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Par Les gros Roustons du Tanuki

par Stéphane Barbery le 26 octobre 2006 à 20:14

- « Isao Takahata ».
– « Qui ? »
– « Takahata, çui qu’a fait Le Tombeau des Lucioles« .
– « Ahh »…

Pour qui a vu le Tombeau des Lucioles, la simple mention de cet anime pince douloureusement le coeur.
Peu d’oeuvres vous pincent douloureusement, doucement, le coeur. En le réchauffant.

Dans le Tombeau des Lucioles, l’enfant en soi a mal. Hurle de colère et de douleur. L’adulte en soi a honte. Aimerait hurler, comme un enfant, sa colère contre la cruauté, la guerre, le mal.
Mais dans le Tombeau des Lucioles, il y a surtout la réconciliation définitive. Avec les Japonais enfin perçus comme frères humains.

L’Asie ne se doute pas à quel point, vue de France, vu d’Occident, qui est petit, jaune et bridé est méprisé, déconsidéré, rabaissé. L’Asie est encore aujourd’hui perçue comme une terre de nains clonés, industrieux, serviles, cruels, soumis. Si l’on crédite les Japonais d’un médiéval charme pittoresque guerrier, c’est pour mieux, viscéralement, leur dénier un statut de semblable. La bouffissure suffisante des Français qui leur fait appeler « Universel » le grunge de leur nombril a été très perméable à l’implacable propagande hollywoodienne qui a fait du jap un moins qu’humain. C’est terriblement violent d’écrire cela. C’est plus violent encore de le taire.

Takahata, comme Taniguchi ou Ozu, est l’un des sensei, l’un des plus-qu’humains, qui permet à ces crétins barbares et suffisants que nous sommes de saisir une énormité si énorme que cela me fait mal et honte de l’énoncer : les Japonais sont des humains comme nous français – dont chacun sait pourtant que nous sommes pour l’Univers le prototype, l’idéal-type de l’humain.

Takahata nous montre des Japonais humains. Avec des enfances. Avec des souffrances. Pour les endoctrinés incultes que nous étions, cette idée était jusque-là juste inconcevable, inenvisageable, irreprésentable.
Une grande partie de la honte que l’on ressent à voir le Tombeau des Lucioles vient de là : la prise de conscience fulgurante de sa bêtise, de son inculture. La joie, elle, vient du sentiment que l’on a, après le film, d’avoir cent trente millions de nouveaux amis potentiels.

Et v’là t’y pas que Takahata continue notre déniaisage avec Pompoko. Pompoko est une oeuvre moins forte que le Tombeau des Lucioles. Mais elle vient ruiner une autre prétention française sur laquelle nous sommes très chatouilleux : non, nous ne sommes pas les seuls à nous définir par l’élégance du mauvais goût et de la gauloiserie.
– « C’est ça, les Japonais sont des gaulois ? »
– « Eh ben ouais ».

Les Tanukis ce sont les Astérix et Obélix nippons. Leurs gros roustons – sans phallus – , leur potion magique. Ils n’en tirent pas une force surhumaine mais une puissance métamorphe : ils peuvent changer d’apparence, créer des illusions.

Comme les Gaulois, ces ratons-laveurs péquenauds, infantiles, rondouillards, chamailleurs, sont envahis par une civilisation urbaine impérialiste qui veut remplacer l’arbre par la pierre, le cycle des saisons par l’homogénéité d’un temps pacifié par la machine. Comme les Gaulois, ils feront taire la discorde interne pour mieux lutter courageusement contre l’envahisseur dominateur et saccageur dans une lutte tragique, car forcément déjà perdue, mais joyeuse et fière.

Comme les Gaulois, les Tanukis aiment la fête, la rigolade, la blague, la mêlée ouverte, la charge héroïque, l’amitié et la ripaille. « Pompoko », c’est le bruit que font leur ventre quand ils tapent dessus. Obélix aussi, il fait « Pompoko ».

Par Toutatis, par Bélénos, nous sommes nippons !

