Courts : 47 ans

Une glace au macha
sur l’engawa au soleil
ume sur bols rouges

Érable tes grandes branches
lourdes de pluie de la nuit
nous courbent la nuque

Je t’ai entendu
avant de te ressentir
tremblement de terre

Les mauvaises herbes
aiment la pluie qui comme la neige
change le son du monde

Nô à ciel ouvert
à Shimogamo jinja
les kamis s’en moquent

Un thé de bunjin
à Shimogamo jinja
une larme de Kannon

Pour la première fois
un corbeau se pose sur toi
lanterne de pierre

Tourner une terre sèche
une bonne heure et renoncer
pouvoir renoncer

Des fraises du matin
un mukade dans le four
et un affreux doute

Des pièces blanches d’un yen
pour équilibrer les pierres
de la lanterne

Le gros papillon
vient observer l’arrivée
de l’ishi-doro

Juste avant la pluie
revenir avec l’argile
lourde dans la kei

Il n’y en a plus
de bonnes terres me dit le vieux
bah cent-vingt kilos

La lumière est d’eau
et sous les arbres vivants
je la bois encore

L’étoffe des belles âmes
fait plisser les yeux de joie
premier jour d’été

On étend ses mots
comme du linge propre au soleil
les miens ont des plis

Je connais ma rose
Cherokee qui vient d’Asie
grande blanche fragile douce

Quand le potier claque
des mains cela fait de la
fumée des nuages

Les courts ne sont pas
des Robinson mais des perles
d’un seul long collier

Que faire de ces bols
à l’argile de Karatsu
il fait si bleu vert

Les mouches ignorent les
prières du prêtre shinto
à Takenaka

Eh fourmis toutes neuves
vous feriez mieux de ne pas
être si près du four

Musique de la pluie
derrière la fenêtre un thé
sakura en feuilles

Sayoko un an
déjà que je n’entends plus
tes rires pourtant là

Écouter le vent
dans bambous pins et ume
sourire au printemps

Le lézard mâchonne
une grosse mouche noire bien trop lente
être heureux pour lui

Lilas mauves des p’tits
lilas blancs des grands heureux
à Shigaraki

Ça sent bon l’encens
hinoki tombés merci
monter vers Hieizan

Mais où es-tu donc
toi qui sent si bon si bon
fleur invisible

Haussement d’épaules
bah ils n’étaient même pas cuits
bols brisés à terre

Foire aux vieux livres puis
siroter un usucha
Daimonji tout vert

Le vent me réveille
je lui dis qu’il est trop tôt
il ne m’écoute pas

Ranger tous les bols
les compter les trier et
se sentir déçu

Devant Yakushi
sonner le bol deux fois comme
un comptoir d’hotel

Je n’aurai pas cru
un jour vouloir du cinabre
puis cuire des bols rouges

Mes deux mains sont sales
j’ai le droit de m’habiller
en jedi enfin

Tenjin san il pleut
deux jizo de pierre m’attendent
tites fleurs rouges d’érables

