Barbery.net : Le Blog


Messe en Si de Bach

par Stéphane Barbery le 26 août 2005 à 12:07
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Fin sur le wiki de l’argumentaire provisoire d’une interprétation « virtuelle » de la Messe en Si de Bach :

http://www.oaksun.net/wiki.php/MesseEnSiDeBach

Mise à jour du menu DHTML

par Stéphane Barbery le 21 août 2005 à 22:15
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Depuis un certain temps déjà, le menu html de barbery.net ne fonctionnait pas sous Firefox : il fonctionnait sur la home, mais pas sur les pages intérieures.

Je repoussais depuis longtemps la conversion anticipée comme fastidieuse en un nouveau script – Coolmenu n’étant plus maintenu et l’édition à la main rendant rédibitoire une réorganisation de l’ensemble de l’arborescence.
L’opération a duré moins longtemps que prévu grâce à Sothink DHTML Menu que je recommande même s’il n’est pas parfait.

Il me reste quelques peaufinages. J’en ai profité pour lier vers ce blog qui est donc officiellement en-ligne.

Bienvenue sur ce blog, donc, dont le fil servira à alerter des nouveautés publiées sur mes sites.

Installation de WordPress

par Stéphane Barbery le 19 août 2005 à 9:35

La personnalisation du thème prend moins de temps que prévu. [Pour info : 2 jours]
Cela tient essentiellement à la possibilité d’éditer les fichiers directement en-ligne.
Je continue mon exploration des fonctionnalités en me demandant si je vais passer la totalité du site sous WordPress.
Je n’ai pas trouvé comment attribuer des catégories aux pages. Il n’est pas possible d’attribuer des Catégories aux pages et le mod rewrite ne fonctionne a priori pas sur mon hébergeur ce qui veut dire que je ne peux récupérer l’arborescence de mon site statique. Je ne ferai donc pas l’import de la totalité du site.
Le plugin « tags » ouvre des perspectives. Notamment pour son « nuage de tags »

Mince : je prends connaissance de ça : http://lightpress.org/
We’ll see

Prader-Willy, Morris et Charles Bonnet

par Stéphane Barbery le 10 août 2005 à 17:48

Les psys doivent devenir des experts du net.
Ils le doivent à leurs patients.

Au moins une fois par an, je reçois à mon cabinet une situation statistiquement improbable. Statistiquement improbable, cela signifie que le symptôme, le syndrome, la pathologie liés à la consultation sont rares au point qu’ils ne sont pas et ne peuvent pas être enseignés dans un cursus de formation. Rares au point que les professionnels (généralistes, pédiatres, collègues) consultés parfois pendant de longues années sont passés totalement à côté.

Mon seul mérite dans ces situations est de faire confiance à mon intuition : quand j’entends que la petite musique du consultant sonne vraiment bizarre, je passe en mode warning. Je fais la liste des mots-clés qui signent l’insolite. Et je déploie mes compétences d’internaute aguerri.
Quand j’écris « les psys doivent devenir des experts du net », je limite cette expertise à la capacité à trouver l’information pertinente. Savoir utiliser les bons outils, les bons moteurs de recherche, les bons mots-clés, être capable pendant deux heures d’ouvrir deux cents pages en anglais – si la pathologie est rare, il n’y aura rien en français – pour trouver le mot, l’expression qui nomment l’entité statistiquement improbable à l’origine de la souffrance des consultants.

Improbable uno

Ma première situation de ce type était la moins improbable : j’ai reçu une mère qui savait que son fils de quatre ans était différent. Les pédiatres consultés notaient bien quelques spécificités mais rien d’anormal. Ce sont les premières saisons d’Ally Mc Beal qui m’ont immédiatement orienté vers le diagnostic. Voilà où va se chercher la formation du psy ! Dans cette série américaine fine, drôle dans sa mise en image du flux psychique, inspirante par ses thérapies ericksoniennes extravagantes, un des personnages souffre du syndrome de Gilles de la Tourette. Ce syndrome n’est pas totalement inconnu. Un bon pourcentage de psys évoquera même son pathognomonique : la coprolalie, ce tic verbal qui pousse à articuler injures et grossièretés. Mais si l’on ne sait que cela, comment identifier cette pathologie chez un petit garçon qui ne témoigne pas encore de ce symptôme ? Première étape, vous cherchez dans votre bibliothèque bien fournie. Les précis, les manuels, les encyclopédies ne vous donnent que des indications triviales. Vous vous connectez alors au net pour tomber sur l’association Tourette et là, les informations médicales vous laissent pantois. D’abord elles confirment votre intuition. Ensuite elles pointent vers une hypothèse qui éclaire différemment le profil d’autres de vos consultants : l’hypothèse d’une simple gradation entre tics simples et syndrome de Gilles de la Tourette, un continuum tissant des liens étroits avec TOC et hyperactivité.
Et là, vous vous dites que vous êtes vraiment un cromagnon, un cromagnon qui doit se tenir informé, un cromagnon éthiquement tenu d’être up to date.