Eppur, si muove !

par Stéphane Barbery le 26 octobre 2006 à 20:01

[Quelques réponses à des messages suscités par mon précédent post]

Argument 1 : « Eppur, si muove ! »

« Qu’as-tu donc mécréant, renies-tu le dogme de ton église ? La terre serait ronde et flotterait dans le vide ? Ne crois-tu donc pas ce que tu vois ? »

Jacques, Guy, merci de ne pas me ranger du côté des méchants incrédules ou infidèles qui nieraient, par manque d’expérience, de cran ou de talent, l’efficacité du protocole.
Oui le protocole marche. Oui il est efficace de façon époustouflante et permet de guérir et de guérir définitivement des symptômes post-traumatiques de toutes natures. Oui, plusieurs fois dans la semaine, on a, comme thérapeute, les yeux brillants de joie grâce à l’EMDR.
La question que je pose, la seule qui m’intéresse est : quelle est la spécificité de ce protocole qui permet d’expliquer son efficacité ? Que fait-on exactement quand on le met en œuvre ?

Une théorie fausse peut-elle guérir ?
Oui ! C’est même l’histoire et l’universel du soin. Les millénaires passés en sont le témoignage constant. C’est bien la raison pour laquelle l’énoncé fier d’un mur de trophées ne peut être retenu comme preuve.
Oui ça marche, mais comment ?

On sait déjà que les yeux n’y sont pour rien car d’autres stimulations sensorielles obtiennent les mêmes résultats.
Au passage, l’acceptation de ce point – évidence aujourd’hui, hérésie il y a quinze ans ? – met fin au mythe originaire de l’EMDR que je continue pourtant, comme mythe, à raconter à mes patients : non Francine Shapiro n’a pas soulagé l’angoisse de son cancer grâce aux mouvements oculaires provoqués par les grilles de Central Park. Si elle avait eu un pager et un téléphone portable en mode vibreur dans chaque main, ou un walkman détraqué, elle aurait peut-être pu tout aussi incidemment « découvrir » ailleurs ce qui cicatrise psychiquement. Et nous pratiquerions alors la VDR (V pour vibration) ou la SDR (S pour sound).
Toute collectivité se construit autour de mythes, et les tribus thérapeutiques se structurent régulièrement dans le mythe thérapie-gonique de la menace fatale puis de la renaissance inespérée du fondateur héroïque grâce à un geste fortuit qui deviendra l’emblème de la tribu.
Enoncer que l’EMDR n’a rien à voir avec les yeux a donc forcément une charge iconoclaste non nulle. J’en ai conscience. Mais à nouveau, ce qui m’intéresse, très pragmatiquement, est : quelle est la spécificité du protocole qui permet d’expliquer son efficacité ? Que fait-on exactement ?

Argument 2 : la démocratie c’est l’alternance

« Bon sang, mais qui a retiré la prise ? Pépé, donne un coup de manivelle pour démarrer l’alternateur ! »

Si la spécificité ne vient pas des mouvements oculaires, vient-elle des stimulations bilatérales alternées ?
L’intuition forte et le parcours de Jacques et Guy leur font répondre que oui.
C’est possible. Je pense qu’en effet, cette stimulation joue un rôle dans le protocole même si je ressens qu’il est marginal et que l’actuelle explication neurologique proposée pour en rendre compte est fausse.
Mon sentiment est que cette question est aujourd’hui moins scientifique que politique, groupale. Si l’EMDR, ce n’est plus les yeux, alors il lui faut impérativement trouver une spécificité « visible », « comportementale », qui la différencie d’autres techniques thérapeutiques.
Nous existons de nos identités sociales et l’on se pose en s’opposant, dans la différenciation. Pour que l’EMDR existe comme technique légitime et distincte, il faut qu’elle soit différente des autres. Et si ce n’est plus par les yeux, c’est nécessairement par la généralisation du principe des mouvements oculaires, c’est-à-dire par les stimulations bilatérales alternées.
Retirer cette marque distinctive au protocole, ce serait lui retirer toute spécificité.
Ce bon vieux Marx est peut-être ici utile pour éclairer la nature politico-économique de l’enjeu. Car tous, nous existons aussi financièrement de nos identités sociales. L’EMDR est une thérapie géniale, certes, mais on pourrait également l’appréhender comme sources de revenus individuels et collectifs, comme trademark en conquête de parts de marché.