Au rotenburo
des pétales de cerisier
qui flottent plus que nous

Presque se perdre
deux fois sous la pluie qui nous
fait descendre kana

Des gouttes dans la brume
le bruit étrange d’un oiseau
Hakkyo-gatake

Des biches si curieuses
des névés et des sasa
Shaka-gatake

Kobo san d’avril
des pierres du tissu et un
hanamizuki

Une tite araignée
et un jeune papillon jaune
viennent me voir poncer

Vous me faites penser
à Sayoko et ses rires
tsutsuji sauvages

Mes papiers si blancs
que j’encrais boudent ceux de verre
que j’use à la main

Le reste de tes fleurs
te font comme des souvenirs
arbre qui te réveille

Tu es si belle lune
que tu me rends triste pour ceux
qui ne te voient pas

Tous les courts sont des
selfies qui s’ignorent comme une
surface de la bulle

Tu es plus curieux
et plus souple que l’an passé
lézard du jardin

Après-carnaval
qui ramasse les confettis
le vent et les jours

Ajouter de l’eau
dans le vase des fleurs coupées
le thé du matin

Plus de vert que blanc
c’est ainsi que je vous aime
sakura kana

Les restes de fleurs
font de la rosée aux arbres
vieillir un peu ya

Tiens il pleut il pleut
des pétales de sakura
le vent est si doux

Descendre la kamo
sous la pluie grise et froide
corbeaux d’hanami

Déguster des chips
et des kaki no tane
dans un bol Ido

Lever à six heures
fleurs de la philosophie
premiers bols Ido

Matin émaillage
au soleil dans le jardin
une casquette blanche

Mettre un samue
couleur terre qui deviendra
rouge une fois cuite

Les fleurs arrogantes
le vent les ignore en fait
il prend soin des feuilles

Entre rouge et blanc
tu hésites au sol trempé
pétale de pluie froide

Se sentir coupable
quand le vent domine les fleurs
mains blanches de la pluie

Si lent à vélo
descendre la kamogawa
sous les arbres roses

Un oiseau qui chante
uniquement sous la pluie
insomnie kana

Enfin plus le bruit
des camions des candidats
pétales blancs au sol

Calligraphier sur
papiers de verre de tous grains
la vie comme elle est

À vélo fleurs blanches
de grosses fleurs blanches énormes
les graviers du parc

Pourquoi fleuris-tu
se demande le shite qui
danse sous l’arbre en fleurs

Le bol encore chaud
dans les mains parce qu’on le sort
du four au soleil

La capacité
à se sentir heureux neh
les mains sales kana

Waaa un gros insecte
mais tu n’étais qu’une jeune feuille
douce sur mon épaule

Mais si vous étiez
sous la neige vous seriez beaux
sakura en fleurs

Si discrète cette nuit
je ne t’ai pas entendue
neige du daimonji

Passer de l’argile
rouge à de la terre toute noire
plaisir des mains sales

Dépendre l’ume
du tokonoma d’hiver
les oiseaux chantent mieux

Se lever pour te
saluer à la fenêtre
lever de soleil

Hakusui ferme
mes vêtements ne pueront plus
les gyoza grillés

C’est pourtant simple
un arbre ne doit pas être rose
veuillez agréer

Tu peux faire du bruit
je n’ouvrirai pas les yeux
grosse pluie de 5h

Vous êtes toutes stériles
pire que des barbies drag queen
sakura mah neh

Les îles sont belles neh
parce qu’on dirait des montagnes
la mer me fait peur

Anagama ya
causer des camélias noirs
le silence du four

Tu ne pourrais pas
être un peu plus tendre quand même
miel trop vieux kana

De la confiture
de fraise sur du pain grillé
un thé noir kana

C’est quoi cette planète
qui te ferait comme une mouche
lune dans la nuit bleue

Ah le jour se lève
un chat miaule tout doucement
des livres sur les sceaux

Un grand cerisier
en avance pleureur si rose
une cerisière

Tu m’as fichu la
trouille lézard qui a eu peur
Vingt-cinq Tenjin San

Aller à vélo
acheter des pierres tendres
et du macha ya

Là sur le bureau
tu n’attends que mes fichiers
engraveur d’hanko

L’argile et l’émail
toutes les cuissons et les chocs
est-ce cela être homme

Vieillir est-ce aimer
le son du premier bourdon
équinoxe de mars

Vos feuilles sont blanches comme
des photos à contre-jour
camélia de mars

Vous me regardez
grandir avec indulgence
ume de Gosho

Mélanger des poudres
dans le silence de la nuit
pour couvrir des bols

Sur les bords du lac
la lumière de mars vous berce