Improbable dos

Deuxième situation me conduisant à l’hyperprudence, à la systématisation du soupçon de l’improbable. Un garçon de seize ans, gros, à l’allure limitée, trop souriant, amené par sa mère parce qu’il a volé un paquet de bonbons lors d’un stage de magasinier. Les premières séances se concentrent sur le poids et le régime mis en place par un nutritionniste. J’ai du mal à isoler la bizarrerie du contact : déficience ? Pauvreté culturelle de la communication ? Aucune hypothèse ne me satisfait, tout semble glisser comme une savonnette. Pourtant une confiance profonde s’instaure. Parce que je sature mes métaphores d’emprunts aux jeux vidéo. L’adolescent me fait alors part de son questionnement angoissé et honteux sur la taille de son sexe, qu’il décrit comme très très petit. C’est le dernier indice. Celui qu’il ne faut pas laisser passer. Je rassemble mes mots clés. Les traduis dans un vocabulaire nosographique anglais. Google et bingo. Stupéfaction. La page du groupe de soutien des parents d’enfants souffrant du syndrome de Prader-Willy s’affiche, établissant le portrait exact de mon consultant. Prader-Willy, c’est une maladie génétique rare suscitant des traits psychiques spécifiques. Légère déficience avec sur-performance pour les problèmes de labyrinthe (« il passe son temps sur sa console »), quasi-incapacité à réguler la satiété orale et, bien entendu, sur un plan anatomique, microgonadisme. Pas simple à transmettre, cette info. Je ne les ai plus revus. Normal : le problème n’était plus psy.

Improbable tres

Troisième improbable : après quelques séances relatives à sa jalousie maladive, une jolie femme, la quarantaine, de formation médicale, m’annonce qu’elle est atteinte d’une maladie génétique rare dont elle connaît vaguement le nom, quelque chose comme le syndrome de Morris et qu’elle me décrit de façon très floue. En résumé, son génotype est XY (celui des hommes) alors que son phénotype est celui d’une femme. Je mettrai du temps avant de trouver de l’information précise sur le net, à commencer par le vrai nom de cette pathologie : AIS, Androgen Insensitivity Syndrome. Les femmes AIS naissent sans ovaires, sans trompes de Fallope et le plus souvent sans utérus mais avec des testicules non descendus qu’il faudra retirer vers vingt ans afin qu’ils n’évoluent pas en cancer.
Il faut imaginer les fantasmes de menace – et leur corollaire de défense agressive – suscités chez les hommes par une situation de ce type et la difficulté à vivre son identité sexuelle pour les femmes AIS qui, pourtant, ne découvrent leur syndrome qu’à l’adolescence, parce qu’elles n’ont pas de règles, après une enfance de petites filles comme les autres.
Le net ne permet pas de répondre à toutes les questions. Il ne m’a pas permis de répondre à un point factuel mais d’importance : une femme AIS peut-elle avoir des orgasmes vaginaux alors que le fond de son vagin n’est pas innervé normalement ? Ce n’est pas rien, comme question. Et cela pointe au passage la nécessité absolue de connaissances sexologiques poussées pour la profession. On parle régulièrement, depuis que Ferenczi est publié, de l’hygiène psychique du psy. Mais une femme psy qui ne jouirait pas, un homme psy qui n’aurait pas eu la chance d’avoir des partenaires jouissant de leur vagin, peuvent-ils recevoir des consultants préoccupés par ces questions ? Peut-on être bon psy si l’on n’a pas connu de sexualité satisfaisante quand on sait l’importance de son rôle polaire et organisateur de la vie de chacun ? Peut-on être bon psy si l’on ne peut évoquer ce sujet sans tension, sans déni ni ignorance ?