Il a été question d’archaïque. Oui, nous sommes des primates. Nous ne nous sentons bien que dans de petites tribus. Nous avons besoin de tribus. Parce qu’il est plus facile de s’y faire une place, d’y jouir d’un statut. L’histoire des psychothérapies peut être vue comme une déclinaison dans le champ de la fonction sociale du soin, de notre besoin primate de tribus.
Remettre en question la spécificité symbolique de la tribu peut donc être ressenti comme le germe de la dissolution du groupe.
Il ne faut pas rigoler avec une question pareille. C’est un coup à s’exposer à l’excommunication.
Alors, l’EMDR est-elle distincte ? Oui. Mais pas dans les stimulations bilatérales alternées.
Ouf.

Argument 3 : le coup du garagiste

– Pourriez-vous m’aider, ma voiture ne démarre pas.
– Oula ! Vous avez un gros problème de bougies d’allumage, madame.
– Ah bon ? Il va falloir les changer ?
– Oui, sur un moteur Diesel, il faut les changer à chaque visite. Et c’est des bougies spéciales qui coûtent cher. On ne vous l’avait jamais dit ?
– Si si, j’ai dû oublier.

A chaque fois que j’entends une référence à la neurobiologie pour justifier un modèle thérapeutique, je ne peux m’empêcher de penser à cette sensation que l’on a chez le garagiste. On connaît le principe : l’essence fait une petite flamme qui pousse un truc, qui enclenche un machin qui fait avancer la voiture. On sait qu’il y a un truc. On sait qu’il pousse le machin. On le sait puisque la voiture : elle marche.

En neurobiologie, c’est tout pareil. Il suffit de passer devant le rayon triperie de son supermarché pour confirmer qu’en effet, le cerveau se sépare bien en deux.
– C’est quoi le troisième bout qui traîne dans la boîte ?
– Le cervelet, monsieur.
– Ca sert à quoi ?
– Oh là, monsieur, je suis boucher chez Leclerc, pas neurochirurgien au CHU ! Je vous conseille quand même une petite persillade.

Si l’on passe un peu de temps, un tout petit peu de temps, à lire des articles de fond sur la neurophysiologie du trauma, on est stupéfait.
D’abord stupéfait de notre ignorance. Au fond, on ne sait pas grand-chose.
Ensuite stupéfait du caractère ouvert et contradictoire des hypothèses actuelles.

Prenons l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien [ça en jette autant qu’un turbo GTI, einh ?]. Et bien, qui irait trancher aujourd’hui entre l’hypothèse hypocorticaliste, l’hypersensibilité de l’axe ou sa modulation psychogénique ? Vous me suivez ?

Prenons, l’hippocampe, « mémoire froide » : le trauma réduit-il son volume ou bien induit-il un dysfonctionnement sans réduction de volume ? Mais j’y pense, c’est quoi cette histoire de bougies dans un diesel ?

Prenons le système nerveux autonome en jeu dans les réponses à l’agression (fight, flight, freeze) et le rôle clé de détecteur de menaces joué par l’amygdale, « mémoire chaude ». Vous pourriez me dire en quoi la droite et la gauche ont quelque chose à voir avec la modulation de la réponse de ce système par le néo-cortex ? Quoi ? Vous prenez votre voiture tous les jours et elle marche ?

Dans ce cas, inutile de vous parler du système glutamatergique ni de la séparation de la fonction de contrôle exécutif entre un module de volition (cortex préfrontal dorso-latéral ?) et un module de monitoring de conflit (cortex cingulaire antérieur ?). Alors vive la marche à pied : droite, gauche, droite, gauche… Les philosophes péripatéticiens sont-ils des ancêtres shapiriens ?

On est stupéfait enfin, mais cette fois-ci franchement, devant la candeur des chercheurs et de leurs protocoles expérimentaux. Autant d’intelligence, de moyens, de rigueur, de respect scrupuleux d’une démarche validée et cet aveuglement massif : non l’être humain n’est pas un objet. Oui il réagit. Oui il anticipe. Oui il se fait un modèle de ce que l’on attend de lui. Nous voulons tous, toujours être de bons sujets pour faire avancer la science. Dans aucun des articles que j’ai lus je n’ai trouvé de référence aux effets d’influence du cadre de l’expérience (Effet pygmalion de Rosenthal, Demand Characteristics de Orne). Ceux qui pensent contourner l’obstacle par le double-aveugle (et encore : sur quel nombre de sujets !) n’évoquent jamais cette question élémentaire à poser aux sujets de l’expérience : quelle représentation vous faites-vous de cette expérience ? Que pensez-vous que l’on attende de vous ?

