Barbery.net : Le Blog


FUD et Psys

par Stéphane Barbery le 27 février 2005 à 16:01

FUD : Fear, Uncertainty and Doubt.
Stratégie de marketing de sociétés ayant une position dominante pour lutter contre l’émergence de concurrents novateurs. Faire peur par le doute et la suspicion.

On pense à Microsoft contre Linux. Aux Encyclopédies contre le web et les wikis.

Ne serait-ce pas également une façon très simple de lire l’essentiel des débats récents sur la psychothérapie ? Freud et Bill Gates, même combat ?

Le psy comme modèle du politique

par Stéphane Barbery le 20 février 2005 à 16:09

Difficile, après l’Ethique, d’avancer sur ce thème sans être immédiatement contradictoire.

Sauf à avoir fait l’expérience du ex-nihilo, il n’y a pas d’effet sans cause.
Ce qui nous situe dans la nécessité spinoziste.
Où la décision est une illusion, une synesthésie psychologique représentant la taille de notre empan attentionnel, la conscience des causes qui nous régissent.

Il n’y a pas de décision à prendre dans un empire qui n’en est pas un.
Les politiques décident-ils alors de quoi que ce soit ?
Quel est l’objet du désir de devenir président de la république, roi du monde, maître de l’univers ?
Si la fonction des politiques n’est pas l’objet de leur désir, quelle est cette fonction ?
Si les dirigeants ne dirigent rien, que font-ils ?

Je me souviens d’un jeune homme blond surjouant les graves de sa voix en animant ma conf d’Economie lors de ma première année de Sciences Po. Jeune énarque travaillant au budget, déplorant son salaire de misère mais dans la jouissance hébétée d’avoir à recommander des décisions engageant 9 chiffres, comme ça, en 5 minutes. Comme un joueur de casino jouant la vie des autres. Pas la sienne. Evidemment. Quand on joue réellement sa vie, on ne porte pas de gris flanelle.
Mais si l’on est spinoziste, la possibilité même de jouer sa vie n’a pas de sens…

Me revient le sourire de ce parlementaire noir américain répondant à Michael Moore que bien entendu, les parlementaires ne lisent pas les lois qu’ils votent. Je revois les bancs de l’Assemblée nationale et des dos voûtés de députés aux yeux vides, ayant pour seule joie de tourner les clés pour les membres de leur groupe.

Me revient, sous forme de note en bas de page, cette phrase selon laquelle le plan en deux parties, deux sous-parties made in Sciences-Po témoigne de la nature de cette usine : produire des cadres moyens synthétisant des enjeux décidés, dans le troisième et dernier temps, par leurs supérieurs.

Me reviennent les images de reportages sur le quotidien de Matignon ou de l’Elysée et, avec un vrai bonheur, la reconstitution jubilatoire de la Maison Blanche dans the West Wing : l’évidence que les « autorités » ne prennent jamais de décisions. Elles ne valident que le résultat final d’un flux plurifiltré.

J’imagine un empereur chinois qui aimerait découvrir de l’or. On installe sa tente et les quarante autres de sa suite au bord d’une rivière réputée pour son filon. Pour faire plaisir au puissant, il a été décidé que l’empereur trouverait une grosse pépite. Des paysans ont déplacé des tonnes de boue aurifère. Des spécialistes ont préfiltré en plusieurs étapes successives le sable en amont du camp. Les membres du cabinet, devant le roi allongé qui émet une remarque profonde et juste sur la beauté de la vallée, suent en ignorant des pépites trop petites. Un conseiller entend soudain un dong au fond de sa batée. Son coeur se serre. Il lève son regard fixe vers le Chief of Staff qui se tourne lentement vers l’empereur, son vieil ami : maître, peut-être est-il temps de nous aider à trouver de l’or ? Il lui tend la batée qui a fait dong en se faisant un mémo mental pour récompenser comme il faut le conseiller chanceux. L’empereur trempe l’ustensile conique et dont le contact est froid et mouillé comme un acier chirurgical dans l’eau transparente. Il tourne, détrempe, lave et dong. Il ne dit rien. Sourit. Ferme les yeux. Hoche la tête. Et d’une voix aux graves surjouées : j’ai trouvé une pépite. Une grosse pépite. L’avenir nous est propice. Un sourire silencieux se répand dans toutes les tentes et tous les poumons se relâchent.

C’est cela, une décision politique.

Alors bon sang que font-ils ?
Certes, ils tentent d’optimiser leur marque mémétique.
Mais au fond, les politiques n’ont pas d’autre fonction que celles des psys : ils influencent.

La fonction du politique est celle du père lisant la dernière histoire avant de s’endormir. Orienter et affermir l’indice de confiance (déterminant ultime, selon le Keynes des esprits animaux) par un baiser sur le front et un « fais de beaux rêves ».

Mais la force de l’influence repose sur la légitimité.
Et tout l’enjeu, de la formation des psys aux élections politiques, est là : que faut-il avoir fait, que faut-il être pour être légitime ?

Curieux et contradictoire ce mot « influence » dans un contexte spinoziste.

Défilent : les ailes de l’effet papillon, les caillous qui permettent au petit garçon de construire un barrage dans un filet d’eau des Alpes, les T4 qui exécutent, en fourmillière, leur programme, la barbe de Darwin et les pleurs de Washoe.

J’ai créé une oeuvre d’art à pas cher : un bocal à poisson rempli de billes transparentes.

Est-ce cela, l’influence ?