamment trouvé cette fois des rouleaux de rubans de Sanadahimo pour les boites en bois. Et me suis décidé à tester des terres à 1200° afin d’utiliser les possibilités du four électrique.

  • Une terre noire serrée A-91-1 (30目, mesh, nombre de rangs du tamis… par pouce) qui associée à un émail transparent 3号土灰釉(灰系) est supposée produire un noir sobre.
  • Une terre jaune (en oxydation) fine (80目) A-45-2 que je compte tester sur de petites pièces (chaire, set pour oolong) avec notamment un nouvel émail qui cuit haut (1250°) et change sensiblement d’aspect à 10° près :  BFG-44 黒艶消釉 (il n’avait plus en stock le APG-24 辰砂釉(灰系) que je prendrai une prochaine fois – mais a posteriori il me semble en fait que c’est le APG-1 qui m’intéressait).
  • Achat d’un émail pour créer le vert « bille » transparent des mizusachi de Shigaraki : APG-73 松灰ビードロ釉(灰系).

La cuisson finale de la série précitée plus haut dans mes petits fours « poubelles » à charbon (5mn de cuisson à peine par bol, juste le temps de voir l’émail fondre) a été précieuse d’enseignements :

  • La terre de Bizen est incroyablement fragile au choc thermique. Il faudrait la chamotter pour la cuire de cette façon : les trois pièces de tests se sont fendues, un bol  a explosé quand j’ai testé de l’immerger dans l’eau. La couleur saumon pale sous l’émail akaraku n’est pas très belle. Les pièces rétrécissent incroyablement. J’attends avec impatience ce que va donner la cuisson des bols de cet argile non émaillés dans un four à bois à cuisson longue. J’ai compris en quoi cette terre implique une montée et une descente en température très lente. La terre, maître du temps.
  • A l’opposé, la terre de Shigaraki granuleuse ne bouge évidemment pas en taille et est très résidente au choc thermique. La barbotine de terre akaraku « de luxe » (A-53-1 三号赤楽窯変土) n’a pas donné de résultats intéressants dessus mais des variations sensibles : rouge, marron, noir.
  • La plus chouette découverte de cette fournée concerne la terre à Nabe rouge (土耐熱土 赤) qui est capable de produire une couleur proche de l’akaraku A-53-1 三号赤楽窯変土 au dixième du prix. Mais la texture est très lisse. Il faudrait lui rajouter un petit quelque chose pour lui donner une âme (sable ? grains de feldspath fins ?). Grosse surprise, le plus beau rouge sort dans le four à 800°, pas celui à 1200°. À nouveau confirmé, le truc pour créer des zones de réductions grises : morceaux de charbon concassés ajoutés à l’émail.
  • Résultats en images

Découverte hier à Bizen du magasin 松山 qui propose de l’argile à la vente. J’y ai pris un pain de E原土 sensée produire un effet paillé naturel et de F5 dans l’hypothèse où je pourrai avoir accès à la cuisson au four de Matsui sensei ou de son maître.

Alors que jusqu’à présent je n’ai prêté strictement aucune attention aux formes de mes pièces dans l’objectif d’acquérir d’abord un jeu de repères le plus large possible, j’ai désormais envie de prendre davantage de temps dans l’affinage des bols.