canards en couple

Soufflez fort ici
vous avez trop bu n’est-ce pas
lune dans les brumes

Un nuage d’avion
t’a laissé une résille blanche
lune montante et triste

Les chiffons de feuilles
prématurées vertes et rouges
elles te balayeront

Ramasser tous les
longs cheveux des souvenirs
hair donation ya

La nuit se retire
du petit mont Daimonji
comme une culotte

Le soir se lève sur
le sanmon du Nanzenji
ô ma cathédrale

C’est quoi cette chignole
ne lui en veut pas trop neh
c’est son premier chant

Sur le Daimonji
faire sonner deux fois le bol
et dire merci neh

J’ai deux mots à dire
à tous ceux qui t’ont planté
asebi infect

Les oranges qui portent
des tétons de cinq enfants
sont douces si douces yaa

Manger un maki
sur l’engawa au soleil
pin bambou ume

Tu te couches alors
tu joues à passer entre
les gouttes doux soleil

Faut avoir vécu
pour aimer t’éplucher neh
orange de saison

Prends-moi fort très fort
dit la pluie au vent de mars
qui aime faire plaisir

Les ume en foule
quand bien même galactiques
perdent tout intérêt

Quatre ans sable doux
quarante-sept Shigaraki
mes mains sont si douces

Des lunettes bien noires
devant le bouddha de pierre
je souris au ciel

Les premiers pétales
blancs très légèrement roses
à terre détrempés

Tu m’entends pollen
ça peut plus durer ainsi
il faut que atchaaa

Ce n’est pas l’insecte
mais l’oiseau saoul et joyeux
qui féconde l’ume

Le premier vent vient
avec le premier chant du
rossignol kana

Le soleil de mars
provoque des cracs de plaisir
que la maison aime

La pluie boude et peste
elle en veut au monde entier
un kanji d’ume

Les trois petits coups
du filtre à thé vidé à
la poubelle kana

Tous les arbres tombés
ouvrent la lumière et la vue
Daigoji macha

L’ami de lycée
fait toucher au vieil aveugle
les fleurs blanches d’ume

Le héron attend
que le corbeau vole le chat
pour rafler la mise

Ce doit être dur
taxi Tourette au Japon
je’l suis pas D’ucon

Ah tiens toi aussi
tu n’arrives pas à dormir
lune pâle de quatre heures

Pluie de printemps yah
sur ma capuche toutes les gouttes
font un ploc joyeux

Savon dans les yeux
la main suit le jet d’eau chaude
et trouve le pommeau

Le chat fait semblant
d’avoir peur en traversant
le torii rouge

Tout le monde renifle
et éternue et pleure
impôts finis seul

Se lever et dire
bonjour à l’argile au four
aux boutons d’ume

Ça pue fort le vieux
une salle de nô bien remplie
pas l’ume c’est sûr

Sur la tête du chauve
un petit bob en vieux jeans
dans la salle de nô

Du papier de verre
sur l’engawa au soleil
une nabe party

Renoncer et non
courir pour attraper le
feu vert d’Oïke

Waaa la super moon
au-dessus du Daimonji
juste après Drifters

C’est déjà trop tard
les ume sont tous en fleurs
ah la feuille d’impôts

La pluie continue
vibre comme des quindar tones
allo allo a…

S’habiller trop chaud
un jour de printemps d’hiver
baïrin d’Osaka

L’amers des nuages
une nuit froide de février
c’est la lune la lune

Renoncer kana
à étendre les housses de couette
comme une japonaise

La perle de sueur
suspendue sous le masque
ah photos de nô

Jardin botanique
les arbres aux coupes naturelles
font pitié kana

Un handicapé
ronflait si fort sous l’ume
les fleurs l’ont pris mal

Monter une première
théière moche si moche si moche
que cela fait mal

Il fait bien trop froid
pour aller vous rendre visite
ume sous la neige

Le couvercle du ciel
est gros si noir ce matin
faire chauffer de l’eau

Les corbeaux s’excitent
c’est le jour des poubelles jaunes
et des filets bleus

Arbres encore nus
le ciel leur fait des pétales
neige phoula phoula

Comme de la poussière
lentement traversée par
le soleil la neige

C’est en pyjama
le matin au froid qu’on sort
ouvrir la kama

Trois bonsai d’ume
plantés un seul a vécu
celui qu’était mort

Non même pas un chien
à serrer contre soi un
coussin noir si noir

L’odeur inquiétante
des crayons HB taillés
et leur son qui reste

Il y a des larmes
dans les fleurs d’ume de quoi
ça ne se dit pas

Se lever la nuit
la sensation d’un bizarre
la vie comme jetlag