J’ai toujours trouvé vraiment simpliste l’hypothèse selon laquelle si l’on active un module neurobiologique de façon bilatérale alors nécessairement, par effet d’inertie, il activera d’autres liaisons bilatérales même s’il n’y a pas de rapport fonctionnel entre les modules. Un mouvement oculaire et shake shake shake la mémoire. Une tapotement et shake shake shake les émotions. Une perception auditive et shake shake shake les somatisations.
Je ne rejette pas l’hypothèse. Je dis juste qu’elle provoque chez moi la même sensation que celle que j’éprouve chez le garagiste.
Comment ça sur certains modèles diesel, il y aurait des bougies de post-chauffage ????!!!

« Kevin, arrête de secouer Arthur au fond de la classe comme ça. Non l’EMDR, ça ne marche pas de cette façon ».

Argument 4 : Cédule de citation

« Madame, Monsieur, saviez-vous que les yaourts à la viande Gloubi ont été élus produit de l’année (source médiacharcu, Brunei, 1979, p. 458) ? »

Puisqu’il y a débat, je propose d’éviter dans la mesure du possible les arguments de type « citation vaut preuve ». Et pour ce faire :

a) De ne citer que ce que l’on a lu de première main.
Ce n’est pas parce qu’un article est publié, y compris dans une revue sérieuse, que l’article est vrai. Ce n’est pas parce qu’un article est cité dans un ouvrage qu’il est vrai. Une référence n’est pas toujours une référence. J’ai appris à devenir franchement incrédule à force de lire des articles dont l’abstract était alléchant mais les allégations douteuses, le protocole approximatif, la démonstration inexistante.

b) De ne citer que ce qui est effectivement accessible.
Jacques, je suis prêt à prendre le temps de lire toutes les références que vous mentionnez. Je propose qu’EMDR-France se constitue une base de données des articles capitaux auxquels un petit psy de province comme moi ne peut pas avoir accès seul.

c) De prendre en considération la date de publication.
L’intérêt d’un auteur est lié à sa capacité à reconnaître ses erreurs, à améliorer, par falsification poppérienne, son modèle. Par conséquent, quand un auteur pose une hypothèse B en 2004 qui contredit et affine son hypothèse A de 2002, alors convenons de prendre en considération l’hypothèse B, elle-même provisoire…

Argument 5 : Coke, parce qu’y en a pas dedans !

Minutes d’une réunion récente du bureau exécutif d’une société psychanalytique.
– Tout d’abord merci d’avoir choisi notre cabinet de consulting pour trouver un nouveau sigle et une nouvelle charte de communication pour votre société actuellement en perte de vitesse. Après une étude minutieuse, nous vous proposons de renommer votre thérapie : ZAP(tm)
– ZAP ? Mais qu’est-ce que ça veut dire ?
– Zygomatique Accélérant le Processus ! C’est frais, c’est jeune, c’est très « ding food » !
– Ding food ?
– Voyons, vous ne connaissez pas la « ding food » ? La nourriture qui se mange après réchauffage dans un four micro-onde qui fait « ding » ? Donc, ZAP(tm) est en parfaite synchronie avec l’esprit du temps, ce renommage va faire un malheur. Je vois déjà la une de « Elle » et du « Nouvel Obs ». Vous allez enfin récupérer vos parts de marché.
– Mais quel est le rapport entre la libre-association et les Zygomatiques ?
– Aucun, mais vous devez donner une image positive et le mot zygomatique est suffisamment technique et scientifique pour épater vos clients.

L’argument cité par Shapiro pour justifier du maintien de la mauvaise appellation est purement marketing.
Citer Coca-Cola et AT&T comme modèle de référence pour un protocole thérapeutique soignant les traumas me crispe un brin.
L’unique raison du maintien du nom est donc tribal ou frileux : on comprend qu’on n’ait pas envie de claironner qu’on s’est trompé sur son hypothèse principale initiale.
Il y a pourtant une valeur qui me semble irréductiblement attachée à notre position : l’authenticité. Je ne peux pas me reconnaître dans un étendard que je sais illusoire. Certains symboles sont importants. Ce serait démontrer de façon magistrale l’attachement des praticiens EMDR à l’authenticité et à la science que de prendre au sérieux l’inadéquation de son appellation et d’en changer.

