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NZ

par Stéphane Barbery le 17 décembre 2007 à 9:37
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Cimes (post) card

Deux îles sans affluence, sans vis-à-vis.

Pays double. Fausses jumelles où la moins belle domine la thaumaturgique.

Pas un point de passage, mais destination projetée. Ou, échouage.

Un éloignement. Mais pas une perdition. La nature y est trop profusément énergique, trop intensément plastique pour refléter le nu.
Pas le désert donc, mais mirage rémanent.
Pas un trou perdu : un plein perdu.
Un éden où l’on désire pécher originel.

Pays Téflon, où rien n’adhère. Une surface de gazon en rouleaux. Comme un ruissellement de pluie. Sacrée. Fictionnelle.

Pays de la veille paradoxale. D’une transe continue.
Une féérie sans fées. Mais à troupeaux.

Pays phénoménologique. Sans noumène. Du sound silencieux.

Pays de l’expérience documentaire de la suspension volontaire d’incrédulité.

Pays du songe hakka. Où le sublime fait violence par sa coruscation, par l’alerte, défiante, constante, des proportions granulaires, formiques, de l’humain.
Beauté tellurique qui témoigne de l’homme en sandfly – exilé permanent au titre de séjour valide mais provisoire, invariablement révisable.
Pays de l’étrange étrangèreté.

Pays de l’étirement des distances. Comme une longue caramélisation alpine en mer – et c’est la terre qui moutonne.
Et contrée de réduction géographique. Comme un parc d’attraction batave de terroirs miniatures, condensant la diversité panoramique d’un continent.
A l’échelle 1.
Sur toute sa surface.
Pays de l’overdose donc : deux heures dans un parc et tu veux détruire le parc, écraser le château de sable, maculer le beau, insulter le guide.
Pays qui interdit l’amour pour ne pas susciter la haine.

Pour supporter : ralentir le temps. Comme un shoot de netball.
Vivre en slow motion. Le bouton play sous le pouce. Et savoir que tu ne peux survivre qu’en retenant ton pouce. Sauf quand tu bungy jump. Ou quand tu plaques le sheep farmer râblé et enbièré du hameau voisin.
Tu ouvres sept jours sur sept, déjeunes à 11h30 et fermes à 5PM pour sortir du restaurant avant huit heures. Un arbitraire en vaut un autre. Comme un printemps de décembre.

Terre de violence, de brutalité contenue. Sous un vernis « God save the Queen ».
Terre de taiseux, de smalltown Nike girls en noir, de provinciaux aux pieds nus – sans parisiens – sanctifiant le BBQ comme autel.

Pays où le vrai glossaire, celui qui tackle l’âme, est belliqueusement Pacifique – et tu te sens si minable toi l’ultra-pakeha.
Une langue de belle-famille alliée par la force : île double et culture double, sans barycentre – trop de honte, trop d’envie – aux fantasmes de sécession. Un pays chimère ?

Une langue de maori corses pour un lexique de pur naturaliste.
Un verbe qui ne donne pas dans le sentiment. Pays de l’anti-Proust. Du corps qui s’électrise et se recharge au mana. Oméga 3, vitamine C, powershot dans ton smoothie.

Pays fern, pays faune. Aux successions d’oiseaux cons prédatés par des possums idiots. Sous l’œil de moutonnes dix fois surnuméraires entretenant des golfs infinis au bord de plages sans limites où paressent lions de mer, où parentent les dauphins.

Terre préadolescente d’une enfance d’adopté : sans mythes aristocratiques idéalisant l’ambition. Un pays en attente de son Socrate, de son Jésus, de son Napoléon. Où Lomu est d’outremer.
2007. La – Nouvelle – Z est qualifiée par son nom. Une jouvencelle blacks.

Si tu ne veux pas jouir de l’anesthésie revigorante d’un rêve jurassique, reviens dans trois siècles.

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