Les pompiers ont un
nouveau casque à visière noire
même son de leur pic

Les flammes dansent et les
happy few se rapprochent
foyer des désirs

Une jeune japonaise
vide une bouteille de rouge
kamis en colère

Il n’a fallu que
trois ans pour qu’ils disparaissent
les cris d’étudiants

Je ne la vois pas
où est la femme au manteau
des dix ans passés

Le feu sèche les gouttes
sur les parapluies ouverts
minuit setsubun

Ni la fumée ni
le rouge mais les craquements
du feu dans la nuit

La canne d’un aveugle
et son sourire doux lointain
au marché aux puces

Rentrer à Kyôto
trop de gaijins dans le bus
monter des bols noirs

Sortir dans le noir
pour entendre les flocons
on dirait des bulles

Le rosier accroche
le pull la neige mes jambes
retenir kana

Rentrer le nombre juste
de bûches avant le départ
trainouiller ranger

Il a trop neigé
les animaux ne tracent pas
monter au plateau

Un couple d’oiseaux
vole contre le flot de neige
où peuvent-ils aller

La rambarde en bois
fume la neige fond le ciel bleu
pouvoir partager

Se chausser descendre
non pour aller quelque part
mais refaire la trace

Ce petit oiseau
jaune qui reste sur la branche
je n’ai rien pour lui

Un petit oiseau
fracassé contre la fenêtre
non une neige bien dure

C’est la centième bûche
kana qui me rend si triste
le vent passe les murs

Les petits flocons
qui tombent vite me demandent ben
pourquoi tu t’agites

Vite faire les photos
pour monter avant que le
soleil ne se couche

La braguette ouverte
sommet des pistes par moins dix
on le sent tout seul

Recevoir un crâne
ça rentre dans la boite aux lettres
sans recommandé

Cha-ire tournés
les mains dans un torchon sale
soleil sous la neige

Quand le bâton dans
la neige fait ce bruit de baume
qui attend le vent

Je te poserai
bien sur mon tour électrique
lune ronde si blanche naa

Sur le beau visage
d’un personnage de manhwa
tâche de chocolat

Ah non désolé
l’éclipse de lune c’était hier
tant mieux j’aime pas ça

Une bûche dans le poêle
dure et miel puis feu et cendres
le volume d’une vie

Quitter des amis
avec du bon clafoutis
englouti prompto

Rentrer d’Annecy
le coucher jaune sur le lac
la route monte et tourne

Deuxième paire de fesses
de vieille au milieu du ch’min
en quinze jours nom d’la

Pour que les chasseurs
ne me tire pas comme un lièvre
un bonnet fluo

Tiens la neige s’arrête
le coucher peint les nuages
chausser les raquettes

Gypaète barbu
quand tu voles sur mon tire-fesses
je vole avec toi

Skier au ciel bleu
puis cuire des bols à la lune
prendre une douche assis

Je cherche des outils
on a ceux-là et ceux-là
non merci kana

Tu annules le thé
son tempo te va pourtant
chute de neige épaisse

Tu vas déclencher
toutes les lumières du chalet
oui mais j’ai trop soif

Les mains si froides
rallumer le poêle kana
non y renoncer

Ranger le sceau
faire une lessive l’étendre
la moue au frigo

Le sceau près du lit
solution réhydratante
les Romains sont fous

Trois batons d’encens
n’arrivent pas à t’atteindre
fromage trop fondu

Tu me fais baisser
les yeux le cou et le front
petite neige si dure

Une plaqueuse de chant
et une affleureuse kana
les rêves aux pieds froids

De l’oxyde de fer
sur les mains qui tâche le linge
crème hydratante

Tu fais ta timide
mais on connait bien la suite
attendre la neige

Les branches mes pauvres
si blanches qu’on a mal pour vous
frrrr du four potier

Le son de la buche
qui chute quand le petit bois
a vécu sa vie

T’es givré ou quoi
oui complètement totalement
sol du jour des rois

En vouloir au cintre
insistant têtu à mettre
sa tête à l’envers

Déchirer dans le
frigo le filet d’oranges
se laver les mains

La petite tasse
fume en séchant au soleil
heure des cornichons

Soustraire de la pile
le morceau de bois trop beau
pour passer au poêle

Ouvrir le balcon
la biche s’arrête et attend
puis part doucement

Percée du soleil
de la crête son ombre peinte
au cœur des nuages

Le mouvement de glotte
de ceux qui se retrouvent seuls
après l’au-revoir

La mer de nuages
devant soi le coucher pur
du premier de l’an