Barbery.net : Le Blog


Tuyau pour catéchumène

par Stéphane Barbery le 29 mai 2005 à 10:45

Entendre l’innomable. Ou l’inavouable pulsionnalité interdite de civilités.
L’accueillir.
Dans la petite boite noire de la confidentialité.
Pour qu’elle y reste. Et pour laisser à l’autre le soin du danger de la honte.
Et puis en dire quelque chose aussi. Parfois.

Si tu ne sais pas faire face à ça : http://postsecret.blogspot.com/
Ne vas pas plus loin.

Bruel, Berne, Rosa Luxembourg et les Psychologues

par Stéphane Barbery le 24 mai 2005 à 19:29

316 collègues ont donc décidé samedi dernier le retrait du SNP de la FFPP. 20% du SNP a, en conscience, choisi l’enterrement du projet fédératif de la profession.

Le seul accompagnement musical qui me vient pour les premières funérailles de la Fédération, c’est un medley de Patrick Bruel : un enchaînement de « Qui a le droit » suivi de « Casser la voix » et terminé par « Rendez-vous dans dix ans ».

Non, non, j’insiste : impossible d’imaginer l’air de la mort de Didon de Purcell (« Remember me ! »). Encore moins, le requiem de Mozart. Encore encore moins celui de Fauré.

Bruel convient parfaitement. Car la seule façon de comprendre cette décision est de l’envisager sous forme de transaction croisée.

La beauté de la grille d’analyse proposée par Eric Berne tient à sa simplicité. Au sein de chaque entité (individu ou collectif), on peut repérer différents « états du moi » :
– parent (subdivisé en normatif et nourricier)
– adulte (raison prenant en compte le réel)
– enfant (subdivisé en adapté soumis, adapté rebelle, créateur et spontané).

Et donc samedi, on a vu une institution « enfant rebelle » (« je suis contre mais je suis pour ») dire merde à une institution appréhendée comme « parent normatif » (« you, naughty »).

La faute à qui ? A l’institution rebelle ou bien à l’institution qui, persuadée de fonctionner en mode adulte (« quel est votre plan B ? »), ne perçoit pas que chacune de ses interventions est entendue sur le mode du parent autoritaire ?
Dans un message, ce n’est pas ce qui est émis qui compte, c’est ce qui est perçu…

Et même avec Bruel, il y a de la tristesse.
Tristesse pour les chouettes collègues qui ont investi tant de temps, d’énergie et d’intelligence à mettre en place le seul projet qui aurait pu être viable.
Tristesse pour la profession qui est repartie pour plusieurs années dans les limbes morcelées de l’irreprésentation.

Les collègues qui auront milité politiquement dans les années soixante/soixante-dix ne pourront pas ne pas reconnaître dans la situation présente le même pattern que celui qui opposait réthoriquement léninistes et trostkystes.
Alors, à titre de clin d’oeil, une citation de Rosa Luxembourg qui voulait croire que l’histoire peut être aussi bonne pédagogue qu’une boîte de Skinner :

« Que nous montre l’histoire des révolutions modernes et du socialisme ? Le premier flambeau de la lutte de classe en Europe : l’insurrection des tisseurs de soie lyonnais en 1831, se termina par une lourde défaite. Le mouvement des Chartistes en Angleterre – par une défaite. Le soulèvement du prolétariat à Paris dans les journées de Juin 1848 finit par une défaite écrasante. La Commune de Paris finit par une défaite terrible. Tout le chemin du socialisme – autant que des luttes révolutionnaires entrent en considération – est pavé de défaites, et malgré cela, cette même histoire mène pas à pas, inéluctablement, vers la victoire définitive. Où serions-nous aujourd’hui sans ces «défaites » dans lesquelles nous avons puisé l’expérience historique, la reconnaissance de la réalité, la puissance et l’idéalisme ! Aujourd’hui que nous sommes avancés jusqu’au seuil de la bataille finale dans la lutte de classe prolétarienne, c’est précisément sur ces défaites que nous avons les pieds. Nous ne pourrions nous passer d’aucune. Chacune fait partie de notre force et de notre clarté de but. » (Rosa Luxembourg, « L’ordre règne à Berlin », 14 janvier 1919, in Spartacus et la Commune de Berlin)

Comment conclure en psychologue sinon par des propositions de construction positive ? En serrant les dents :

– Transformer la FFPP en « Fondation pour une Fédération », association sans aucune visée de pouvoir, réservoir de réflexions et de productions de texte.

– Demander à l’ensemble des membres actifs de la FFPP de renoncer pendant quelques temps à tout mandat électif.

– Inviter tous les collègues pro-fédération mais anti-FFPP à proposer au plus tôt de nouvelles modalités pour un projet fédératif, et leur enjoindre d’animer ce projet en investissant les postes à pourvoir.

Chiche !