Improbable quatro

Quatrième improbable : sans doute le plus inimaginable pour un psy. Je n’aurais jamais cherché plus avant sans les expériences précédentes. Une prof de quarante ans me consulte après une réaction excessive sur son lieu de travail. Au fur et à mesure que la confiance s’installe, elle me parle de son vécu de plusieurs années auprès d’un « maître Reiki » qui, pour donner sens à ses « visions », l’a baignée dans un monde paranormal et totalement effrayant de medium en communication avec les esprits. Ma consultante voit en effet des visages inquiétants qui viennent vers elle, comme des hallucinations visuelles, des formes qui deviennent presque imperceptibles quand elle garde les yeux ouverts. Elle a donc appris à dormir sans fermer les paupières. Et l’alcool aide comme anxiolytique et comme récompense de sa lutte méritoire.
Quand on entend ça, évidemment, on se pose la question de la psychose. Mais rien dans le profil de cette consultante ne vient corroborer cette hypothèse. Mon intuition me souffle d’aller chercher ailleurs, tout en conservant l’exigence de confirmer éventuellement le diagnostic le plus évident.
Alors, à nouveau, je me connecte. Trouver d’abord les bons mots-clés, les affiner par des premiers résultats, explorer les résumés d’articles scientifiques en anglais pour tomber sur un nom : syndrome de Charles Bonnet. Charles Bonnet est un naturaliste suisse du dix-huitième siècle dont le grand-père aveugle en raison d’une double cataracte, et qu’il savait totalement sain d’esprit, s’est mis à avoir des visions. C’est lui qui a, le premier, décrit le phénomène. Il s’agit d’hallucinations brèves, régulières, dont l’expérience est d’abord effrayante et dont les motifs se répètent : des visages souvent distordus, des personnes en costume qui peuvent faire penser à des fantômes, que l’on peut voir très petits ou très grands, parfois des paysages, des vortex, des figures géométriques. Des perceptions qui n’ont rien à voir avec la folie mais tout à voir avec le traitement visuel et qui sont notamment reliées à la dégénérescence maculaire chez les personnes âgées. Un chercheur anglais actuel, Dominic Ffytche, avance l’hypothèse que la prégnance des visages de gargouille avec les yeux proéminents que l’on trouve dans ce syndrome est provoquée par l’activation indue du module de notre cerveau qui traite et reconnaît les visages à partir de stimuli internes inadéquats. On retrouve des phénomènes identiques chez des personnes à qui l’on a retiré les deux yeux. Le plus inquiétant est que ce phénomène serait assez fréquent chez les personnes âgées, notamment en maisons de retraite mais que très peu oseraient en parler, de peur d’être considérées comme folles ou démentes. Il faut imaginer l’effroi provoqué par ces perceptions quand on n’en connaît pas l’origine somatique. Et le soulagement, la capacité à les supporter, quand on nous a expliqué qu’il s’agit d’une sorte d’acouphène visuel.

Aux improbables inconnus

Les quatre situations que je viens d’évoquer ont, d’une certaine façon, une issue heureuse car l’identification de l’improbable pose le registre d’intervention, met fin aux soupçons de participation psychologique du sujet à son symptôme, borne le type de soutien ultérieur.
La leçon a tiré est simple : les psys se doivent d’être des experts du net.
Ils le doivent à leurs patients.

Mais le net n’apporte pas toujours de réponse. Je pense notamment à deux petites filles que j’ai reçues. Très différentes l’une de l’autre. J’ai reçu l’une d’elles pendant de nombreux mois. En déployant toute la créativité possible, tous les trucs, toutes les tentatives pour lui permettre de sortir de son mutisme angoissé, sombre. J’ai l’intuition forte que son fonctionnement relève d’un autre improbable. Mais je n’ai pas su trouver les bons mots-clés. Ou bien la spécificité de son fonctionnement n’est pas encore identifiée. Idem pour l’autre petite fille, au profil cognitif si atypique.

Dans ces situations d’impuissance, on ressent vraiment de la peine.
Une peine spécifique. La peine du psy.
La peine du psy qui se sait cromagnon.