Courts – 36-46 ans, kana

 

les aboiements noirs des corbeaux
sous le frein continu de la pluie

Le regard vide des grands-pères à vélo
qu’on dépasse en marchant doucement

le petit oiseau sur mon théier
pluie d’automne

la pluie si forte au petit matin
qu’elle réveille en traçant à 50m
des pages blanches

la pluie
quand elle dactylographie fort sur le toit
puis incroyablement plus fort

Deux pluies ensemble
croisées comme les mains d’un homme et d’une femme
ignorant la pluie

Les gouttes
quand elles claquent sur le toit
au rythme d’une grand-mère dosant son médicament

Prendre un bain seul
Et entendre la pluie
seule

les étoiles se rassemblent dans les arbres
pour fêter l’anniversaire de la nuit
Hana-akari-花明

flaques sur l’asphalte
une petite fille traverse sous la pluie
avec sa canne blanche

Il neige doucement au soleil
sous un ume blanc
j’ai cru sentir sur ma joue un pétale froid

Un oiseau qui ne vole pas a toujours l’air d’avoir froid
Un oiseau en hiver a toujours l’air d’un oiseau

Le son de la cuillère de confiture jetée sur la planche
après l’avoir léchée
la fermeture du pot l’ouverture du frigo

Le soleil doux
sur la joue droite du rocher

Le chant de l’oiseau
sur l’ombre de la neige

Ciel blanc
trois corbeaux

Ciel bleu
la lune

Je n’ai pas mis de gants
pour avoir froid aux mains

Feuilleter le monde en 200/2.8
et les regards
en 800/16

Avoir l’âme noiseless à 6400 iso
le cœur à f0.95
dans un monde strobiste

Passant près de lui
je lui ai fait peur
arbre dans le vent

Même l’été
les nuits sont
des hivers

Mon amie la feuille morte
qui s’approche comme une chatte
de ma chaise sur le seuil

En été
après avoir travaillé seul dans sa forêt
se laver le visage à l’eau froide

Alpage sous la lune
les vaches qui rêvent
essaiment des murmures de fūrin

J’ai laissé un vase vide
je n’y mettrai pas de fleurs
sans toi

Et la fumée du soleil rouge
le soir
ce serait les nuages

Les sakura
la nuit
n’ont pas plus d’odeur que le jour

L’éclair tremble la lumière
derrière la vitre
où je pose mon front

La goutte de pluie inattendue
qui tombe au coin de l’oeil
et fait reculer la tête

Le son d’un flacon de parfum
reposé sur une étagère
en verre

Pigeon vole
dans un bruit de chiot asthmatique
en hyperventilation

Le grillon se jette
du tas de bûches
crachat de western

La pupille unique du chien
montre autant de nuits que celles de son berger
à la fixité d’ermite

Goutte de javel dans un vase
pour des roses coupées trop tôt
mes doigts ressuscitent ma grand-mère

Des montagnes Patinir
sauge sapin
bleuet

Orage de montagne
écho du tonnerre fade out
retour des cimes

Mettre deux cerises dans sa bouche
et s’amuser à ne pas faire souffrir ses dents
en pestant

L’odeur d’un jeune chien de troupeau
trempé
par la rosée de juillet

Les petites théières trop proches sur l’étagère
marcher près du meuble les tintinnabulent
je ne les espacerai pas

Un aveugle pressé
court
en traversant la grande rue

Au soleil invaincu
répond la nuit
qui ne meurt pas

Le regard épuisé coupable et tendu d’espoir
aux voitures qui le dépassent
chien abandonné

je n’ai pas photographié les œufs
du nid
que j’ai dû déplacer