Proposition V 0.6 : « Pourquoi ça marche »

« Tu critiques, tu critiques, tu critiques, mais qu’est-ce que tu proposes ? »

Arf, je me rends compte que si je me lance, j’en ai encore pour 5 pages.
Donc pour faire court et dans la perspective d’une argumentation détaillée à venir.
L’EMDR marche de mon point de vue parce que :

1) C’est un dispositif de soin qui a acquis une taille suffisamment grande en terme de légitimité sociale.

2) C’est un dispositif de soin encore alternatif avec une aura encore magique. Hypothèse : il perdra de son efficacité s’il devient mainstream.

3) Il réunit en un seul protocole des séquences thérapeutiques validées et expérimentées par d’autres techniques. Notamment :
a. Les états modifiés de conscience. « Relaxation » ou hypnose ericksonnienne légère (lieu sûr, rayon de lumière, enjeu de la respiration, métaphores, réthorique d’influence : on annonce ce qui va arriver)
b. L’association libre analytique
c. L’ici et maintenant, l’attention aux émotions et au psychocorporel des gestaltistes
d. La réthorique d’influence et l’attention au feedback des TCC (échelles, convictions)
e. L’approche rogerienne centrée sur la personne (authenticité, empathie, chaleur)

4) Le protocole est contenant et permet donc de se connecter au cœur du trauma sans être happé par lui grâce :
a. A la proximité physique du thérapeute.
b. A l’attention conjointe provoquée par les stimulations sensorielles. Le rythme des stimulations est un rappel permanent de cet accompagnement.

La spécificité du protocole vient donc non d’un des éléments mais de la combinaison de tous ces éléments.

Les stimulations bilatérales alternées ne sont de mon point de vue qu’une façon :
• D’induire un état modifié de conscience (le pendule est la technique privilégiée du 19ème siècle) qui active le module de monitoring des conflits (Cf, le modèle de l’hypnose de Woody & Sadler, (2006), “Dissociation Theories of Hypnosis”, à paraître dans M. R. Nash & A. J. Barnier (Eds.), The Oxford handbook of hypnosis. Oxford: Oxford University Press.)
• De saturer l’empan attentionnel de stimuli non verbaux qui activent le registre psychocorporel et donc l’orientation de l’attention sur ce champ. Cette saturation relative inhibe l’activation de certaines défenses et censures, ce qui explique la fluidité des associations. Le phénomène est donc attentionnel et sans rapport avec la bilatéralité.
• De constituer une suggestion gestuelle de transformation, d’activation.
• D’être un rappel constant de la présence et de l’accompagnement guidant du thérapeute.

Les déterminants-clés potentialisant le protocole sont pour moi :
– La capacité de contenance et d’empathie chaleureuse et confiante du thérapeute
– Sa capacité à repérer des indices émotionnels ou psychocorporels non verbaux
– Sa capacité à reconnaître et utiliser les états modifiés de conscience
– Son expertise dans l’art polymorphe de l’influence

Ces déterminants ne sont pas spécifiques à l’EMDR.

Personnellement, je rêve d’un futur où il n’y aura plus des psychothérapies éparpillées en tribus néolithiques mais une psychothérapie intégrée scientifique qui se sait donc provisoire.
Le protocole et la démarche de Shapiro m’apparaissent comme une étape majeure de ce futur.

Chaleureusement

Stéphane Barbery

Le Chat de Charlotte

par Stéphane Barbery le 26 octobre 2006 à 19:51

[Extrait d’une réponse à une question sur la liste de discussion des praticiens EMDR France sur l’utilisation du protocole avec des animaux]

– Installez-vous confortablement sur le coussin, et oui vous pouvez le pétrir, il faut que vous vous sentiez bien.
– ……
– Je vous propose de travailler sur la scène où la petite Charlotte vous a coupé les moustaches avec ses ciseaux.
– ……
– Bien, quelle est la perception prégnante dans cette scène ?
– ……
– La cognition négative ?
– …….
– La cognition positive ?
– …….
– Et vous l’évaluez à combien ?
– …….
– Quelle est l’émotion attachée à cette cible ?
– …….
– Quelle est son intensité sur une échelle de perturbation de 0 à 10 ?
– …….
– Et vous la sentez où dans votre corps ?
– …….
– Bien, on ne peut pas dire que la cible soit très détaillée mais ce n’est pas grave, vous n’êtes pas obligé de tout me dire. Je vous
rappelle que cette fois, c’est vous qui contrôlez, on peut arrêter à tout moment. Il suffit de gratter à la porte pour que je vous ouvre. C’est notre signal d’arrêt.
– grat grat grat
– Ah ? Vous voulez sortir tout de suite ?
– ronronronronron
– Je me demande si je n’aurai pas du faire du renforcement de ressources d’abord… Je n’y suis quand même pour rien si je n’ai pas pu faire passer une échelle de dissociation ! La prochaine fois, j’essaierai avec les vibreurs sans fil !

« Charlooottte ! Arrête de jouer et viens mettre la table !  »

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Je me demande combien de temps encore il faudra dire et répêter que l’EMDR n’a rien à voir avec les yeux.
Ce n’est pas moi qui le dit.
C’est Shapiro.
C’est officiel. C’est imprimé. C’est diffusé.
Et au moins depuis 2002. Donc au moins depuis 4 ans.
Rien à voir avec les yeux. Et rien à voir avec des stimulations bi-focales. Gasp !
L’EMDR est un protocole génial. Mais il n’a rien à voir avec son gimmick, ses gizmos, son logo.
Le dire et le répéter ne lui enlève rien. Tout au contraire.
Ce qui pourrait lui enlever quelque chose, le décrédibiliser, le renvoyer à la liste des thérapies sympathiques, alternatives et
naïves, ce serait de continuer à croire ou à propager un modèle qui a été falsifié (au sens poppérien) par sa fondatrice depuis plusieurs années.
Ce qui fait – aussi – toute la valeur de Shapiro, c’est sa démarche scientifique. On teste, on hypothèse, on reteste. On se trompe. On le reconnaît. On re-hypothèse.

Ci-dessous une partie du paragraphe majeur du livre EMDR as an Integrative Psychotherapy Approach, recueil de textes édités et introduits par Francine Shapiro aux éditions APA en 2002.

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« Since that time, EMDR therapists have discovered that various types of dual-attention stimulation such as hand taps and tones are capable of have the same effects. In fact, there is a good possibility that the primary common denominator is the attentional element rather than any particular muscle movement. Therefore, the name eye movement desensitization and reprocessing is unfortunate in many ways. The terme eye movement is unduly limiting, and the same can be said for the term desensitization » (p. 28)

Proposition de traduction :
« Depuis lors, les thérapeutes EMDR ont découvert que différents types de stimulation bi-attentionnelle comme le battement avec les mains ou les sons, sont capables d’obtenir les mêmes effets. En fait, il existe une grande possibilité que le dénominateur commun primaire est l’élément attentionnel plutôt qu’un mouvement musculaire particulier. Par conséquent, l’appellation « Désensibilisation et Retraitement par Mouvement Oculaire » est malheureux de bien des façons. Le terme « mouvement oculaire » est indûment limitant, et la même chose peut être dit pour le terme « désensibilisation ».

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Le mot clé est « dénominateur commun primaire ». Voilà la vraie question : quel est le rationnel, quel est le spécifique de l’EMDR ?
Et puis la question bis qui en découle : pourquoi continuer, autrement que pour des raisons marketing ou tribales, à appeler EMDR une technique qui n’a rien à voir avec les mots censés le symboliser, le représenter ? N’est-ce pas tromper et témoigner d’une position de faiblesse que de continuer à appeler « Schtroumpf » quelque chose dont on sait qu’il n’a rien à voir avec du « Schtroumpf » ? Est-ce que l’exigence éthique de sérieux et de science n’implique pas de renommer le protocole ? Le public ne s’y tromperait pas, bien au contraire.
Je compte proposer au comité du prochain congrès une intervention sur ce thème.